« Boys, boys, boys » de Joy Sorman : « To be or not to be » une femme (prix de Flore 2005)

« Boys, boys, boys » de Joy Sorman, avec son titre inspiré de la chanson de Sabrina (80’s), difficile de deviner ce qui se cache dans les pages de ce roman, 11ème prix de Flore en 2005, sorti en poche récemment. Comme cela arrive souvent, la quatrième de couv’ ne reflète pas vraiment ce roman qui flirte avec l’essai et l’enquête sociétale. Citation : « …le récit d’une fille qui prend les armes et choisit son camp (…) pour s’inviter chez les garçons, s’emparer de leur parole virile – être féministe autrement ». C’est une vision un peu trop militaire voire guerrière de ce livre, qui apparaît avant tout être le carnet d’une « jeune femme d’aujourd’hui » selon l’expression consacrée, qui se pose des questions. Beaucoup de questions. Sur son identité, sur son rapport aux autres, aux hommes et aux femmes…


Une jeune femme qui cherche sa place, qui refuse de tenir son rôle ou « de se laisser faire par les évidences -une fille de trente ans avec un sac à main, des copines, des histoires d’amour, des séances de cinéma, quelques jours de vacances, une mère encore jeune, un magazine à lire dans le bus-« . Bref, de tomber dans cette « légèreté-frivolité-bêtise » qui lui répugne tant lorsqu’elle éclate par exemple dans les fameux dîners de filles (ces « gynécées stériles »). Un rituel qu’elle égratine d’ailleurs avec brio : « A chaque fois il s’agit de passer en revue les deux ou trois domaines qui leur sont millénairement impartis : « sexe, argent (domestique), mode et poids (…) Tu jures de pas le répéter mais machin a un problème. Les filles pensent toujours que les garçons ont un problème ou sont malades. »

Bref l’héroïne de Joy Sorman est l’anti-Briget Jones, l’anti-Carrie Bradshaw de Sex and the city. Mais que veut-elle au juste (cette chieuse !) ? Elle veut des discussions « violentes pathétiques ou grandioses » jusqu’à la « sad hour » (l’heure à laquelle « à bout d’alcool, de fatigues et de paroles, on a encore quelque chose à dire »), se battre, polémiquer et embrasser le monde, la sphère publique…

Boys, boys, boys c’est aussi l’histoire d’une lutte contre elle-même, déchirée par ses propres paradoxes : lire les journaux ou jouer les séductrices insouciantes. Et de penser, en se rendant à une soirée en mini-jupe : « Personne ne sait embrasser comme une américaine de 13 ans. J’aimerais bien être une américaine de 13 ans plutôt que de me demander si le féminisme est un combat perdu ».
Jusqu’à l’ultime dilemme du « couple » : savoir prendre du temps pour l’autre, « Mettre en commun ses insuffisances et embrayer » mais parvenir à exister quand même, à rester branchée sur le monde… Et de livrer sa conception politico-économique du couple, pesant les pour et les contre de cette « machine à lâcher ».

L’écriture ressemble à celle d’une femme en cavale, d’une femme en sursis : abrupte, directe, revendicative, faite d’assertions et de questions qui ne cessent de se croiser et se recroiser. Comme le cri d’une enfant des années 70, trop longtemps retenu étouffé. Comme des droites distribuées à un putshing-ball.

Il y a beaucoup de vérités dans ce roman. Beaucoup de passages où l’on se dit « Ah oui c’est exactement ça ! ». Joy Sorman gratte le vernis de la comédie sociale et ose dénoncer certains travers de ses paires. Seul regret : le tableau est un peu trop manichéen. Pour Joy Sorman, une fille équivaut au tryptique « pouffe/pétasse, mollasse et cervelle de moineau » tandis que le garçon incarne « l’esprit cultivé, l’ouverture sur le monde, le débat politique et les grandes idées sur le monde… » Entre les deux existe tout de même un équilibre, sans pour autant renier les différences entre les sexes.

A l’image d’une Pink qui chante « I don’t wanna be a stupid girl » et où la seule alternative est de choisir entre un ballon de foot américain ou une barbie (bien sûr la fille intelligente est celle qui choisit le ballon ovale), la thèse défendue par Joy Sorman semble être de devoir agir comme un homme, de lui ressembler coûte que coûte pour « prendre le pouvoir ». Comme s’il n’existait pas de manière féminine de se l’approprier…

Certes, ces caricatures ont le mérite de sonner l’alarme en s’élevant contre la recrudescence des bimbos et du « tout girly » (« What happened to the dreams of a girl president, She’s dancing in the video next to 50 Cent », lui fait encore écho encore Pink) qui font perdre du terrain aux belles idées et ambitions des révolutionnaires de mai 68.
Ce livre sera peut-être la bible de certaines trentenaires « rebelles » qui ne manqueront pas de retrouver certaines de leurs interrogations ou valeurs mais une question demeure tout de même en fin de lecture : la démonstration nécessitait-elle vraiment un roman et pas uniquement une enquête dans Elle ou Le Point ?

Deux ou trois choses que l’on sait de Joy Sorman :
Fille de l’essayiste Guy Sorman, Joy Sorman a d’abord été professeur de philosophie. Elle s’est ensuite reconvertie dans les événements culturels, avant de se consacrer à l’écriture. Ses lectures restent assez classiques comme ‘L’Education sentimentale’ ou ‘A la recherche du temps perdu’ de Marcel Proust. En 2005, elle signe avec « Boys, boys, boys » son premier roman.

A voir aussi :
le dossier « Les nouvelles amazones littéraires… Place aux filles« 
Lire une autre critique intéressante sur le blog de JLK

(6 commentaires)

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    • Judy_75 on 14 juin 2006 at 10 h 50 min
    • Répondre

    Tout à fait d’accord,ce "roman" m’a profondément agacée…par son côté simpliste.Oui,selon Joy Sorman,la curiosité intellectuelle,la culture et la parole se trouvent uniquement dans le "camp" des hommes et il n’y a de salut pour les femmes que dans l’imitation…C’est le roman d’une petite fille élevée dans une école privée non mixte et qui salive sur le monde inaccessible des garçons.
    Quant au style,il ressemble énormément à celui de François Bégaudeau…ami de J.Sorman.Comme quoi,elle est vraiment douée pour l’imitation…

  1. Pour info, je me permets d’indiquer ici un lien vers un commentaire de ce roman sur mon blog : mauvais.genre.over-blog.c…

    À bientôt,
    MG

  2. Je tombe sur la rubrique "littérature trentenaire et urbaine", je crois m’y reconnaitre :

    http://www.si-les-idees-suffisaient.net

    puisque je suis presque trentenaire et que j’habite en ville. Mais.
    Qu’englobe cette nouvelle dénomination ?
    je me le demande tout haut, si quelqu’un a un début de réponse, je suis preneuse.
    A bientôt,

    Alexe

    • julie on 14 mars 2008 at 21 h 09 min
    • Répondre

    moi je ne suis pas trentenaire et pourtant j’ai adoré.
    Elle c’est moi… sa vision des choses c’est presque la même. je dis presque parce que toutes les filles ne sont pas des pouffes ou des pétasses et que tout les hommes ne sont pas intéressant. Mais dans une généralité il faut bien admettre que certaines différences sont absolument vérifié.

  3. Vivre sa vie ne veut pas obligatoirement dire prendre le pouvoir ou s’y interesser( la politique en fait partie)

    Je trouve que les hommes, dont je fais parti, sont aussi superficiels que les femmes

    Quid du tuning, du foot et autres ?

    Finalement, c’est bien notre monde qui est superficiel

    Et cela profite à ceux qui ont interêt à susciter cette soif de superficialité

    D’un autre côté, la combattre est aussi se battre contre la nature humaine
    Qui est un combat perdu d’avance…

    • clocks on 12 juillet 2010 at 11 h 00 min
    • Répondre

    Etonnant pour un professeur de philosophie de se poser certaines questions que même nos grands-mères ne se posent plus("où en est le féminisme aujourd’hui?", inventaire des caractéristiques hommes/femmes) au lieu de viser l’ambition d’être (point barre). Rien de pire que les tentatives ratées de roman générationnel. Affligeant d’archaïsme, entremêlement de clichés, ce roman nous révèle que Joy Sorman (ses brushings, ses tops assortis), sans le travail de Despentes, C’EST Bridget Jones, à qui la vie a offert un papa qui connaît plein de gens dans le monde de l’édition. En deux mots : au secours.

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