Pourquoi votre manuscrit a-t-il été refusé (ou risque de l’être) par les éditeurs ? Conseils d’une lectrice d’édition

Quelles sont les raisons d’un manuscrit refusé par un éditeur et quelles sont les erreurs fréquentes à éviter avant d’envoyer son œuvre sont des questions que beaucoup auteurs se posent… Une lectrice d’édition professionnelle nous livre les causes les plus courantes de refus des manuscrits par les éditeurs et leur comité de lecture :

Manuscrit refusé : comprendre les raisons avec les conseils d’une lectrice d’édition.

Dépités par les lettres de refus, les auteurs n’en comprennent souvent pas les raisons qui sont rarement explicitées. Sans faire de généralités (chaque cas étant bien sûr unique), je constate malgré tout des erreurs communes à de nombreux manuscrits reçus ces deux dernières années.

La plus fréquente est sans aucun doute celle de « l’essoufflement ». Les auteurs ont en effet du mal à garder une structure narrative équilibrée du début à la fin de leur roman. Souvent, ils relâchent leur attention à la seconde moitié du texte.

Conséquences ? Le suspense s’effrite au fur et à mesure que l’histoire avance, la structure narrative devient de plus en plus bancale et le style se gâte. Les personnages perdent aussi de leur épaisseur romanesque et souffrent parfois d’un manque cruel de psychologie, empêchant alors le lecteur de s’y attacher. En effet, il ne suffit pas de dresser un portrait signalétique pour les faire exister. Pour finir, la chute est souvent bâclée. C’est regrettable car certains manuscrits s’annoncent très prometteurs.

Je repense en particulier à l’un d’entre eux qui m’avait bouleversée dès les premières pages. Le synopsis était particulièrement original – l’auteur nous entraînait dans un univers futuriste totalement décalé – le style était fluide et très personnel et les premiers chapitres captivants. Mais, pour une raison que je n’arrive toujours pas à m’expliquer, l’auteur a complètement changé d’idée et de ton en deuxième partie. Il s’est alors lancé dans une analyse politico-sociale agressive et contestataire bien loin de l’univers romanesque du départ… Quelle déception ! Et ce genre d’exemples ne manque pas. D’après moi, les auteurs se précipitent beaucoup trop pour écrire. Ils ne prennent pas assez de recul et estiment à tort qu’ils peuvent envoyer leur manuscrit à peine achevé. Bref, ils sont de moins en moins nombreux à prendre le temps de relire, de corriger et de digérer leur texte. Pourtant, faut-il rappeler qu’un texte inabouti ne peut pas faire l’objet d’une publication ?

Autre problème régulièrement rencontré : l’absence de ton (et l’abondance de clichés). Les textes manquent trop souvent de personnalité et d’originalité. La langue reste désespérément plate et fade ! Les auteurs semblent tous écrire de la même manière. A croire qu’ils privilégient l’idée au style. Résultat ? J’ai l’impression de lire constamment le même auteur. Ce qui est très rébarbatif… Les auteurs ne comprennent pas que c’est en ayant leur propre voix qu’ils parviendront à se différencier des autres. A sortir du lot. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à l’une des romancières qui m’avait adressé son manuscrit. Au départ, lorsque j’ai ouvert son texte, j’ai été surprise et presque gênée par le ton, assez cru, employé. Mais au fur et à mesure des chapitres, j’ai été happée par son style. Je suis alors entrée dans son histoire et j’ai découvert, émerveillée, un univers romanesque folklorique et imaginatif. Loin de ce que j’aime lire d’habitude, ce texte m’a laissée sans voix. J’ai été littéralement séduite. En refermant le livre, J’ai tout de suite compris que j’étais tombée sur une pépite ! Joie extrême pour un lecteur…
A l’inverse, je tombe parfois sur un autre écueil : celui d’un style trop précieux, versant dans un lyrisme compliqué mais qui tombe tout autant à l’eau. De même pour les tons trop didactiques (vouloir étaler ses connaissances sur un sujet par exemple) qui alourdissent le texte. Il faut dans ce cas distiller son savoir plus subtilement.

Enfin, dernière lacune courante, relevée au fil de mes lectures : les fautes d’orthographe et de syntaxe. Les manuscrits que je reçois en sont souvent truffées. Ce n’est certainement pas une nouveauté mais cela démontre un certain laisser-aller de la part des auteurs. Ils commettent non seulement des fautes d’orthographe mais aussi énormément de fautes de grammaire et ne respectent pratiquement jamais les concordances de temps. Des erreurs plutôt graves pour ceux qui prétendent devenir « écrivain » ! Mais le plus surprenant reste probablement la réaction des auteurs lorsque je leur fais la remarque. Ils ne se rendent pas compte de la gravité de leurs erreurs et pensent qu’une correctrice professionnelle arrangera ça mieux qu’eux… C’est tout du moins ce qu’un auteur m’a un jour rétorqué lorsque je lui ai fait remarquer ses maladresses stylistiques. Pour lui, un éditeur ne pouvait pas le refuser pour si peu…

Je recommande donc aux auteurs d’attendre quelques jours voire plusieurs semaines avant d’adresser leur manuscrit aux éditeurs. Il faut absolument qu’ils parviennent à laisser reposer leur texte et à prendre de la distance. Seul ce recul leur permettra de juger avec clairvoyance leur travail. Ils peuvent également confier leur texte à un proche. Même si ce dernier n’est pas un lecteur chevronné, il saura bien leur indiquer s’il a aimé ou non le livre, s’il a eu du mal à le lire ou encore quels sont les passages les plus réussis. Fort de ces remarques, l’auteur pourra alors procéder à une ultime relecture et envisager d’éventuelles retouches. L’important, c’est de ne surtout pas se précipiter. Il faut digérer son oeuvre.

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(7 commentaires)

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  1. J’aimerais que le Buzz lance sa propre collection de Kindles ainsi que d’autres sites littéraires.

    Ce qui est dit dans cet article est souvent vrai, mais Houellebecq, JK Rowling, Auster, ayant été refusés presque 20 fois par diverses maisons, ce n’est pas aussi simple.

    Il est évident qu’un roman historique, bien écrit, avec du suspens, et une vraie recherche, a toutes les chances d’être édité car c’est un style qui se vend très bien. Même chose pour le roman policier. Mais n’est pas Vargas qui veut.

    • serjos on 25 avril 2012 at 21 h 35 min
    • Répondre

    Merci infiniment pour ce partage; les remarques changeront surement beaucoup de choses dans les textes que j’écris.

    • Floriane on 25 avril 2012 at 22 h 11 min
    • Répondre

    Très bonne idée de chronique, j’attends les articles suivant avec intérêt.
    Merci

  2. [Message supprimé à la demande de l’auteur]

  3. Les auteurs cités ont certes été refusés plusieurs fois, mais je tiens à signaler que les fautes d’orthographe restent tout à fait rédhibitoires et qu’au vu du nombre de manuscrits reçus, si le choix doit se faire entre plusieurs manuscrits de qualité, on ira vers celui qui nécessitera le moins de travail de relecture et de réécriture, pour des questions de temps et de coûts. Que les auteurs se mettent aussi dans la tête qu’un manuscrit, ça se RETRAVAILLE. J’en rencontre trop souvent qui hurlent à la lune quand on leur dit qu’une idée qu’ils pensaient géniale ne passe pas du tout auprès du lecteur, que l’effet tombe à plat et qu’il faut, du coup, tout revoir.

    • ivsan on 9 avril 2013 at 9 h 46 min
    • Répondre

    Excellent partage. Simple et concis, et de ce fait précieux. Essoufflement, ton et digestion (travail)… tout est dit. On en redemande !
    Merci

    • bozon on 29 novembre 2017 at 6 h 46 min
    • Répondre

    J’écris tous les jours une bonne heure
    Et je digère
    Je sens que la fin de l’histoire se révèle par bribes
    Mais j’attends
    C’est l’inspiration qui me dicte
    Comme elle veut

    Ensuite, restera l’édition
    Rien que d’y penser
    Ça m’hérisse le poil !

    Avez-vous des éditions qui ne soient pas trop mal ?

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