Les jeunes auteurs brûlent les planches !

La scène tente de nombreux jeunes romanciers et auteurs. Florian Zeller, le plus médiatisé d’entre eux, joue par exemple depuis le 15 septembre (après « Le manège » et « l’Autre ») sa troisième pièce « Si tu mourais » à la prestigieuse Comédie des Champs Elysées tandis qu’Amanda Sthers (en photo ci-contre) dont on a beaucoup parlé récemment, a rencontré un grand succès avec sa première (et difficile) pièce « Le vieux juif blonde ». Ariel Kenig interviewé récemment développe lui aussi plusieurs projets au théâtre (adaptation sous forme de lecture de son roman Camping Atlantic, « Elle t’embrasse », « Pas ce soir »…). A côté des classiques de Molière à Shakepeare…, il y a donc une place à prendre pour les plumes contemporaines. Une conférence de la SACD a livré à ce sujet quelques réflexions intéressantes dans le cadre d’un vaste état de lieux intitulé « Soutenir la création théâtrale : quels enjeux pour les auteurs ? ».

Même si la SACD s’inquiétait d’une tendance persistante dans la sous-représentation des auteurs contemporains d’expression française, elle constate aussi une belle vitalité des créations contemporaines dans les théâtres privés.
La nécessité de suivre l’époque et les goûts des spectateurs en serait la raison principale même si cela présente également une prise de risques.

Résultat : Parmi plus de 130 pièces présentées durant la saison 2005-2006 dans les thâtres privés parisiens, 78 étaient créés pour la toute première fois en France, tandis que 15 nouveaux auteurs français faisaient leur grand début avec leur première pièce (représentant ainsi plus de 10% des pièces jouées). Et ce même si, en France, dans ce métier où il est si difficile de réussir, on est encore souvent considéré à 70 ans comme un jeune auteur !

Les plus grands succès de ces dernières années ont ainsi été signés d’auteurs contemporains révélés dans les années 90 : de Yasmina Reza à Eric-Emmanuel Schmitt en passant par Véronique Olmi (jouée actuellement au Petit Théâtre de Paris pour « Je vous aime beaucoup » et auteur de plusieurs romans dont son dernier très charnel La pluie ne change rien au désir).

Parmi la relève on peut citer Emmanuelle Marie (« Blanc » joué actuellement à la Madeleine et auteur de « Le paradis des tortues », aux éditions de la Différence ), Brigitte Buc (actuellement à l’affiche avec « Le jardin » aux Mathurins, une jolie et subtile pièce sur les allées et venues, rencontres, disputes et baisés volés de cinq personnages, sur quatre saisons dans un square. Une plume fine et caustique qu’elle prête parfois à Valérie Lemercier).
De jeunes dames facétieuses qui portent leur regard tendre et ironique sur leurs contemporains à travers des comédies légères et grinçantes abordant les thèmes universels de la société, la famille, l’amour, la difficulté d’être, de se trouver… De la mort, aussi.

Du côté des premières expériences théâtrales d’auteurs déjà connus en littérature, on trouve notamment Amanda Sthers, 28 ans, dont les premiers romans « Ma place sur la photo » (2004, vendu à plus de 10 000 exemplaires) et « Chicken Street » (2005) sont déjà très demandés en librairie, avec sa première pièce mise en scène « Le vieux juif blonde ». Elle y raconte l’étrange histoire d’une adolescente catholique, en pleine crise, dont le corps a été investi par un vieux juif rescapé d’Auschwitz. Cette cohabitation schizophrénique provoque l’incompréhension de sa mère qui enrage : « Elle aurait pu être protestante, bouddhiste, tchétchène, noire, même noire, j’aurais préféré, juive à la limite, mais pourquoi vieux juif ? » Une pièce qui joue habilement sur le registre tragicomique.
La jeune auteure a également participé à l’écriture de la première saison de Caméra café et réalisé des documentaires sur des rescapés de camps de concentration. Et déjà, sa deuxième pièce « Thalasso » (écrite précédemment) est actuellement mise en scène ! Précisons qu’elle a également écrit une autre pièce intitulée « Gustave ». Une jeune femme très prolixe donc ! A noter aussi la première pièce de Nicolas Bedos, fils du célèbre humoriste, intitulée « Sortie de scène ».

La mise en place d’un fond d’aide à la création, en 1990, par l’association de soutien au Théâtre privé, avec la Mairie de Paris, l’ADAMI et la SACD, combinée aux traditionnels comités de lecture et aides sélectives de quelques fondations (la fondation Beaumarchais de la SACD ou la fondation Lucien Barrière) ont incité les directeurs de théâtre à parier sur de jeunes auteurs. Pour la saison 2005-2006, pas moins de 29 pièces ont pu en bénéficier.
Seules exigences : qu’il s’agisse de l’unes des trois premières pièces d’un auteur et qu’elle n’ait été encore jamais jouée.

Pourtant malgrè ces facilitateurs, le parcours d’un nouvel auteur vers la scène est encore souvent un chemin de croix… L’agent littéraire incontournable Suzanne Sarquier confiait au journal « Rappels » qu’il faut au moins « entre 2 et 5 ans pour qu’un projet soit monté. Même pour les grands noms. »
Juliette Arnaud, Corinne Puget et Christine Anglio, les trois jeunes auteurs de la pièce à succès « Arrête de pleurer Pénélope » (dont la suite se joue actuellement) ont dû écumer longtemps les salles de café-théâtre avant d’être repérées. Du côté des coups d’essai transformés, on peut citer également le jeune auteur Samuel Benchetrit (également auteur des Chroniques de l’asphalte) qui a offert un superbe triomphe à Jean-Louis Trintignant avec « Moins 2 ». Enfin le romancier Philippe Djian traduit et adapte des pièces depuis 2002. Après La campagne de Martin Crimp, il propose maintenant celle du célèbre Gardien d’Harold Pinter, qui sera présenté au Théâtre de l’Oeuvre début octobre dans une mise en scène de Didier Long.

Sources : « Le Figaro Magazine » et « Rappels »
Visuel : Catherine Frot dans « Si tu mourais » de Florian Zeller

Lire aussi : la chronique sur la pièce « Adultères » de Woody Allen

7 Commentaires

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  1. Juste pour ça, je regrette d’avoir quitté Paris. Mes sapins me sont indispensables, mais… *soupir*
    Les livres et les pièces d’Eric Emmanuel Schmitt… autant vous dire que j’adore. Je n’ai hélas pas eu le privilège de voir adapter ses pièces – aaah la province, ses bons et ses mauvais côtés – je me suis donc contentée de les lire. Mais si un jour je monte à Paris… *resoupir*
    Véronique Oulmi doit y être fabuleuse, son roman La pluie ne change rien au désir est une merveille de sensibilité.
    Quant à Florian Zeller et à Amanda Sthers, heu… je ne suis pas fan de leurs bouquins. Peut-être arriveraient-ils à me convaincre au théâtre. Qui sait.

  2. J’avoue que je connaissais pas les livres d’Amanda Sthers…
    Tu dis que tu n’aimes pas. As tu eu l’occasion de les lire et quel est son style ?

  3. Je n’ai pas dit que je n’aimais pas. Je n’ai fait que parcourir des paragraphes de leurs livres en librairie. Ce que j’ai lu d’eux ne m’a simplement pas donné envie d’acheter. D’autant que les livres ne sont pas donnés. J’aime bien fouiner, j’ai toujours peur des mauvaises surprises.
    C’est pour ça que la bibliothèque municipale vaut son pesant d’or! A l’occasion, si je les y trouve, je les lirai, pour voir…

  4. Je serai curieuse de voir son style mais les thèmes qu’elle aborde ne me tentent guère… En tout cas parcours atypique : de "Caméra café" au documentaire sur les rescapés de camps de concentration. C’est ce qu’on appelle être "polyvalent" !

  5. Bonjour 🙂

    Votre blog, ainsi que cet article, sont cités dans la sélection du jour sur "Le tour des blogs", à l’adresse suivante :
    http://www.letourdesblogs.net/ar...

  6. eh bien merci, c’est très gentil cela et bonne idée de blog !

    • Adrien sur 24 octobre 2007 à 14 h 35 min
    • Répondre

    Je viens de voir la pièce de Florian Zeller : L’Autre. Avec Sara Forestier. Eh ben, franchement, ça m’a réconcilié avec le théâtre. j’ai trouvé ça sublime.
    Même Stanislas Merhar qui, d’habitude, m’ennuie un peu, est magistrale…
    Je vous recommande d’y aller les amis…

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