Auteur: Camille Laurens

Femmes de plus de 40 ans recherchent désirabilité : figure de la femme mûre en fiction, entre cougar pathétique et rebut de la société

Si le sujet de la jeune fille succombant à l’homme d’âge mûr est un sujet/fantasme rebattu que Claire Castillon vient d’ailleurs de revisiter avec « Les messieurs », montrant notamment l’ambivalence de cette attirance dont le côté cérébral ne suit pas toujours le physique, ou du vieux libidineux séduisant une jeunette (Roth s’en étant fait une spécialité de « La tâche » à « La bête qui meurt »…), celui du désir et de la séduction chez la femme de plus de 40 ans semble encore relativement tabou ou rare, jugé indécent ou gênant (?). Quand il est abordé, chez les auteurs masculins (qui l’accable ou la tourne en ridicule) comme chez les écrivains femmes, leur portrait n’est guère flatteur ou optimiste comme le démontre le dernier roman remarqué « Celle que vous croyez » de Camille Laurens

Celle que vous croyez de Camille Laurens: « L’amour c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un »

Avec Celle que vous croyez, paru lors de la rentrée littéraire de janvier 2016 dernière, Camille Laurens frappe fort et poursuit son exploration des rapports amoureux à l’heure d’Internet, débuté avec le très bon « Romance nerveuse » (2010) dont il pourrait être le tome 2. Elle continue de tisser ses motifs de « bad romance » où des femmes mûres, vieillissantes, sont malmenées par leur attirance pour leurs cadets trentenaires goujats et glandeurs, incapables de leur donner l’attention et l’amour qu’elles recherchent désespérément. Elle livre au passage une réflexion intéressante sur le désir amoureux qu’elle associe à l’écriture et à la fiction, au travers d’un dispositif narratif original où Internet devient la scène où les amants jouent avec leur imaginaire et leur identité jusqu’à s’y perdre…

Facebook, Internet… : de « beaux outils romanesques » selon Camille Laurens

Dans une chronique rédigée pour le site de L’Express, l’écrivain Camille Laurens livre une analyse intéressante du rôle joué par les nouvelles technologies dans la création littéraire et le travail du romancier 2.0. Elle, qui n’hésite pas à placer la toile et les réseaux sociaux, au cœur de ses romans, depuis quelques années (à commencer par le réussi « Romance nerveuse » (2010) et plus récemment avec « Celle que vous croyez » (2016), compare notamment son impact avec les inventions des siècles précédents comme le téléphone sur l’écriture, de Proust à Cocteau…:
internet et litterature romans et reseaux sociaux

Camille Laurens rend hommage à Nelly Arcan

Dans son nouveau roman « Celle que vous croyez » où elle explore les affres de la cinquantaine côté femme, alors que son (anti-)héroïne, internée en hôpital psychiatrique, souffre du désintérêt masculin pour cause de dépassement de « date de péremption » et s’invente une nouvelle jeunesse sur Facebook, Camille Laurens a choisi de rendre hommahe à la mémoire de l’écrivain canadienne Nelly Arcan, auteur notamment du roman choc « Putain », suicidée en septembre 2009 :

Ecrire selon Camille Laurens (2e extrait « Celle que vous croyez »)

Dans son roman « Celle que vous croyez » paru à la rentrée littéraire de janvier 2016, Camille Laurens file, entre autres, une métaphore sur le désir amoureux et le désir d’écrire, désir romanesque alimentés par les mêmes moteurs fantasmatiques selon elle. A cette occasion, par une mise en abyme, elle livre plusieurs réflexions sur sa vision de l’écriture et du processes créatif qui préside à la naissance d’un livre. Elle revisite notamment avec force l’image de la pêche et du poisson, qu’elle compare à l’inspiration et en particulier à sa « saisie » dans l’esprit mouvant de l’auteur:

« Internet est à la fois le naufrage et le radeau » (extrait choisi « Celle que vous croyez » de Camille Laurens)

Dans son très bon roman « Celle que vous croyez » paru à la rentrée littéraire de janvier 2016, Camille Laurens continue d’explorer la façon dont Internet et ses réseaux sociaux (notamment Facebook) modifie les comportements amoureux et notamment ses effets pervers. Elle livre ainsi une belle analyse et description du phénomène de traque ou de filature dans laquelle les amants éconduits peuvent s’abîmer dans une quête désespérée de l’autre…

La sorcière de Charles Bukowski (extrait « Les Fiancées du diable » de Camille Laurens »)

Dans son ouvrage « les Fiancées du diable » qui explore les représentations féminines « terrifiantes » à travers les mythes, les religions et les oeuvres d’art (peintures notamment), au chapitre « Sorcières et ensorceleuses », Camille Laurens livre son analyse d’un épisode de Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski qui fait écho à ce thème et à celui de la femme fatale qui a toujours hanté l’imaginaire des écrivains:

Romance nerveuse de Camille Laurens : « Qu’est-ce qu’une histoire d’amour, sinon une scène de crime ? »

camille-laurens-romance-nerveuse-roman.jpg « On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l’amour » déclare Camille Laurens, en citant Marguerite Duras, avec qui elle entretient, sans doute, une certaine filiation. Publié en 2010 (et en poche en 2012), ce 13e roman de Camille Laurens, est en effet le roman de la rupture au sens large…
Celle d’avec son éditeur de longue date P.O.L. (le roman est le premier paru chez Gallimard) suite à la polémique entre l’auteur et Marie Darrieussecq en 2007, qu’elle a accusée de « plagiat psychique » (pour son roman « Tom est mort »), une histoire douloureuse qui aura affecté tous ses protagonistes mais qui n’aura heureusement pas abattu l’auteur de « Dans ces bras là ». Loin d’écrire un règlement de compte, elle ne fait de l’affaire qu’un point de départ pour nous raconter une toute autre histoire, d’amour, encore une fois.

Le dénigrement de l’autofiction pour dénigrer les écrivains femmes ? (interview Annie Ernaux et Camille Laurens)

Dans une interview donnée au journal « Le Monde » en février 2011, les deux reines de l’autofiction française, Camille Laurens et Annie Ernaux (qui rejette l’étiquette et lui préfère le terme d' »autosociobiographie » en ce qui concerne son travail littéraire) réagissent aux préjugés, parfois sexistes, qui entourent le genre souvent décrié en France…

Autofiction et éthique de l’auteur (interview de Camille Laurens et Annie Ernaux)

Dans une interview donnée au journal « Le Monde » en février 2011, les deux grandes écrivains françaises dont la plume s’inspire directement de leur vécu, analysent dans quelle mesure l’auteur doit éventuellement se censurer pour préserver son entourage. Des réponses intéressantes au regard des récents polémiques et procès pour « atteinte à la vie privée » subis par plusieurs auteurs s’étant inspirés de proches dans leurs romans (cf: procès de Nicolas Fargues et Patrick Poivre d’Arvor :

« L’autocensure est en train d’avancer masquée » : R. Jauffret (Sèvère) et M. Darrieussecq (Rapport de police) débattent au Salon du livre

Eternel débat, la présence de réalité, d’actualité ou de vécu ne cesse d’interroger la fonction du roman: la fiction « pure » existe-t-elle ? Jusqu’où le romancier peut-il aller pour réinventer le réel ? En somme, quelle est sa liberté face au réel… Et comment se positionner face au travail des journalistes (cf : l’excellent « L’adversaire » de’E.Carrère qui marie parfaitement les deux exercices) ?

Le 26 mars dernier, au Pavillon des trente ans du Salon du livre 2010, Régis Jauffret qui publie « Sévère » inspiré de l’affaire Édouard Stern (rappelons qu’il est le fondateur de la revue « Dossiers criminels ») et Marie Darrieussecq victime d’une accusation de « plagiat psychique » par sa consoeur Camille Laurens et qui l’analyse dans « Rapport de police » débattaient une nouvelle fois du sujet, « Les frontières entre fiction et réel », à l’aune des dernières polémiques et réflexions sur le roman contemporain. Où l’on se rend compte que depuis La princesse de Clèves, les mentalités n’ont pas tellement évolué… Compte-rendu de leurs interventions respectives :

La sexualité féminine selon Despentes, Laurens, Delaume, Angot, Darrieussecq, Nothomb… et une journaliste de presse féminine overdosée…

Mantes religieuses ou castratrices, les femmes et leurs corps sont, selon les deux chercheuses Christine Détrez et Anne Simon, encore victimes de représentations régréssives. Et les nouvelles plumes féminines n’arrangent pas la situation, déplorent-elles… Dans leur essai intitulé « A leur corps défendant », aux éditions du Seuil, elles passent au crible leus écrits pour y débusquer les clichés sur la féminité et dénoncer l’appauvrissement du discours sur la femme. Un diagnostic un peu dur, passablement réac voire exagéré, mais non dénué d’intérêt… De son côté Anne Steiger, ex « Madame sexo » pour Cosmo, Marie-Claire et consorts, relate avec un humour désabusé ses tribulations au pays de la libido version presse féminine où la surenchère aura fini par lui donner la nausée… On craint le racolage mais cela s’avère drôle, sincère…et instructif !