Manuscrit refusé : Faut-il persévérer ? Conseils d’une lectrice d’édition

Après une réponse négative et la fameuse lettre de refus type de la maison d’édition, est-il utile de retravailler (et comment) son manuscrit refusé et rejeté, avant de le renvoyer à un éditeur et enfin passer le barrage du comité de lecture ? Une lectrice d’édition professionnelle aborde le délicat sujet du manuscrit refusé et de la recherche d’un éditeur, à travers des exemples d’auteurs qu’elle a pu interviewer :

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Voir son manuscrit refusé par les éditeurs est souvent très démotivant pour les jeunes auteurs. Persuadés de ne pas avoir été lus ou d’être incompris, ces derniers baissent souvent les bras, découragés. Pourtant, certains d’entre eux font fi des barrages et s’accrochent. Prêts à tout, ils continuent à se battre, intimement convaincus qu’ils ont quelque chose à nous dire, à nous transmettre. Et ça marche ! Retour sur les débuts chaotiques, voire rocambolesques, de quelques auteurs célèbres qui ont pourtant eu bien du mal à se faire éditer…

Malgré leur hantise de passer à côté d’un chef-d’œuvre, les éditeurs loupent parfois des talents. Il suffit de se remémorer les premiers pas dans l’édition de quelques grands auteurs du XXème siècle… Proust avait été jugé « incompréhensible », Joyce d’ »immonde », Céline de trop long ou encore Julien Gracq « d’entortillé » !
Outre Atlantique, Stephen King répétait souvent que trente maisons d’édition avaient refusé Carrie. La moitié des éditeurs londoniens avaient trouvé le premier tome de Harry Potter « beaucoup trop long pour les enfants ». Avant d’être le roman de science-fiction le plus vendu au monde, Dune de Franck Herbert avait subi une vingtaine de rejets. Quant à Francis Scott Fitzgerald, il avait, paraît-il, tapissé les murs de son bureau avec les cent vingt-deux lettres de refus envoyées par les magazines à qui il avait proposé ses nouvelles…, comme nous le rappelle Guillaume Musso dans « La vie secrète des écrivains ».

Mais nous n’avons pas besoin de remonter aussi loin pour trouver des exemples. Nos contemporains en sont encore et toujours victimes. Et ils sont bien plus nombreux qu’on ne le croit ! Pour preuve : voici quelques témoignages que j’ai pu recueillis dans le cadre de mes fonctions au magazine « Lire » auprès de romanciers français qu’aucun éditeur ne souhaitait publier et qui sont pourtant devenus aujourd’hui des auteurs à succès…

Parmi tous les auteurs interrogés, je me souviens tout particulièrement du témoignage d’Anna Gavalda, l’auteur du célèbre recueil de nouvelles « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », devenu un immense best-seller, vendu à des millions d’exemplaires. Et pourtant ! Elle a vu son manuscrit refusé une première fois par l’éditeur qu’elle avait sélectionné puis par une dizaine d’autres éditeurs… Seul Dominique Gautier des Editions du Dilettante lui a finalement proposé un contrat. Mais longtemps après, elle a continué : « à recevoir des lettres de refus, toujours types, me signalant que les nouvelles étaient un genre invendable et qu’ils ne liraient même pas mon manuscrit puisque j’étais une inconnue… » m’avait-elle confié lors d’une interview pour Lire parue dans « Se faire éditer, mode d’emploi ».

Même mésaventure pour Bernard Werber, célèbre auteur de science fiction, qui a lui aussi collectionné les refus pour ses Fourmis, premier volet d’une trilogie vendue à des millions d’exemplaires et traduit dans le monde entier. « J’ai postulé dans une bonne vingtaine de maisons. Mais je n’ai eu que des refus… » se souvenait-il. Autre exemple significatif : Didier Van Cauwelaert. Cet auteur à succès, récompensé notamment par le Goncourt pour « Un aller simple » a lui aussi connu de nombreux déboires avec les éditeurs et du attendre treize ans avant d’en trouver un qui veuille de lui !

Enfin, on pourra aussi citer Olivier Adam qui est passé des refus standards aux refus personnalisés et même s’il les a vu comme « une progression » a aussi ressenti l’attaque plus profonde qu’elle produisait sur son travail telleà la lettre des Editions de l’Olivier, élogieuse jusqu’à sa conclusion assassine : « Une chose vous manque cruellement : le style. » C’était pour Je vais bien ne t’en fais pas, son premier roman finalement édité au Dilettante. « Pour le suivant, j’ai mis mon orgueil dans un mouchoir, oublié cette lettre et je me suis adressé de nouveau à Olivier Cohen : il est devenu mon éditeur. »

Romain Puértolas, heureux auteur du best seller « L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea », son premier roman accepté et publié -in extremis- chez Le Dilettante après 7 refus!

Mise à jour : autre exemple en 2013 toujours chez Le Dilettante avec le best-seller inattendu d’un (alors) jeune inconnu Romain Puértolas et son roman loufoque et fantasque: L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Il témoignait au Figaro que 7 de ses premiers romans avaient été refusés, ce qui ne l’a pas découragé car il écrivait avant tout pour le plaisir sans rien attendre :
« D’abord, j’écrivais des premières pages, sans arriver à continuer, changeant d’avis, d’idées en permanence. Puis j’ai réussi à finir pour la première fois un roman en 2005. Après cela, j’en ai écrit sept! Tous ont été refusés sauf le huitième, le Fakir. Les deux premiers ont été écrits en espagnol et ont été refusés par les éditeurs locaux. Les cinq suivants ont été é