La rentrée littéraire 2006 vue par Chloé Delaume

L’épreuve de force de la rentrée littéraire angoisse tous les « concurrents » déjà dans les starting-blocks, au nombre de 683… Chloé Delaume sera l’une d’entre eux. 1 sur 683 avec son nouveau roman intitulé « J’habite dans la télévision ». Dans son excellent journal en ligne, tenu sur son site, elle décrit avec l’humour qui la caractérise ses impressions avant le jour J… Lucide et sereine :

« J’habite à présent dans un chiffre. Je suis un petit 1 composant le très gros 683. J’habite dans la télévision est un roman à paraître en septembre 2006. Dans la machine comment ça se passe, à présent que mon éditeur est hébergé chez Gallimard, je me demande alors j’observe.

Et je compare, évidemment. Avec les rentrées précédentes, vécues ou seulement racontées. Pour l’instant je note le confort, une sensation sécurisante, tout se passe vraiment dans les délais et aucune hystérie ne pointe. On me préserve des clapotis.

Vendredi c’est prévu, le hall rue Sébastien Bottin, la pièce les piles et les envois. La liste des journalistes, quelques épreuves ont circulées, assez peu, 683 romans on arrête les conneries, la surenchères des starting blocks démarrage tête à queue ensablures dès juillet, ne pas en rajouter dans les photocopies. Je ne suis pas lucrative, je ne cause pas de pertes mais ça ne va pas plus loin et ça ne va pas changer. Je figure parmi les 683, on me l’a accordé, ajoutons proposé. Je porte les couleurs Verticales en septembre, je suis un Chocobo vaillant. Je n’ai pas le choix des armes mais je trotte où je veux et cela me suffit.

Le livre existera, et quand cessera l’automne il s’en ira s’échouer dans les entrailles d’un chiffre beaucoup plus effrayant que 683. Un chiffre non quantifiable, celui qui correspond au nombre de romans publiés dans une langue qui s’appelle le français. Après ça c’est marrant, mais le putain qu’est-ce que je vais foutre comme phrases clefs ce coup-ci pour les dédicaces, ça ne m’angoisse plus aucunement. »

Retrouvez l’intégralité de son journal sur le site de Chloé Delaume

Lire aussi le billet sur La télévision, filon (et bouc émissaire) inépuisable des jeunes auteurs ? (avec une petite critique de « J’habite dans la télévision »)
et le billet sur L’influence des jeux vidéos chez les jeunes auteurs

A propos du roman « J’habite dans la télévision » (aux éditions Verticales):

Présentation de l’éditeur :
«Ce que nous vendons à Coca-Cola c’est du temps de cerveau humain disponible.»

Chloé Delaume a voulu comprendre en quoi consistait la mise en disponibilité mentale des téléspectateurs. Durant 22 mois, du lever au coucher, elle s’est faite «sentinelle» de la télévision, devenant son propre sujet d’étude, se soumettant aux flux de messages médiatiques et publicitaires, ingurgitant le maximum de programmes de divertissement, téléréalité surtout, pour en ramener « des informations du réel ». À travers cette expérience limite, la narratrice décrypte sa mutation en cours : cerveau et corps se modifient inéluctablement. Quand l’humain n’est plus qu’un outil au service de « la fiction collective ».

J’habite dans la télévision est un puzzle où chaque pièce pullule de références, de propos télé-rapportés, appliquant au discours du neuromarketing une grille de lecture singulière, dont la lucidité a parfois des accents paranoïaques. L’humour de Chloé Delaume sédimente ce texte et invite chacun à s’interroger sur la marge de manœuvre de son libre arbitre.

6 Commentaires

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  1. Ai-je le droit de confesser que je viens de terminer le livre ?
    Je me plierai aux usages et ne le croquerai / chroniquerai qu’à sa sortie, mais déjà je p/veux le dire : j’y ai pris un joli plaisir d’intelligence littéraire !