Ecriture féminine/masculine : la littérature a-t-elle un sexe ?

Les sujets de l’écriture féminine et de la littérature féminine à ne pas confondre avec littérature féministe semblent être (toujours !) dans l’air du temps puisque à son tour le magazine Lire rend hommage aux femmes et publie un spécial « écrivains filles » (voir dossier en cours) pour son numéro de mai 2006. L’occasion pour le chroniqueur Frédéric Beigbeder de réagir à cette classification « sexuée » qui peut porter à controverse et que j’analyserai également :

Article mis à jour en 2020.

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En 2006, le magazine Lire faisait paraître un dossier spécial sur la « littérature de filles », sur fond de couverture rose cliquant et tendance mode (les personnages prenant des poses de modèle avec leur livre faisant office davantage d’accessoire), surfant sur la vague « chick lit » portée par les romans américains à succès de type « Le Diable s’habille en Prada » entre autres.

Au départ de sa chronique, il s’annonce farouchement opposé à cette séparation des genres qu’il juge indigne (« Si j’étais un auteur du sexe féminin, je voudrais être comparé à tous les auteurs de l’Histoire, pas aux seules femmes. Je voudrais être un écrivain comme les autres, pas une écrivaine comme mes consœurs.« ). Et de s’insurger contre la féminisation du titre (« écrivaine »).

Pourtant, il finit par changer d’avis en cours de chronique (si, si on peut faire ça !) et affirme qu' »il existe finalement une littérature spécifiquement féminine; la vision du monde et le style changent selon qu’on a des testicules ou pas« . Et pour illustration, il cite Histoire d’O et Bonjour Tristesse qui sont, selon lui, des livres de femmes qui n’auraient pu être écrits par des hommes.

De son côté le magazine Lire souligne la féminisation des pratiques culturelles. Et de citer une étude de Livres Hebdo indiquant qu’elles seraient davantage portées sur les fictions que sur les essais et représentaient 53% des acheteurs de livres en 2005, contre 47% d’hommes. On reste un peu sur sa faim car l’article ne traite que du rapport femme-lectrice et non pas femme-auteur.

A l’heure où l’on prône l’égalité des sexes et que l’on cherche à gommer toutes différences, le sujet peut paraître polémique et même « politiquement incorrect » ! Toutefois, restituer l’intimité et les sentiments d’une femme, avec justesse, sans clichés et sans biais sexiste (cf. Madame Bovary de Flaubert) est sans doute plus facile pour une femme que pour un homme. Ainsi, certains romans qui traitent directement de ce sujet n’auraient sans doute pas pu, en effet, être écrits par bon nombre de romanciers. Cette idée étant énoncée, me viennent immédiatement deux contre-exemples, La condition pavillonnaire de Sophie Divry calqué sur Bovary avec tous les préjugés -intériorisation de la misogynie masculine oblige qui fait malheureusement pas mal de ravages historiquement sur la plume des femmes et dans la société de façon générale !- et Une vie de Maupassant qui en revanche m’avait semblé magnifique et très juste (non relu depuis l’adolescence, donc il faudrait que je lui fasse passer l’épreuve du temps !), Un coeur simple du même Flaubert était aussi très bien vu sur la psychologie féminine qui plus est sur les rapports bourgeoise et domestique. Les personnages féminins de Zola, Denise dans Au bonheur des dames, Catherine dans Germinal ou encore Séverine (à quelques détails près : cf la scène avec le procureur où il commente ses aptitudes « innées » au mensonge) dans La bête humaine sont aussi très convaincants.

En revanche, Olivier Adam se glissant dans la peau d’une femme dans Le coeur régulier n’est pas parvenu à me faire oublier sa propre voix. Ceci dit le personnage aurait été homme, je l’aurais entendu tout pareil, étant donné qu’il tend à faire, depuis au moins Les lisières (n’ayant pas connaissance des précédents suivant Les falaises qui n’avaient pas ce problème) de la littérature messagère et que donc tous ses personnages tiennent plus ou moins tous le même discours idéologique qui les rendent peu crédibles (et très pesants) du coup…

L’auteur peut-il jamais se « délivrer » de son identité pour écrire ?

Adam confie par ailleurs malgré tout, une analyse intéressante au plus haut point et assez magnifique sur le travail de création et de (re)composition de l’écrivain liée à ce rêve/idéal de « transcendance » ou « d’universalité ». Il a l’intelligence de ne pas prétendre atteindre à cette forme externe démiurgique mais de malgré tout ouvrir la porte à une forme de faculté d’écrire non pas en dehors de soi, mais du plus profond de soi, un lieu proche du subconscient, concentrant nos expériences, dans leur essence, qui donne ainsi accès à d’autres strates de son identité, permettant de la dépasser, de s’ en affranchir provisoirement -et quelque peu, car je ne crois absolument pas à un affranchissement total- notamment de son âge, sexe ou sa condition sociale. Sa réflexion, d’une grande beauté et ambiguité, fait écho à une phrase de son roman Chansons de la ville silencieuse, « Celui qui écrit n’est jamais celui qu’on voit. Qu’il est par nature invisible. Insaisissable. Celui qui écrit n’existe pas ». cette citation, moins subtile (car trop extrême dans l’idée d’une littérature sans corps et sans esprit, sans auteur au fond, d’autant que dans son cas précis, sa présence a eu tendance à s’appesantir de façon malaisante au fil de son oeuvre…) que ce qu’il explique en interview, comporte néanmoins en germe cette idée de « neutralité subjective » qui me paraît contenir une certaine justesse dans sa dualité, et j’insiste sur la dualité : « (…) L’endroit d’où on écrit intérieurement est un endroit délivré de l’être social, ou des différentes couches d’êtres sociaux que nous sommes. Quand j’écris, je ne suis pas le fils, je ne suis pas le père, je ne suis pas l’amant, je ne suis pas le client, je ne suis pas le patient, je ne suis pas l’employé. Je pense que c’est un endroit beaucoup plus sauvage, beaucoup plus intact, beaucoup plus secret et qui d’ailleurs n’aspire pas à entrer en contact avec qui que ce soit autrement que par le livre, parce qu’il est intenable, qu’il est irrecevable même, pour les autres. Il y a cet espace où l’on a à disposition tous les âges de notre vie en même temps, qui chez moi serait gouverné par une espèce d’adolescence permanente. Je crois qu’écrire ou créer d’une manière ou d’une autre, lire, voir des films, voir des œuvres, nous élèvent au-dessus de nous-même. (…) Parce que la vie nous réduit, nous restreint. Notre espace d’expression concret est beaucoup plus restreint que l’espace mental qu’on habite et qu’on mobilise pour écrire un livre. » (entretien avec la Fnac O1/12/2018)

En juin 2017, le magazine Lire, avec une couverture plus sobre cette fois, re-consacrait un dossier aux écrivains femmes intitulé « Ce que la littérature doit aux femmes » : de Jane Austen à Elena Ferrante

En effet, la force d’un romancier, d’un auteur au sens large, est justement de parvenir à se glisser dans la peau d’un(e) autre (et/ou de transposer/recomposer ses propres expériences – il s’agit bien toujours d’un vrai travail de re-création et non d’un « étalage brut » de faits) et de lui (re)donner vie par la force de son imaginaire, de sa sensibilité et de son sens de l’observation singulier. Parler de « littérature de femmes » -catégorisation qu’honnit par exemple Annie Ernaux- c’est indéniablement restreindre le champ des possibilités, c’est induire qu’il existe une série de thèmes limités qui leur sont propres et caractéristiques et dont elles ne pourraient sortir. Ernaux indiquait d’ailleurs (propos rapportés par Pascale Frey dans son article sur le sujet pour le magazine Lire en 1995) que pour son roman La femme gelée, elle avait observé une majorité de lectrices et que « lorsqu’on met le mot femme dans un titre, on est à peu près sûr d’en écarter les hommes. » (sic !). Pourant elle récidivera en 2019 avec « Mémoire de fille » après avoir hésité avec le titre « La Colonie » mais elle se ravise estimant que son sujet « concerne les filles » et qu’elle avait voulu écrire « ce moment important de la vie des femmes [l’initiation sexuelle] et essayer d’atteindre la réalité d’un être au début de la vie, des choix. » Elle se plaignait également (suite à la levée de boucliers sur son roman « Passion simple » jugé trop brute) qu’une romancière était censée « parler de l’amour de manière sentimentale et que les valeurs qui restent attachées [aux femmes] sont l’altruisme, la douceur… » Il est vrai que toutes les femmes qui sortent de ce schéma font en général scandale (de Pauline Réage à Catherine Millet…).

Littérature de femmes et littérature -d’hommes- « universelle »

Ecriture féminine et auteurs femmesLe terme apparaît surtout péjoratif et ghettoisant car on ne parle pas -à tort- de « littérature d’hommes » (blancs, hétéros, etc.) dés lors considérée comme universelle, ce qui n’est pourtant absolument pas le cas. C’est ce déséquilibre qui explique ainsi que les femmes qu’elles soient cinéastes ou écrivains rejettent en général parfois même avec violence l’étiquette en arguant à raison que les hommes ne sont pas ainsi catalogués. Maïwenn Le Besco s’est faite remarquer par sa posiion et son refus fracassant de figurer au documentaire de Julie Gayet sur les réalisatrices femmes, par la suite elle a affiché son soutien à la pétition sur le droit d’importuner: « Je suis anti-mouvement féministe, et je trouve absurde ce débat récurrent autour du manque de réalisatrices en sélection au Festival de Cannes. Je n’aimerais pas qu’un jour un individu soit sélectionné pour son sexe et non plus pour la qualité de son film. Il y a moins de femmes en compétition tout simplement parce qu’il y a moins de réalisatrices que de réalisateurs. » Elle a ajouté: « Ce métier fait appel à des hormones très masculines et, quand je suis sur mon plateau, c’est comme si mon côté féminin était remisé au placard». » Cette dernière réflexion qu’elle émet régulièrement en interview montre que sa (triste) intériorisation de la construction culturelle selon laquelle la « force » ou « l’énergie » étaient genrées masculinement alors qu’elle est la preuve vivante (avec bien d’autres) qu’une femme possède autant de force ou d’énergie créatrice qu’un homme (et corrélativement qu’un homme dispose aussi d’autant de « sensibilité » qu’une femme). Il est préjudiciable que ces traits/qualités restent typés de la sorte et de voir qu’une femme de sa génération en soit encore restée bloquée à ces préjugés réducteurs et qui peuvent être aliénants dans certains cas…

Derrière un livre, il y a toujours un auteur qui, quelque soit son sexe, écrit de sa hauteur, de son point de vue même si derrière le masque d’un personnage, ce sera toujours son regard, son prisme. Il ne saurait y avoir d’auteur-dieu transcendant toute subjectivité, même si les hommes, ego souvent surdimensionné oblige…, aiment à se fantasmer en démiurge. Je rejoins le principe Nietzschéen qui reconnaissait, même lui !, qu’il n’y avait pas d’oeuvre en dehors du « corps » de l’écrivain qu’il soit philosophe ou non (« que toute philosophie soit toujours l’autobiographie et la confession (du corps) d’un philosophe« ) dans Le gai savoir.

L’écriture « androgyne » selon Virginia Woolf

C’est ainsi que je ne crois pas tellement en l’écriture « androgyne », comme le prônait Virginia Woolf, de même que je ne crois pas à l’affranchissement total de sa couleur de peau ou de ses origines sociales ou de son orientation sexuelle pour ne nommer que quelques facteurs constitutifs ou au moins inflenceurs d’une identité. En un mot je ne crois pas à l’idée d’une écriture « neutre » comme le suggère cette expression. L’auteur n’est jamais neutre (et heureusement car c’est ce qui fait son style, sa singularité ! En un mot : sa voix. Ce que Zola nommait « un tempérament »).

Toutefois cela n’empêche pas bien sûr de convoquer les parts dites culturellement et conventionnellement « féminines » et « masculines », composant chaque être humain quelque soit son sexe (les fameux animus et anima) dans ses écrits. Ou tout simplement si on abandonne le clivage sexué, les différentes facettes de sa personnalité. Ce que Virginia Woolf défendait, toujours dans le langage genré en vigueur à son époque et donc toujours à la nôtre visiblement : « En chacun de nous dominent deux forces, l’une masculine, l’autre féminine… L’état normal et satisfaisant est celui où les deux sexes vivent en harmonie et coopèrent dans l’ordre spirituel… C’est quand cette fusion a lieu que l’esprit est pleinement fertilisé et peut faire usage de toutes ses facultés. » (propos rapporté par J. Libis dans « La félicité androgynique », Le Mythe de l’androgyne, Berg International 1980, p. 162).

Dans son fameux essai Une chambre à soi elle affirme encore qu’« il est néfaste pour celui qui veut écrire de penser à son sexe. Il est néfaste d’être purement un homme ou une femme ; il faut être femme-masculin ou homme-féminin. »
Je ne le crois pas encore, les dogmes n’étant jamais très bons de façon générale… Certains écrits sont très genrés et c’est aussi ce qui fait leur valeur qu’on adhère ou non au point de vue de l’auteur (ex Henry Miller et Anais Nin, Philip Roth, Corman McCarthy, Dantec pour n’en citer que quelques-uns).

Oublier son sexe pour écrire ?

Enfin, Woolf va jusqu’à dire que les femmes pourront écrire « lorsqu’elles oublieront leur sexe » (propos rapporté par G. Fraisse, La Controverse des sexes, PUF, « coll. Quadrige » 2001, p. 118.). Mais pourquoi être consciente de sa féminité devrait-il être un obstacle à la création littéraire ? Il me semble que c’est au contraire une richesse à exploiter et de plus on ne demande pas la pareille aux hommes (qui écrivent souvent d’un point de vue très phallocentré)… Cela me rappelle un peu Beauvoir qui conseillait même franco d’imiter les hommes et de se nier en tant que femme en somme (conseil qu’elle n’aura pourtant jamais suivi elle-même dans la construction de son oeuvre et heureusement ! Idem pour Woolf). Tristes signes d’une intériorisation misogyne et d’un manque de confiance en elles-mêmes.

Pour bon nombre d’auteurs femmes, tristement, le choix d’adopter un pseudo ou un héros masculin est vécu comme la seule possibilité de pouvoir accéder à une plus large reconnaissance et à ne pas être stigmatisée par une critique majoritairement masculine. Virgine Despentes a ainsi confié en 2018 que le fait d’avoir choisi un héros plutôt qu’une héroine pour son roman Vernon Subutex lui a permis d’être analysé comme un « portrait général de sa génération », ce qui n’aurait pas été le cas si elle avait raconté « l’histoire d’une femme en galère », en d’autres termes celle-ci n’aurait pas eu la même portée universelle selon elle.

Sphère privée/Sphère publique et Histoire littéraire au féminin

Il existe pourtant une vraie tradition littéraire des femmes, malheureusement censurée et supprimée des manuels d’histoire littéraire et des salles de classe donc du canon et du sacro-saint statut de « classique ». La sphère domestique, les sentiments personnels, l’introspection, l’analyse psychologique qu’elles ont contribué à renouveler et à développer, y occupent ainsi une place privilégiée pour des raisons assez évidentes de leurs conditions de vie (cantonnement social à cet univers). Univers qu’hommes et femmes fréquentent d’ailleurs et qui revêt une toute aussi grande importance dans les vies de chacun(e) que la sphère dite « publique » (avec le signifiant politique associé). Il ne doit donc pas être victime de préjugés sexistes ou assimilé à un sujet inférieur à celui de la guerre/conquête par exemple (encore une fois historiquement associé au genre épique gréco-romain masculin et donc vu comme « noble », « sérieux » et surtout plus « vaste »/ »large » que l’étroit foyer des femmes selon les critères néoclassiques (formalisés notamment par le très sexiste Boileau ). Bon nombre d’auteurs masculins en particulier du courant romantique se sont d’ailleurs appropriés ces thèmes inspirés par les femmes (Zola ayant été inspiré par George Sand dont il était féru dans sa jeunesse ou Rousseau grand lecteur de Madeleine de Scudéry, précieuse et auteur majeur du XVIIe siècle, côté anglais Richardson a tout pompé sur les amatory novels du XVIIIe s. tout en les insultant et les méprisant bien sûr !).

Ecriture intimiste et Attaques sexistes

L’écriture de soi, traditionnellement associée aux femmes (et à « un manque d’imagination » pour « créer de vrais personnages » vu encore une fois parfaitement stupidement comme une lacune/défaut selon la construction socio-culturelle patriarcale de la « hiérarchie » littéraire), est donc ainsi régulièrement historiquement et toujours de nos jours, dénigrée et rabaissée à un rang inférieur (allant jusqu’à être qualifiée de « forme préesthétique ») quand bien même des chefs d’oeuvre classiques reconnus -signés d’hommes bien sûr hein !- appartiennent à ce genre (Bonjour Montaigne, Proust, Rousseau…).

De façon générale, on lit/entend que ce genre littéraire est « narcissique », « nombriliste » donc bas, méprisable presque immoral en somme (vieux échos toujours des théories littéraires du XVIIe et XVIIIE siècle)., d’autant plus toujours si le « je » est une femme qui devrait rester « modeste » et « discrète ».

Parmi les innombrables commentaires/piques que l’on peut entendre à ce sujet, plus particulièrement d’hommes mais également tristement parfois reprises en écho de femmes influencées, je cite par exemple cette réflexion symptômatique de Michel Onfray dans une interview de 2014 :

« Aujourd’hui, on assiste à un appauvrissement du roman. Le propre de la littérature pour moi est quand même l’imagination. Or voilà qu’elle est réduite à une sorte d’autofiction qui voit chacun raconter un bout de sa vie -surtout si on y trouve du sexe, du croustillant. J’en veux pour preuve le succès de Marcela Iacub, de Christine Angot... » (évidemment ce sont deux femmes qui sont attaquées, ayant de plus fait crime de lèse-majesté puisqu’elles abordent la sexualité, on en revient aux attaques du XVIIIe siècle où les femmes écrivains étaient même traitées de prostituées… Zéro évolution. Gloups.)

Quand ce préjugé sexiste et dénué de fondement littéraire sera-t-il enfin aboli ? Quand je vois qu’une Annie Ernaux est sans cesse obligée de se justifier là-dessus alors que son talent littéraire n’est plus à prouver, je me dis que nous avons un sérieux problème en France et ailleurs du reste,ce type de préjugé étant au moins commun aux pays anglo-saxons et probablement européens dans leur ensemble. Quand les mentalités vont-elles enfin évoluer et ces accusations/soupçons stériles sur l’autofiction ou l’autobiographie cesser ?

Je crois que l’on peut raisonnablement parler de thèmes, problématiques féminines (d’un point de vue socio-historique) sans que cela ne soit nullement péjoratif, bien au contraire. La sphère privée, le domaine des sentiments, de l’intime, notamment. Thèmes pouvant être saisis par les auteurs tous sexes confondus comme ils le sont dans les faits (le courant romantique et avant lui de la sensibilité au XVIIIe s. tel que les Anglais l’ont dénommé, en étant la démonstration la plus éclatante, avec une tentative de « masculiniser », de rendure plus « mâle » ces sujets du « coeur » justement vus culturellement comme trop « effeminés », trop « étroits » donc menaçant la virilité associée à la sphère publique, l’action, la grandeur, la force, etc., tout un discours critique genré qu’il est passionnant de décortiquer et de déconstruire). La sensibilité et la profondeur psychologique étant aussi des qualités partagées par tout grand écrivain.

Ce dossier, présente une famille littéraire ou plutôt un personnage féminin (et qui se décline d’ailleurs aussi au masculin !) devenu emblématique d’un genre littéraire : les tribulations du personnage de la trentenaire moderne, célibataire citadine… Une Poppy Z.Brite par exemple, ne saurait y être assimilée bien qu’elle soit une femme. De même une Marie Desplechin ne saurait être comparée à une Fred Vargas ou même à une Nina Bouraoui…

Il semble donc que le critère du sexe soit donc assez réducteur et pas très pertinent. Il faudrait plutôt parler, peut-être, de thèmes traditionnellement « féminins » (tournés vers l’intimité, l’intériorité, les sentiments, les relations…) dans lequel s’inscrivent également des hommes (tel que Nick Hornby, Jaenada, Olivier Adam, Emmanuel Carrère, etc. par exemple et du côté des classiques la plupart des romantiques). Mais ces thèmes sont, injustement et historiquement, connotés péjorativement par les biais sexistes hérités du XVIIe (cf Boileau contre Madeleine de Scudéry par exemple) entre autres et renforcés au XIXe lors de la formation du canon littéraire en France notamment pour des questions de morale, etc. Espérons que les mentalités sauront s’ouvrir, il est plus que temps au bout de quatre siècles… [Alexandra Galakof]

(Article rédigé en utilisant en partie les principes d’écriture inclusive)

1 Commentaire

    • AHMED GUENAOUI sur 21 avril 2019 à 13 h 09 min
    • Répondre

    un très bel article
    je le trouve très intéressant bonne continuation.

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