"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

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Les différences entre le marché de l’édition en France et en Angleterre vues par Clémentine Beauvais, jeune auteur à succès expatriée

On parle beaucoup de littérature jeune adulte/ado américaine, mais la France n’a pas à rougir de ses talents dans le domaine qui savent aussi passionner les jeunes et moins jeunes. Clémentine Beauvais, une jeune professeur de lettres expatriée en Angleterre à York après des études à Cambridge, s’est ainsi faite remarquer avec deux jolis succès, Les petites reines (2015, 27000 exemplaires vendus et auréolé de 4 prix littéraires) et plus récemment l’ambitieux et innovant « Songe à la douceur » (2016, tiré à plus de 40000 exemplaires), une histoire d’amour contrariée de l’adolescence à l’âge adulte, écrite en alexandrins et inspirée de l’opéra russe Eugène Onéguine s’il vous plaît ! A la croisée de la littérature française et anglo-saxonne, elle qui donne en plus des cours de creative writing, occupe une place privilégiée pour comparer les deux marchés d’édition des deux côtés de la Manche. Dans une interview, elle analyse leurs différences avec les avantages et inconvénients de chaque système pour les auteurs et la création littéraire :

Clémentine Beauvais, auteur du roman pour ado à succès « Songe à la douceur » (2016)

A propos des cours de « creative writing » : Peut-on apprendre à écrire un roman ?

« J’étais d’habitude plutôt sceptique sur l’idée d’apprendre et d’enseigner l’écriture. J’avais l’habitude de penser que ce n’était pas quelque chose que l’on puisse apprendre… Je pense que c’est possible de devenir meilleur en écriture, mais je pense toujours que quelqu’un ne peut nous l’apprendre. Néanmoins il me semble que quelqu’un peut nous donner le temps, le type d’exercice, l’énergie et les retours dont on a besoin pour écrire mieux. Ou alors, il suffit de seulement dire ce tu fais avec leurs textes, qu’est-ce qui peut fonctionner sur le lecteur et qu’est-ce qui peut être ajusté ou changé pour donner un meilleur discours. (…) Les cours d’écriture créative se positionnent entre apprendre aux gens à écrire mais aussi leur apprendre à lire. Parce que si vous apprenez aux gens à lire des textes dans l’optique de rendre clair ce qui fait que ces textes sont bien écrits, alors vous leur apprenez à écrire en même temps. Vous leur montrez en effet ce qui est bien dans un texte, vous les rendez attentifs aux techniques qu’ils peuvent utiliser.

Le problème est qu’on peut ainsi créer à la fin une écriture très normée et calibrée, mais au Royaume-Uni c’est très honnêtement ce qu’il se passe déjà. Ce n’est pas comme si c’était nouveau d’aller chercher directement des auteurs dans ces cours, ils étaient déjà très commerciaux. Mais imaginez qu’un étudiant paye par exemple 40 000 dollars pour ces cours – ce qu’ils font, ce sont des cours vraiment très chers – ils payent donc aussi l’opportunité de rencontrer des agents et des éditeurs. Donc c’est une partie du marché qui, malheureusement parfois, domine le monde anglophone.

La France est très attachée à l’idée d’un génie solitaire et créateur. Les gens sont très réticents face à l’idée de voir l’écriture comme quelque chose qui peut être enseigné et appris. De plus en plus de gens vont accepter cette idée mais je doute que ça sera un jour vu comme ça l’est aujourd’hui en Angleterre. Et j’espère que ça ne deviendra pas quelque chose qu’on peut étudier directement après le bac mais je pense que ce serait une bonne idée de créer des masters ou des doctorats d’écriture créative (ndlr, ce qui existe déjà au havre et à l’Universoté Paris 8 notamment).

Marché de l’édition en France vs. Marché de l’édition en Angleterre

« La plus grande différence est le côté très commercial de l’édition anglo-saxonne. Les auteurs jeunesse anglais et américains doivent être extrêmement commerciaux, ils doivent vendre. Donc ils prennent très très peu de risques, n’abordent pas de thèmes sensibles, n’utilisent pas d’écriture inhabituelle. Par exemple, certains livres que je publie en France, comme La Pouilleuse ou Comme des images auraient été absolument impubliables en Angleterre. Les Petites Reines a été vendu en Angleterre mais seulement à une toute petite maison d’édition spécialisée dans les livres étrangers. Ca n’aurait pas pu se vendre à une maison d’édition populaire. Rien ne doit prêter à controverse. Mais vous êtes payé beaucoup plus en tant qu’auteur parce que les livres se vendent plus. Et les livres sont très souvent vendus et traduits à l’étranger. C’est une expérience très différente. Et bien sûr vous avez un agent qui se bat vraiment à tes côtés. Être un auteur en France, c’est très solitaire et cette solitude peut peser car vous n’avez personne à part vous-même. »

Source : La Voix du livre, Mars 2016

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