L’art d’écrire selon Philippe Djian : « ce qui donne du mal, c’est de mettre trois mots l’un devant l’autre. »

A l’occasion de la parution de son roman « Ca c’est un baiser » en 2002, Philippe Djian commente les conseils à l’usage des écrivains débutants disséminés dans ses pages et revient sur ses maîtres d’écriture (de Kérouac à Carver…) et son expérience du journalisme:

« Il y a des figures d’écrivains dans tous mes livres, et on peut en effet imaginer qu’en reprenant l’ensemble de leurs propos, on en dégagerait une sorte de cours d’écriture. Ici, le personnage du professeur d’écriture délivre des conseils qui touchent à des points qui m’intéressent vraiment, et sur lesquels je fonde en partie mon travail. Comme dire, par exemple, que le problème essentiel n’est ni dans le choix de l’histoire, ni dans celui de la matière, mais dans l’acte d’écrire : ce qui donne du mal, c’est de mettre trois mots l’un devant l’autre — comment se forger un style, en fait.

Je suis beaucoup moins persuadé qu’avant que la passion est un bon outil pour écrire. Je ne suis pas sûr que l’énergie à tout prix soit un bon moteur littéraire. Certaines pages de Kerouac me semblent trop lyriques, violentes, puissantes. Il y a presque trop de souffle… Je suis plus attiré pour le moment par des écrivains de la rétention, tels que Carver ou Christian Gailly. J’essaye de me situer entre les deux. »

A propos de son expérience du journalisme au sein du magazine « Détective »:
« J’ai même fait une école de journalisme, mais pas la bonne (rires). J’ai travaillé à Détective pendant au moins un an. C’était un travail de rewriting, je devais remettre en forme des choses mal écrites. Je faisais aussi une sorte de feuilleton. Le journalisme n’a pas été une école d’écriture pour moi. Le seul truc bien, c’est peut-être d’apprendre à écrire vite. Je suis très lent dans l’écriture, à peu près une page par jour. En même temps, je suis très rapide dans les choix des mots. Par exemple, j’ai jeté mon dictionnaire des synonymes. C’est pas du tout ce qui m’intéresse dans l’écriture aujourd’hui, changer un mot pour éviter des répétitions. La beauté d’une phrase peut venir d’une redondance. Il faut être très rapide pour saisir l’émotion mais conserver aussi la lenteur. » (Source : Entretien Gallimard, 2002)

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1 Commentaire

    • Mohamed El Vil sur 20 novembre 2022 à 14 h 17 min
    • Répondre

    Je ne suis pas un bon lecteur, mais j’adore lire Djian ou le voir à la télé.
    On style est très particulier.
    C’est peut être parce que je me reconnaissais dans son personnage de 37°2 le matin. Je n’ai pas un niveau intellectuel et meme linguistique qui me permette d’apprécier (en termes littéraires) son écriture.
    Je ne me lasse pas de relire ses oeuvres ou même ses interview.

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