« Microfictions » de Régis Jauffret, Descente impitoyable dans la fourmilière humaine

Le plus obsessionnel de nos grands écrivains nationaux est de retour en cette rentrée littéraire de janvier. Après son Asile de fous (prix Femina 2005), il nous plonge une nouvelle fois au coeur des névroses et psychoses familiales, amoureuses, relationnelles ou professionnelles. Au coeur des microcosmes sociaux et de leur folie confinée.
Fidèle à son matériau d'inspiration préféré : l'humain, à dominante féminine parce que ce sont "les plus complexes" et... "les seules capables de pousser au suicide" (!) confiait-il dans une interview. Il livre en cinq cents polaroïds à la précision chirurgicale, tour à tour étranges, grotesques ou cruels, de nouveaux micro-"fragments de la vie des gens" (un de ses précédents opus à (re-)découvrir aussi par la même occasion). Avec un regard toujours aussi acéré, il explore ces existences qui sentent le renfermé, la mesquinerie ou encore le désespoir de vivre. Une sorte de petite encyclopédie "maniaque" (que Jauffret s'amuse même à classer par ordre alphabêtique) sur la face sombre de la nature humaine, à déguster par petite gorgée (avec un peu de vodka entre chaque rasade)...

"Je est tout le monde et n'importe qui."

"Alzheimer insonorisé", "Coup de scalpel", "Filles à vagin d'ambre", "Heureux comme un chiffre", "La famille vaut largement l'orgasme", "Une criminelle intermittente", voici quelques uns des titres hauts en couleur des nouvelles "dissections" de la nature (et condition) humaine urbaine de Régis Jauffret. Il pousse ici l'exercice encore plus loin en démultipliant, presque à l'infini semble t'-il, les personnages et les situations comme un savant fou, un peu schyzo qui observerait ses cobayes dans son laboratoire. "Mes livres tombent de moi comme des peaux mortes sitôt que je les ai publiés", explique-t'-il dans l'un de ses textes ou encore compare un immeuble immobile autour de lui à un "lourd manteau de pierres" qu'il porterait.
Son objectif était en effet de remplir ses pages et de les "bourrer de personnages jusqu'à la gueule" selon son expression. Inventant par là-même une sorte de "roman-foule" allant jusqu'à l'overdose humaine.

Pour ce faire, il a choisi la forme de la microfiction, la "fiction minuscule" comme il la définit, inspiré du genre anglo-saxon éponyme, qui vise à faire "entrer la vie d'un homme ou d'une femme dans une goutte d'eau" soit environ 1 page et demi. Des micro-proses qu'on verrait bien aussi sur un blog finalement (l'auteur travaille d'ailleurs à la réalisation d'un site Internet "Interview génération" d'art expérimental qui présentera des vidéos de personnalités et d'anonymes).
Ultra-short donc mais ultra dense (même si parfois un peu frustrante par leur brièveté).
Résultat : le lecteur se trouve assailli par une pluie, une averse même, à tendance orageuse parfois, de destinées et de faits dérangeants, pathétiques, émouvants ou effrayants. Un déluge torrentiel de ces vices, pulsions, tabous et petits fascismes ordinaires que la société s'emploie à refouler et qui grouillent derrière les vitrines et les façades.

"Mon corps est pareil à une maison en mauvais état. Aux murs lépreux, aux fenêtres capricieuses dans laquelle j'aurais été assigné à résidence par décision de justice, m'interdisant d'y entreprendre les moindres travaux."

On y retrouve bien sûr les figures de prédilection de l'auteur : ces femmes qui s'ennuient à mourir ou en mal de séduction, hommes frustrés, couples moribonds (et parfois SM comme ce directeur d'un grand groupe cosmétique qui se fait gifler par sa femme et doit dormir avec une cage à souris autour du gland !) ou écrivains ratés, ces alcooliques, dépressifs ou égocentriques... "Mon imagination souffrait d'une hémorragie que je devais injecter continuellement dans des phrases. Et puis, ce que les gens appellent la vie m'ennuie, j'ai même la sensation que c'est la mort."

Mais aussi des personnages plus inédits comme celui d'un footballeur assassin qui cache un revolver en bandoulière sous son maillot, un enfant désorienté qui subit la perversité de ses parents, un pharmacien cupide, des pédophiles ou encore une satire des médias, du charity-business, du racisme ordinaire ou du tourisme de masse... Et même Saint Germain des Prés qu'il lui fait dire que "l'humanité rêve d'un long pourrissement dans la joie".
Il aborde aussi quelques sujets plus politiques comme ce texte imitant le discours d'un homme politique invitant à "bombarder certaines villes peuplées en majorité de chômeurs" à des "frappes chirurgcales" sur ces "casernes d'oisifs". Ou sur le thème des inégalités sociales : "Je connais la misère, et la respecte. Le spectacle de la pauvreté est sans charme. Il peut atteindre le moral des plus fragiles d’entre nous. Mais nous devons l’endurer avec dignité. C’est notre devoir de riches.", ainsi que la place des personnages âgées dans notre société du tout jeunisme ("L'éducation des vieux").

D'autres relisent "pour dissiper leurs angoisses" les nuits d'insomnie, les faire-parts de décès de leurs amis afin "de s'endormir paisiblement comme un enfant que sa mère vient de bercer."...

La violence et le morbide se font aussi plus palpables que dans ses précédents romans. Ses microfictions sont ainsi peuplées de désirs de meutre (les femmes sont crucifiées sur les portes d'entrée tandis qu'une épouse hésite à faire "piquer" son mari) ou de passages à l'acte, de violeurs et de victimes ou encore de massacres... "Je peux écrire aujourd'hui des choses que je ne pouvais pas écrire il y a 30 ou même 10 ans." a confié l'écrivain d'origine marseillaise. Sans rien perdre de son sens des attaques et des métaphores grinçantes telles que "Les pères sont des mères qui ont mal tourné" ou encore "un deux-pièces spacieux comme une paire de pots de yaourts"... ! Il confie que les histoires les plus dures à écrire ont été celles en rapport avec les enfants : "J’étais beaucoup plus en symbiose pendant leur écriture. Ce sont d’ailleurs les seules où il n’y a pas d’humour, pas de cynisme."

Il s'agit ici d'un livre concept. Un "projet global et un objet" comme le définit Régis Jauffret. Mais en aucun cas d'un recueil de nouvelles, précise-t'-il. Il dépeint une réalité à 360° dans laquelle il s'est totalement immergé tel un acteur entrant sur scène sans texte et sans rôle et qui aurait tout inventé et recréé ou à la façon d'un spéléologue qui creuserait l'âme humaine pour en extraire son essence la plus profonde et la plus impudique.

Réservez : Microfictions de Régis Jauffret

Visuel d'illustration : "La foule" d'Eric Rondepierre

Mise a jour : En 2010, l'écrivain Claire Castillon qui fut sa compagne un temps disait de cet ouvrage: "Pour pallier l’absence de mon amoureux, j’écoute le livre audio « Microfictions », de Régis Jauffret (Gallimard) : il tient dans sa voix tous les secrets des femmes."

(16 commentaires)

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  1. A signaler aussi la parution de "Vivre encore, encore&quot aux éditions Verticales : un bref récit de Régis Jauffret accompagné d’un DVD.
    Présentation de l’éditeur :
    Expression de l’angoisse métaphysique de naître et de vivre de l’auteur, et de son besoin passionné de se réaliser dans la littérature, de continuer à vivre pour écrire. Le texte est accompagné de trois films de D.Brard : l’ange du bizarre, portrait de R.Jauffret, un entretien portant sur l’écriture, la littérature et ses enjeux et la lecture du texte Vivre encore, encore par l’auteur.

    http://www.editions-verticales.com/fiche_ouvrage.php?id=245&rubrique=3

    • half a person on 24 janvier 2007 at 21 h 37 min
    • Répondre

    Merci de parler de Régis Jauffret. il est probablement, avec Richard Morgiève, Marie Ndiaye, et Eric Chevillard, parmis les meilleurs auteurs français vivants. Je trouve qu’on ne parle (en général) pas assez de ces auteurs-là.

    Jauffret en est déjà à son 16ème ouvrage, et tout déchire là-dedans. Tout. Il faut lire Histoire d’Amour, c’est juste parfait. J’aimerais vraiment que tous ces auteurs-là soient enfin lus, lus par beaucoup. Ce sont des fucking genius. mais bon, c’est que mon avis.

  2. Ah enfin un amateur de Régis Jauffret ! J’ai l’impression tout de même que sa reconnaissance est plus forte maintenant. Mais c’est étrange qu’il n’ait pas le même rayonnement qu’un Houellebecq par ex ?
    Je ne sais pas toi mais je préfère Jauffret en roman qu’en petite prose finalement…

    Pour l’anecdote, Histoire d’amour a eu bp de difficultés à trouver un éditeur avant que Verticales n’accepte de le publier.
    Jugé trop subversif à l’époque.

    • half a person on 27 janvier 2007 at 0 h 25 min
    • Répondre

    Je crois que le Jauffret n’a pas fini de nous en balancer des histoires sales, parce qu’il est responsable d’une petite revue concurrente de "détective", et que des saloperies, il en a amassées dans sa truffe. Une sorte de cerveau traité comme un foie de canard. Un grand Monsieur.

  3. "Histoires sales" ? Je ne les vois pas vraiment comme ça…
    Il me semble qu’elles n’ont rien de "sale". Elles sont juste le reflet de l’humanité, juste humaines en fait.
    Qu’est ce que ce magazine dont tu parles ?

    • half a person on 29 janvier 2007 at 21 h 23 min
    • Répondre

    Ben quoi, l’humanité c’est pas sale ? Ah ?

    Régis Jauffret dirige le magazine Dossiers Criminels depuis bien longtemps. Mais il ne fait pas que ça. Je suis effrayé en voyant l’absence de posts sur le thème "Jauffret", alors que pour le film de ce pauvre Jan Kounen, on se presse. Juste le reflet de la réalité. Quand je repense à Blueberry, la façon dont Kounen l’avait massacré…

    Et puis maintenant c’est le tour de Nicholson Baker. C’est moche. J’ignore si Baker connaît un bon avocat, mais peu importe, un mauvais devrait lui suffire. J’ai été estomaqué en découvrant ce que Sean Ellis avait fait de son livre, « Le Point d’Orgue ». En voulant pomper l’idée d’un roman irrésistible, il a conçu une bouse affligeante : Casback. Et Nicholson Baker n’est même pas cité au générique. Une chance finalement. Peut-être. Vivement la fin du monde. Au moins celle des hommes.

  4. En fait "sale" sous entendrait qu’il y a qqc de "propre", de "pur" et d’"impur" ou encore qqc de "bien" ou de "mal". Je crois que c’est ce qui me gêne dans ce terme.
    Je ne vois pas dans les histoires de Jauffret des gens "sales" mais des gens qui vont mal, en souffrance, prisonniers d’eux-mêmes, de leurs névroses et angoisses ce qui peut se traduire par des actes ou des pensées certes odieuses mais qui n’en sont que les conséquences finalement…

    Et pour te rassurer sur le "succès" relatif de la note sur Jan Kounen, ce dossier sur Régis Jauffret a été bien plus lu que ce dernier.
    Nombre d’avis et lectures ne coincident pas toujours, voire rarement 🙂

    Sinon autre bonne nouvelle pour toi qui partage cet intérêt pour R.Jauffret : nous allons mettre prochainement un extrait de son intervention au colloque « Enjeux du roman contemporain ». J’harcèle tous les jours mon webmaster préféré pour qu’il travaille sur cette vidéo 🙂
    A suivre !
    Et merci pour l’info sur le magazine "Dossiers Criminels". Je l’ignorais. Toutefois, je n’ai pas trop envie d’associer cette activité au travail littéraire de l’auteur et de le réduire à ce côté "faits divers" un peu déplaisant…

    • half a person on 31 janvier 2007 at 21 h 31 min
    • Répondre

    Oui, je comprends ton raisonnement sur le "sale". Oui, j’ai bien envie de te suivre, je ne suis pas du genre buté, plutôt poreux.

    Et je respire en constatant que le nombre de répliques ne signifie rien face au nombre de "clics".

    Et tu as raison en ne mêlant pas la source de revenus principale de l’auteur avec sa production littéraire. Le plus important ce sont les livres. D’accord à 118 000, 825%. Sinon, il nage un peu, pas mal, ah bon, on s’en tape ? Oui, tu as raison. Sorry.

    • folantin on 31 janvier 2007 at 22 h 46 min
    • Répondre

    Grand fan de jauffret depuis un bon septenat, je suis, à ce stade de ma lecture (lettre G), un peu reservé sur ces microfictions.

    Dans les jeux de plage, le monsieur se portraiturait sous la forme d’un "petit inventeur qui veut pousser sa trouvaille dans ses derniers retranchements afin de prouver qu’elle fonctionne sans jamais faillir".

    A chaque nouvel opus, la métaphore masochiste menaçait de lui revenir à la gueule. Le systématisme de sa démarche, son refus de la grande narration signifiante, l’exposait à écrire le livre de trop. Celui auquel il serait répondu okay Régis t’as raison la vie est un baton de merde mais en même temps on t’as pas attendu pour en manger.
    C’est là naturellement le procès que lui intendent depuis le début les cuistres moralistes qui se croient autorisés à définir le champ de la complaisance littéraire.
    Jusqu’à présent, il me semblait que la force de son style l’avait mis mis à l’abris de cette critique. Qu’en gros, la forme sauvait le fond. Mais là, euh

    Si dans les 54 fragments de la vie des gens on comptabilisait un assassinat et une paire de suicides, on est à présent submergé par un déferlement de pédophiles, tueurs en série, tortionnaires militaires etc… Paradoxalement, le résultat obtenu n’est pas du tout de noircir le trait mais de porter le tout à la farce. Et c’est peut être là que se pose le problème : en poussant son tableau de l’humanité à la caricature, Jauffret en arrive à caricaturer son propre style.

    Circonstance atténuante, l’impératif catégorique du styliste consistant a faire évoluer son style. J’avais noté, en gros après prommenade, qu’il s’était éloigné d’une certaine viscéralité psychique de ses personnages. Pour se diriger vers des strates de la conscience plus proches du discours.
    De ce point de vue, microfictions se situe dans la continuité d’asiles de fou. Chaque chapitre est un jeu, et chaque je une petite dictature de l’opinion. Les dialogues n’interviennent que comme une ponctuation dans ce microtrotoir d’autistes.
    – Des voix au chapitre

  5. Half, Folantin, vos messages m’enchantent. Je vais répondre demain car là je vais manquer de temps.
    Suis super contente d’avoir trouver des jauffretistes !
    A suivre donc demain…

    • half a person on 1 février 2007 at 14 h 46 min
    • Répondre

    L’année dernière, j’ai dîné en tête à tête avec lui, on s’est fait chier tous les deux. On était complètement bourrés aussi (pour dire que l’admiration, ben à chaque fois ça fout le bordel).

    De mon côté je l’ai découvert avec Histoire d’Amour, en 1998 je crois. C’est ma plus grosse claque littéraire depuis 10 ans, avec "Les Corrections" de Jonathan Franzen. Une émotion aussi forte que Ma Mère (le film de Christophe Honoré).

    Il faut lire Jauffret. Il est immense quoi.

  6. Je réponds donc avec un peu de retard (mes excuses !) sur l’œuvre de Régis Jauffret que vous semblez bien connaître et apprécier pour des raisons diverses.
    Tout d’abord Folantin, sache que je partage ton opinion sur Microfictions.
    Mon ami qui l’a également lu (avec qui j’ai chroniqué l’ouvrage) était plus enthousiaste mais j’ai ressenti également, non pas un effet de caricature, je n’irai pas jusque là, mais un côté extrême qui faisait perdre un peu de sa sève de "folie ordinaire" que j’aime tant chez cet auteur.
    Je suis aussi d’accord que la forme est très importante chez Jauffret qui est "un styliste" hors pair. Pour moi la littérature, le roman c’est avant tout le style (contrairement à ce que prônent les "terroristes" de l’histoire avant tout). Une émotion littéraire doit passer sinon ça ne m’intéresse pas quelque soit la qualité/l’originalité de l’histoire.
    Mais comme tu le dis à juste titre, il y a tout de même une limite et le fond a tout de même son importance (j’avais ainsi été assez déroutée par Univers, univers même si de nombreuses pages et la virtuosité de leur style m’avaient enchantée).

    Il est vrai que dans ce livre-objet comme l’appelle Jauffret il y a une tentative de faire de l’humour noir, ce que tu qualifie de "tourner à la farce" auquel l’auteur ne nous avait pas habitué (bien qu’en interview, il soit effectivement comme ça !). Parfois ça fonctionne, parfois ça peut dérouter. Ce que j’aimais bien jusqu’à présent, c’est qu’il y avait une sorte de compassion dans son écriture même si elle était très clinique. Là, il y a plus de condescendance… et un certain manque de nuances.
    Sinon, je conseille de lire le livre dans le désordre et de le reprendre petit à petit.
    Je trouve que ça ne se lit pas d’une traite comme ça.

    Bon et Half, ce dîner "jauffretien" : des détails !?

    Sinon question à vous deux : à votre avis, pourquoi Jauffret n’a t’-il pas connu la même reconnaissance et succès que Houellebecq ?

    PS : à suivre demain une petite vidéo de Régis Jauffret lors du colloque "Enjeux contemporains du roman". On travaille dessus !

    • folantin on 6 février 2007 at 18 h 24 min
    • Répondre

    A bien y reflechir, je pense que ce n’est pas vraiment l’outrance qui me dérange dans ce livre. C’est un parti pris esthétique, que, d’une certaine manière, il a déjà pris avec plus de succès dans des romans précédents. Univers… c’était l’outrance de l’écrivain démiurge ; L’enfance… c’était l’outrance de la métaphore canibalisant le récit… Même autobiographie était un récit invraissemblablement outré, qui restait glaçant jusque dans son irréalité.
    Tout ça peut très bien marcher, en tout cas Jauffret a déjà montré qu’il pouvait tordre son style dans cette direction sans trahir "sa" vérité (hum, ça fait bidon ça mais je sais pas le dire autrement)

    Et bon, il y a toujours des dizaines de bons textes à sauver dans ce recueil (coca light !). Reste qu’autant de textes auraient gagné à être coupés. Le parti pris du format "Bienveillantes" me semble être une connerie éditoriale. Sachant que son dernier bouquin a été publié il y a quoi, un an et demi ? C’est de l’abattage et ça se ressent… en particulier cette paire de pages ou régis balance sur chloé et christine ouf ouf… Sérieux, lecteur j’en ai rien a foutre des privates jokes sur le microcosme.

    Bon après pourquoi régis n’est pas michel vaste sujet. Il me semble que, même s’ils utilisent tous les deux des gros fusains qui tachent, il ne font pas du tout la même chose à l’arrivée. Houellebecq à eu du succès parce qu’il est beaucoup passé dans les médias, et il est beaucoup passé dans les médias parce que ses deux premiers livres véhiculaient un discours critique un peu neuf sur la société contemporaine. Un truc sur lequel les médias pouvaient polémickey, ainsi que tout le monde achetant le livre derrière : "ils en ont parlé".
    Jauffret ne fait pas dans la critique sociale. En lisant attentivement on sent le bon bourgeois de gauche, pas trop d’accord avec la marche du capitalisme finacier. Mais ce n’est pas le capitalisme financier qui aliène ses personnages.
    C’est lui, l’écrivain.
    C’est ce en quoi son écriture est métaphysique me semble t ‘il.

  7. Folantin, tes analyses me tuent. Es-tu un dieu ou as-tu fais Régis Jauffret en 1e langue ? !

    Je me le demande. Tu as un tel œil. C’est rare et oxygénant !

    Par contre, je suis pas persuadée que le volume du roman ait un rapport avec les Bienveillantes quand même…
    D’accord sur le caractère chiant des "private jokes germanopratines".

    Concernant le parallèle Houellebecq/Jauffret, ce dernier avait quand même reconnu dans une itv qu’il avait commencé à avoir une certaine reconnaissance, porté par le succès d’un Houellebecq car avant il n’y avait pas de place pour des littératures comme les leurs.
    Je trouve pas que Houellebecq fasse de la critique sociale non plus. Il ne fait que montrer des faits, des attitudes comme Jauffret mais ne "dénonce" pas finalement à part peut être dans ces œuvres plus polémiques sur l’Islam.
    D’un point de vue politique, je ne saurais vraiment pas où le classer d’ailleurs : j’aime pas trop lier littérature et politique (j’en reparlerai bientôt d’ailleurs). Mais j’ai été surprise de ses propos cyniques sur l’abbé Pierre pendant le colloque "Enjeux contemporains du roman"…

    J’attends sinon avec impatience ta réaction sur l’extrait enfin prêt de ce colloque !
    buzz.litteraire.free.fr/d…

    • folantin on 7 février 2007 at 16 h 39 min
    • Répondre

    "Folantin, tes analyses me tuent. Es-tu un dieu ou as-tu fais Régis Jauffret en 1e langue ? !"

    tu m’as démasqué, je suis celui qui écrit "Regis Jauffret".

    Plus sérieusement, je t’accorde que Houellebecq ne fait pas de la critique sociale dans une perspective révolutionnaire naïve (germinal style). Mais extension du domaine de la lutte parlait très directement d’une aliénation émotionnelle mise en perspective avec les forces économiques, politiques culturelles… Il y a avait des conditions de production au spleen des personnages qui étaient elles mêmes l’objet du récit. Comme dans les choses de Perec.
    Il me semble que chez Régis ce spleen se suffit à lui même. La multiplicité des personnages, évoluant dans des conditions infiniment différentes et éprouvent tous le même malaise procède de l’arbitraire artistique. C’est un choix esthétique dont la seule vocation serait a mes yeux d’aller a rebours d’un sens commun de la représentation publicitaire, auquel bon nombre sont tellement acclimatés que le style de jauffret leur apparaît comme une transgression allant bien au delà de la pornographie…
    les mêmes trouvant au contraire des excuses a houellebecq parce que n’est ce pas au moins lui "il a des choses à dénoncer"…

    • antoine on 6 août 2007 at 18 h 50 min
    • Répondre

    Bonjour, je m’appelle Antoine, j’ai adapté une microfiction en un court métrage de 7 minutes.
    Je voudrais avoir les coordonnées (email) de Régis Jauffret afin de lui montrer ce petit film pour qu’il me donne son avis. Le film sera bientot sur internet si j’ai son accord. Merci d’avance.

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