"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

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Bien rédiger la lettre d’accompagnement de son manuscrit : Conseils d’une lectrice d’édition

Comment écrire la lettre de présentation de son manuscrit à envoyer à un éditeur ? Communément appelée lettre d’accompagnement, lettre d’intention voire lettre circonstanciée, elle peut constituer un véritable plus pour l’auteur à la recherche d’un éditeur. Capucine Roche, lectrice d’édition et consultante littéraire, auteur du guide « Comment se faire éditer ? » (entre autres), exerce aussi en indépendante auprès des aspirants écrivains qu’elle aide à comprendre les raisons du refus de leur manuscrit (ou à l’améliorer avant envoi), en leur donnant un avis argumenté. Elle est aussi amenée à les aider sur leur lettre qui soulève souvent bien des questions. Forte de sa solide expérience, voici ses conseils pour éviter les faux pas/gaffes les plus courant(e)s. Découvrez comment séduire les éditeurs, éviter de les agacer ou de vous décrédibiliser… :

Lettre d’accompagnement , de présentation à son manuscrit : Les conseils de Capucine Roche, lectrice d’édition.

A quoi sert la lettre de présentation ou d’accompagnement à son manuscrit et est-elle indispensable?

En préambule, revenons rapidement sur le but d’une lettre d’accompagnement. Elle sert à aiguiser l’intérêt de l’éditeur et/ou de ses lecteurs pour les inciter à ouvrir votre manuscrit et à le lire ! La lettre de présentation est un savant dosage entre promouvoir son récit sans trop en rajouter, présenter son livre sans révéler l’intrigue et savoir se vendre sans paraître arrogant…

Il est recommandé et indispensable d’accompagner son manuscrit de cette lettre de présentation. Cela n’influence pas le lecteur bien évidemment mais si elle est bien tournée cela peut lui mettre l’eau à la bouche… De quoi faire pencher la balance du bon côté ! Un manuscrit envoyé sans lettre fait un peu désinvolte même si le plus important reste l’oeuvre bien sûr.

Alix Penent des éditions L’Olivier la considère comme « un indice » et « une entrée en matière». Jean-Marie Laclavetine chez Gallimard la voit comme une « preuve de confiance ». Dominique Gaultier des éditions Le Dilettante l’utilise pour jauger de la personnalité des auteurs (voir ci-dessous l’exemple de Ludovic Roubaudi). Alice Déon des éditions de La Table ronde se souvient avoir été séduite par la lettre « touchante et modeste » d’Antoine Broto qui lui a « donné envie de lire le texte tout de suite.» (source : Le Figaro).

Les éditeurs/lecteurs d’édition lisent-ils vraiment la lettre d’accompagnement?

Oui, ils la lisent. Imaginez que les éditeurs et/ou les lecteurs passent énormément de temps à lire des manuscrits alors quand ils ont une pile de textes sur la table, ils vont d’abord consulter les lettres d’accompagnement et commencer par lire le manuscrit qui leur donne le plus envie… Cela peut donc être un critère de sélection.

Que doit contenir la lettre d’accompagnement à son manuscrit ?

La lettre d’accompagnement introduit en quelques mots le manuscrit : le type/genre de texte, l’histoire dans ses grandes lignes, l’intention de l’auteur. Votre lettre fera la différence en mettant en avant votre personnalité propre. L’originalité s’avère payante.

A faire (sur le fond):
De façon générique, voici ce que doit comporter votre lettre de présentation :

– Une accroche (facultative) : Montrez que vous connaissez et appréciez le catalogue de l’éditeur, ce qui permet aussi de personnaliser votre courrier. Pour ce faire, il suffit de citer simplement les auteurs et le titre des romans que l’on a aimés, qui nous inspirent ou dont on se sent le plus proche. Ce n’est pas obligatoire mais cela constitue un vrai plus (les éditeurs se plaignent régulièrement que les auteurs qui leur envoient leur manuscrit n’ont pas pris la peine de se renseigner sur leur ligne éditoriale…).

Un court résumé de votre histoire en 2 ou 3 phrases en axant sur le fond et en précisant le genre (satire, intimiste, historique, dystopie, etc.). L’éditrice et directrice Liana Levi recommande : « Allez sobrement à l’essentiel, oubliez les détails de l’histoire, nous les découvrirons nous-mêmes ! » (source « Comment se faire éditer » aux éditions Lire)

Exemple: voici mon roman intitulé XXX, un récit intimiste qui relate sur un ton poétique et mélancolique les souvenirs d’une vieille femme dévorée par le regret d’un amour manqué.

ou encore (exemple tiré de la note d’intention de Sophie Divry pour présenter son roman « Quand le diable sortit de la salle de bain ») : « Mon roman raconte d’une manière libre et humoristique les tribulations d’une chômeuse. »

Il ne faut pas utiliser trop d’adjectifs pour décrire son texte, il faut être synthétique et trouver les mots justes.

Voir aussi en complément cet exemple de lettre d’un jeune auteur publié aux éditions du Diable Vauvert

– Vous pouvez aussi expliquer rapidement votre objectif encore appelé « intention d’auteur ».
Exemple (tiré de la note d’intention de Sophie Divry pour présenter son roman « Quand le diable sortit de la salle de bain ») : « Je voulais que ce livre reflète quelque chose de nos misères contemporaines mais sans pour autant faire un document sur la misère, ni un manifeste. Ce roman se veut résolument joyeux et « interruptif » (…) et pas un livre plombant. »

– Facultatif : précisez brièvement votre source d’inspiration (comment vous est venue l’idée de votre roman (genèse), quel a été le déclencheur de son écriture).

Croyez en vous quoi qu’il arrive ! Je ne compte plus le nombre d’auteurs qui se dévalorisent ou minimisent leur travail dès la lettre de présentation ! Oubliez les formules accablantes du style : « Voici un roman qui saura, je l’espère, attirer votre attention… »; « C’est avec une certaine fébrilité et bien peu d’espoir que je vous adresse mon manuscrit… » ou encore « Je vous soumets le fruit de deux petites années de travail… ». Pourquoi « petites » ? C’est long deux ans !

Annoncez modestement à l’éditeur que vous êtes un auteur qui va retenir son attention. Mettez en avant votre personnalité et singularité : n’hésitez pas à lui montrer que vous sortez du lot. Restez modeste mais montrez-leur votre détermination.

Quelle formule de politesse à utiliser de préférence ?

Simple, correcte ça suffit, avec un bref mot de remerciement pour l’attention accordée.

Faut-il joindre une présentation de son profil d’auteur ? Les éditeurs aiment-ils savoir qui est l’auteur derrière le texte ?

Non. Le mystère, c’est bien aussi. Cela attise la curiosité de l’éditeur. Ne rien préciser surtout si l’on est pas du milieu littéraire. Si vous avez déjà publié, mentionnez vos précédentes publications dans une revue ou chez un autre éditeur, ou tout autre encouragement reçu de professionnels, sans en dresser non plus une liste exhaustive.

Faut-il joindre une photo (décente bien sûr) ?

Non, ce n’est pas utile.

Quelles sont les erreurs à éviter dans la rédaction de sa lettre ?

A ne pas faire (sur le fond) :

– Rédiger sous forme d’une 4e de couv’ : il ne faut surtout pas faire cela. Ce sont les éditeurs qui s’en chargent. L’idée de la lettre d’accompagnement c’est vraiment de présenter en 2 mots son livre : mais pas être vendeur comme sur une 4eme de couverture… A ce sujet, Bertrand Py, directeur éditorial chez Actes sud commentait : « ne vendez pas votre manuscrit en l’accompagnant d’une note d’autosatisfaction, d’une quatrième de couverture dithyrambique ou d’un argumentaire de marketing en douze points. » Même mise en garde de l’éditrice et directrice Joëlle Losfeld : « N’envoyez pas votre quatrième de couverture ! Ce sont les maisons d’édition qui s’en occupent, pas les auteurs ! » (source : « Comment se faire éditer » aux éditions Lire)

– Raconter sa vie : ne rentrez pas dans le détail de vos difficultés personnelles, familiales, chômage ou autres. Ce n’est pas un critère qui pourra entrer en ligne de compte pour la publication. Cela pourrait même vous desservir. Un éditeur n’est ni une assistante sociale, ni un psy.

– Indiquer le type de lectorat visé par votre livre : Encore une fois, ne faites pas le travail de l’éditeur à sa place d’autant que vous pouvez vous tromper…

– Evitez l’autocongratulation (il n’y a rien de plus odieux), faire sa pub et tenter de convaincre que votre manuscrit est un chef-d’œuvre. L’éditeur saura se faire sa propre opinion.

– Flatter à l’excès : montrer un intérêt voire une admiration pour une maison d’édition ne signifie pas dégouliner de cirage. Restez modéré(e) et sobre.

– Evitez les phrases toutes faites du type : « j’espère que vous prendrez autant de plaisir à lire mon manuscrit que j’ai eu à l’écrire »
L’éditrice Joelle Losfeld recommande d’éviter l’humour ou les phrases du type: « Attention chef-d’oeuvre », « Lisez-le », etc.

– Pour plus d’exemples de ce qu’il ne faut pas faire (et s’amuser un peu !), voyez le recueil hilarant « Cher Monsieur Queneau: Dans l’antichambre des recalés de l’écriture », qui cite par exemple cet extrait de lettre d’un auteur:

« Je vous envoie aujourd’hui mon manuscrit par poste. Vous remarquerez que les numéros des pages ne se suivent pas régulièrement partout. C’est que bien des passages et même des chapitres ont été supprimés. Les pages marquées d’un point d’interrogation pourraient être aussi passibles de suppression. Je me demande s’il n’y aurait lieu de supprimer également… », etc. Après une longue liste de propositions de coupes qui réduisent le manuscrit à une peau de chagrin, l’auteur interroge Queneau : « Mais est-ce suffisant pour en faire un roman ? »

Comment mettre en page sa lettre d’accompagnement (forme) ?

Choisissez une typo lisible: L’une des erreurs qui revient constamment et qui semble pourtant d’une banalité déconcertante, est la lisibilité. La plupart des auteurs sont persuadés qu’ils rendront plus « littéraire » leur lettre d’accompagnement en l’écrivant en italique ou dans une typographie qui imite l’écriture manuscrite (tels que Apple Chancery ou Edwardian Script ITC pour ne citer que ces deux exemples…). Mais c’est une grosse erreur ! Plus la lettre sera difficile à déchiffrer, moins l’éditeur y prêtera attention. Il n’a pas de temps à perdre. Rédigez donc le plus lisiblement possible votre lettre d’accompagnement. Utilisez une typographie standard (du type Helvetica ou Arial) même si cela vous paraît plus impersonnel dans la forme, aérez vos paragraphes, sautez des lignes et surtout bannissez l’italique ou toutes autres écritures imitant la plume…

Les mentions indispensables : N’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées ! Indiquer le titre de votre livre, votre adresse, votre numéro de téléphone et votre adresse mail. Personnalisez votre courrier en l’adressant nominativement, autant que possible, au responsable des manuscrits ou le comité de lecture concerné (vous pourrez les repérer dans les interviews ou en téléphonant). Pensez à actualiser les noms qui peuvent changer assez souvent.

Relisez votre lettre d’accompagnement : On ne le répétera jamais assez, une présentation truffée de fautes d’orthographe ne peut que desservir son auteur. Imprimez votre lettre, relisez-la plusieurs fois, et si vous en avez la possibilité, faites-la relire par quelqu’un de votre entourage. Soyez irréprochable de ce côté-là.

Quel ton employer dans sa lettre (décalé, formel, amical…) ?

Faut-il écrire une présentation originale ou traditionnelle ? Tout dépend de l’éditeur visé et du genre du livre mais il n’y a pas vraiment de règles. Tout est possible. Pour s’en convaincre, jetez un œil à la lettre de Céline sur le mode de l’auto-dérision pour Voyage au bout de la nuit.
Dominique Gaultier des éditions Le Dilettante relatait par exemple en 2007 avoir été séduit par la conclusion de la lettre d’un de ses futurs auteurs Ludovic Roubaudi qui disait : «Mon seul titre de gloire, champion de France de football américain avec les molosses d’Asnières…» De la même façon, on peut écrire une présentation originale si on assume ou traditionnelle si on veut rester neutre.

De quelle longueur doit-être sa lettre de présentation/d’accompagnement à son manuscrit ?

Je recommande de rester succinct. Plus elle sera sobre et mieux ce sera. 
Votre lettre d’accompagnement ne doit pas dépasser une page.

Comment joindre la lettre d’accompagnement à son manuscrit ?

On la place habituellement bien en évidence au-dessus de son manuscrit (feuille volante typographiée). C’est la première chose que l’éditeur trouvera lorsqu’il ouvrira votre enveloppe.

Pour plus d’infos sur ses services de conseil littéraire (avis argumenté sur votre manuscrit, lettre, contacts éditeurs, etc.) vous pouvez contacter Capucine Roche à l’adresse e-mail suivante :

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“Manuscrit refusé : Faut-il persévérer ? Conseils de Capucine Roche, lectrice d’édition”

Pourquoi votre manuscrit a-t-il été refusé (ou risque de l’être) par les éditeurs ?

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