"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Françoise Sagan

Conseils et secrets d’écriture de Françoise Sagan: « L’écrivain est un pauvre animal, enfermé dans une cage avec lui-même. »

L’auteur de Bonjour tristesse ou de La chamade, sous son allure insouciante et proscratinatrice, était une travailleuse acharnée avec une discipline d’écriture bien rôdée, ce qui lui a permis d’ériger une œuvre de plus de 40 romans, pièces de théâtre, recueils et collaborations scénaristique. Avec une régularité métronomique, il faut se rappeler qu’elle publiait un nouveau livre presque chaque année ou tous les deux ans, de 1954 à 1998 ! Au fil des interviews donnés à de nombreux journaux, elle a livré sa routine, sa méthode et sa conception de l’écriture romanesque: de l’inspiration à la peur de la page blanche en passant par ses démons. Extraits choisis de ces perles dans les coulisses de son art:

Un peu de soleil dans l’eau froide de Françoise Sagan: « On finira par empoisonner les gens tristes un jour »

Un peu de soleil dans l’eau froide est le 8e roman de Françoise Sagan publié en 1969, à l’âge de 34 ans et adapté au ciné en 1971 par J.Deray sur un scénario de Sagan. Elle reprend ici la tradition de ses jolis titres inspirés de vers de poésie (ici Paul Eluard) qui illustre parfaitement bien le propos ( de « subir sa douleur ») du roman qui aborde notamment le sujet de la dépression. Une maladie que Sagan, qui s’est toujours définie comme quelqu’un de « gaie », n’expérimentait pas elle-même au moment de l’écriture a priori, même si elle avait traversé en 1957 l’épreuve d’un accident de voiture l’ayant laissé dépendante d’un dérivé de morphine (ce qu’elle raconte dans son journal publié sous le titre de « Toxique »).

La chamade de Françoise Sagan : « Le bonheur était sa seule morale »

La chamade est le 6e roman de Françoise Sagan (après une série de pièces de théâtre notamment), publié en 1965, alors qu’elle avait 30 ans (âge également qu’elle donne à son héroïne Lucile, rajeunie à 25 ans dans l’adaptation ciné de 1968 avec l’éclatante jeune Deneuve dans le rôle titre). Dans la lignée de ses précédents opus, Sagan poursuit son exploration des affres de l’amour chez les riches parisiens de son milieu bourgeois, de l’ambiguïté des sentiments, leur part d’ombre, leurs paradoxes, les dilemmes du cœur, ou encore la cruauté de la séduction. Ici c’est la définition de l’amour heureux qui se trouve plus particulièrement questionnée ou plus précisément l’amour peut-il suffire au bonheur ? Tandis que lui fait écho la maxime de l’argent qui ne le ferait pas… Pour répondre à cette équation, abandonnant le triangle amoureux, elle met ici en scène un quatuor de deux couples de générations diverses, et s’amuse à déplacer les pions de ce nouvel échiquier à plusieurs variables…

Femmes de plus de 40 ans recherchent désirabilité : figure de la femme mûre en fiction, entre cougar pathétique et rebut de la société

Si le sujet de la jeune fille succombant à l’homme d’âge mûr est un sujet/fantasme rebattu que Claire Castillon vient d’ailleurs de revisiter avec « Les messieurs », montrant notamment l’ambivalence de cette attirance dont le côté cérébral ne suit pas toujours le physique, ou du vieux libidineux séduisant une jeunette (Roth s’en étant fait une spécialité de « La tâche » à « La bête qui meurt »…), celui du désir et de la séduction chez la femme de plus de 40 ans semble encore relativement tabou ou rare, jugé indécent ou gênant (?). Quand il est abordé, chez les auteurs masculins (qui l’accable ou la tourne en ridicule) comme chez les écrivains femmes, leur portrait n’est guère flatteur ou optimiste comme le démontre le dernier roman remarqué « Celle que vous croyez » de Camille Laurens

Bonjour tristesse de Françoise Sagan, influence de la littérature nouvelle génération ?

On ne cesse de pronostiquer des nouvelles « Françoise Sagan », tandis que Frédéric Beigbeder* chante ses louanges dés qu’il le peut et regrette qu’elle ne soit pas enseignée à l’école. Mais à quoi est réellement dû le succès de cet « adorable petit monstre » (expression de François Mauriac), de cette reine du « drame bourgeois » ? Pourquoi son premier roman « Bonjour tristesse » publié en 1954 à l’âge de 19 ans a-t-il été un best-seller et connu un retentissement international (les américains la surnommaient alors « Mademoiselle Tristesse») au point d’être adapté en 1958 par Otto Preminger himself (un film tombé dans l’oubli assez rapidement du reste). En relisant aujourd’hui ce petit livre, on peut tout de même se demander ce qu’avait « d’extraordinaire » cette prose sans prétention ou sinon « de plus ». La fascination pour son personnage de jeune fille puis de femme libérée et insolente, à la fois émouvante et mondaine, aimant faire la fête à Saint Tropez ou dans les caves de St Germain des près ou rouler à toute vitesse dans son Aston Martin, a beaucoup contribué à sa notoriété. Plus que son œuvre à proprement parler ? Sa vie particulièrement romanesque fera en tout cas l’objet (au printemps 2008 sur France 2) d’un téléfilm de Diane Kurys avec Sylvie Testud (incroyablement ressemblante) dans le rôle de l’écrivain qui sortira ensuite au cinéma sous le titre « Sagan ». Par ailleurs, deux nouvelles biographies/témoignages sur sa vie viennent aussi d’être publiés en cette rentrée 2008 (« Un amour de Sagan » d’Annick Geille et « Sagan à toute allure » de Marie-Dominique Lelièvre). L’occasion de revenir sur ce roman phare de sa jeunesse :

« Home-writing » : quand les écrivains se font décorateurs d’intérieur… (autour de Moravia, Tanizaki, Anais Nin, Sagan, Colette…)

En regardant les photos des magazines déco (ou maintenant les « planches d’inspiration » des réseaux sociaux), l’imagination vagabonde… : on peut parfois se raconter toute une histoire rien qu’à la vue d’un salon, d’une chambre ou même d’un fauteuil… Certains romanciers (à commencer par les réalistes et les victoriens du XIXe siecle qui ont peut-etre inauguré cette tendance), l’ont bien compris et décrivent avec minutie les intérieurs de leurs personnages qui reflètent leurs personnalités, enrichissent leurs psychologies, tout comme la façon dont les personnages occupent et utilisent cet espace. A l’instar du « nature-writing », on pourrait peut-être ici parler de « home-writing » ?! 🙂
De l’appartement ultra-design et siglé de l’Upper East Side du glacial Patrick Bateman dans American psycho ou dans un tout autre genre les vieux châteaux venteux et inquiétants des Hauts de Hurle-Vent aux vastes cheminées et escaliers grinçants ! Ces décors jouent un rôle à part entière dans l’intrigue.

« Aimez-vous Brahms ? » de Françoise Sagan, L’amour au féminin à l’âge charnière de 40 ans

« Aimez-vous Brahms? » de Françoise Sagan a été publié en 1959, alors âgée de 24 ans et quelques années seulement après le succès phénoménal de « Bonjour tristesse » (1954), roman qui reste le plus connu de Françoise Sagan, le charmant petit monstre ne s’est pourtant pas reposé sur ses lauriers. Près d’une vingtaine de romans et nouvelles ont suivi jusqu’en 1996 (à quoi s’ajoutent une quarantaine d’essais, journaux, pièces de théâtre et scénarios) !

Françoise Sagan raconte sa « rehab » dans Toxique: parution d’un inédit

Toxique de Françoise Sagan est un texte inédit que son fils, Denis Westhoff, a confié à Jean-Marc Roberts, le patron des éditions Stock, le soin d’éditer un texte inédit de l’écrivain qui sortira en octobre 2009.
Sous forme d’un journal à la fois intime, organique et littéraire, il raconte sa cure de désintoxication à la morphine (suite à un accident de voiture), le palfium plus exactement, qui se soldera par un échec. L’écrivain était devenue dépendante aux médicaments en 1957 après l’accident de voiture qui lui a causé de vives douleurs tout au long de sa vie. L’auteur de Bonjour tristesse y exprime notamment sa peur du déclin, de la souffrance physique et du spectre de la mort.

Françoise Sagan, plus mondaine qu’écrivain, ne convainc pas la critique au ciné

« Pauvre Sagan ! », tel est le titre du billet d’humeur signé Nelly Kaprièlian dans le dernier numéro des Inrockuptibles qui livre sa déception à la vue du film tant attendu de Diane Kurys sur le « charmant petit monstre » interprété par une Sylvie Testud plus ressemblante que nature. La critique littéraire déplore notamment l’absence de fond, …

Continuer à lire »

Les jeunes auteurs évoquent « l’héritage Sagan » (David Foenkinos, Christian Authier…)

Le magazine « Lire », dans le cadre de son numéro de février 2008 consacré à Françoise Sagan, a interrogé quelques écrivains contemporains sur l’influence de celle dont le succès a fait fantasmer des générations de jeunes auteurs…

A propos d’un (premier) baiser : Nicolas Rey, Arnaud Cathrine, Niccolo Ammaniti, Anna Rozen, Lola Gruber, Jeffrey Eugenides, Matzneff, Fitzgerald, Bukowski, Djian, Sagan…

A l’occasion de la Saint Valentin, fête des amoureux, commerciale certes mais à laquelle on aime se prendre au jeu, Buzz… littéraire s’intéresse plus particulièrement au (premier) baiser, version littéraire. Celui sur lequel une existence peut basculer. Un homme, une femme, un premier rendez-vous et l’espoir brûlant de lèvres qui se scellent et se goûtent enfin. Mais avant ce baiser décisif, le prélude délicat et sensuel, hésitant, timide, maladroit ou au contraire fougueux, brutal… Des préliminaires qui s’éternisent parfois avant « d’oser » : Les écrivains « nouvelle génération » et leurs prédecesseurs nous offrent quelques belles scènes « d’avant baiser » et ses conséquences… Lyrique, blasé, émouvant ou poétique. Florilège :

Françoise Sagan vue par Frédéric Beigbeder

Leur rencontre : En 1997, l’auteur de « Bonjour tristesse » avait croisé l’écrivain et dandy Frédéric Beigbeder : « Nous avions fait un concours de vodka-tonic. J’avais perdu», précise l’auteur de Windows on the World, qui n’a pourtant rien d’un novice. Il faudra trois ans au jeune homme transi d’admiration avant d’oser l’inviter à dîner. Et quelques vodkas supplémentaires pour qu’il lui déclame «un texte très important» qu’il connaissait par cœur, et ce n’était pas pour l’occasion : «Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse…» Les mots coulaient comme l’eau du robinet. Sagan découvrait que le blanc-bec, ce héraut branché de la littérature du moi la vénérait, elle et son écriture de soie. Elle a écouté la première page de Bonjour tristesse, la tête penchée, triturant du bout des doigts sa frange d’adolescente timide. Ses deux yeux noirs dessinaient un regard aigu mi-tendre, mi-narquois. Ce soir-là, Sagan avait 18 ans. Ce soir-là, elle est redevenue pour quelques instants le «charmant petit monstre» adoubé par François Mauriac à la Une du Figaro.