L’écriture selon Bukowski : « Écrire est une forme de survie, une nourriture, une vitamine, une boisson, une baise torride »


Bukowski, l'auteur des contes de la folie ordinaire ou encore Women partage sa vision du travail d'écriture dans ses lettres aux éditeurs, directeurs de revues, amis et confrères écrivains, sur plus de 50 ans entre 1945 et 1993, réunies dans une anthologie aux éditions du Diable Vauvert paru en 2017. A la fois intransigeant et lucide, celui qui refusait que l'on cherche à "adoucir" son écriture "rêche et tranchante" et encensait Céline et Dostoïevski, nous parle avec poésie de son labeur derrière sa machine à écrire. Extrait choisi :

L'écriture est juste le résultat de ce qu'on est devenu jour après jour au fil des ans. C'est une empreinte digitale de l'esprit, voilà le travail.
Et tout ce qui a été écrit dans le passé ne vaut rien; ce qui compte... c'est seulement la phrase d'après. Et quand tu n'arrives pas à pondre la phrase d'après ça ne veut pas dire que tu es vieux, ça veut dire que tu es mort. Il n'y a pas de mal à être mort, ça arrive. Même si je cracherais pas sur une remise de peine, comme nous tous. Une feuille en plus dans la machine, sous la chaleur écrasante de cette lampe, le vin à portée de main, je rallume ces mégots de cigarette tandis qu'à l'étage en dessous ma pauvre femme entend ces sons, et se demande si je suis cinglé, juste bourré ou je ne sais quoi. Je lui montre jamais mon travail. J'en parle jamais. Quand la chance perdure et qu'un livre en ressort, je vais au lit, le relis, ne dis rien, le lui passe.
Elle le lit, dit très peu de choses. Et les Dieux n'ont pas voix au chapitre. C'est une vie qui se passe de toutes considérations morales et mortelles. Elle me convient. Arrangée comme ça. Et quand mon squelette reposera au fond du cercueil, si je dois y passer, rien ne pourra m'enlever le souvenir de ces nuits splendides, assis là devant cette machine.

« Les écrivains semblent écrire pour être connus en tant qu’écrivains. Ils n’écrivent pas parce que quelque chose les conduit vers la marge. » (1990)

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