Romans générationnels

Sélection de romans, essais, nouvelles des nouvelles générations X ou Y...: au coeur de la ville et de son ultra-moderne solitude, les adulescent(e)s tentent de devenir adulte, de surmonter leurs doutes et autres angoisses existentielles, de s'adapter ou même de conquérir le monde !

Les clefs du bonheur de Vincent Ravalec : les mésaventures rocambolesques des galériens de la vie…

Publié en 1993, juste après « Un pur moment de rock’n’roll », son premier roman qui l’a sorti de l’ombre (et lui valut le prix de Flore) et avant son célèbre « Cantique de la racaille » en 1994 (adapté au cinéma), « Les clefs du bonheur » est un recueil de nouvelles, le genre où l’auteur excelle, qui confirme tout son art pour croquer les mésaventures rocambolesques des galériens de la société. A travers cinq récits hauts en couleur, il affirme son style tragicomique et une voix unique qui rappe, swingue et décolle, dans le grand terrain de jeu urbain qui lui sert de décor. Entre drôlerie, pathétisme et insolence, il dresse une galerie de portraits qu’il est difficile de quitter une fois la dernière page tournée…

« Du vent dans mes mollets » de Raphaële Moussafir : les mémoires d’une enfant dérangeante, publiées par Luc Besson

La trentenaire Raphaële Moussafir qui a publié récemment « Du vent dans mes mollets », sur son enfance, chez Intervista, la maison d’édition de Luc Besson (groupe Europa Corp), s’inscrit dans la tendance de cette rentrée, où les vingtenaires et trentenaires se retournent sur leur passé, leur adolescence comme Florian Zeller et son Julien Parme. Elle inaugure ainsi une nouvelle collection « Les mues », lancée en avril 2006, axée sur la littérature générale qui viendra compléter les ouvrages jusqu’à présent orientés cinéma

Le petit malheureux de Guillaume Clémentine : Le complexe du trentenaire mal-aimé

Guillaume Clémentine a donné un titre Le petit malheureux qui ne peut qu’intriguer et qui réveille notre instinct de compassion. Quels sont donc les malheurs de Guillaume ? Ceux d’un trentenaire en mal d’amour, qui, de plus, a opté pour une vie de marginal (érémiste -ex RSA- avec chambre de bonne et bouteille assorties) alors que tous ses amis se sont rangés dans une vie petite bourgeoise, conforme à la norme sociale. Seulement voilà, Guillaume ou son double de narrateur est un idéaliste ! Impossible de renoncer à sa liberté, ses soirées de biture entre copains et malgré tout sa quête désespérée d’une douce fiancée…

« Feu occulte » (et « Bonté divine ») d’Elizabeth Crane : Des contes new-yorkais entre « dates » et états d’âmes au féminin

« Le fait même que tu emploies le mot garçon à ton âge en dit long. Tu pourrais fort justement soutenir que ce sont tous des garçons, ces gens que leur âge définit autrement comme des hommes, mais à dire vrai, tu te sens plus intéressé par des hommes qui ressemblent à des garçons, par ceux qui travaillent dans des magasins de disque ou qui sont livreurs, ou qui se couchent vraiment tard, ou qui fument dés le réveil, ou encore souvent par ceux qui ne sont pas particulièrement grands, que par des hommes qui ressemblent à des hommes, qui travaillent dans des bureaux, des hommes de grande taille cravatés et bien peignés, qui ont l’air responsables, même si tu déclares vouloir un mec qui conduise. » C’est pour ce genre de vérité qui ne manquera pas d’interpeller les adulescents qu’Elizabeth Crane, enfant chérie de la critique à Manhattan qui voit en elle « une nouvelle Dorothy Parker« , mérite d’être lue (au moins pour comprendre l’engouement médiatique et public !).

« L’important, c’est d’avoir connu l’amour », de Christophe Nicolle : Journal intime d’un jeune divorcé entre Nick Hornby et Woody Allen

Ce premier roman (paru chez un tout jeune éditeur Bernard Pascuito, également à découvrir), paru en mars 2006, pourrait bien inaugurer un nouveau Nick Hornby à la française. Cet auteur, totalement inconnu et dont on ne sait presque rien sinon qu’il travaille dans le secteur audiovisuel, nous fait une belle surprise avec ce roman d’époque, drôle, émouvant et sincère sur les tourments d’un trentenaire fraîchement séparé qui s’interroge sur ses relations amoureuses et sur la possibilité de rencontrer de nouveau l’amour quand on avait déjà trouvé « la femme de sa vie »… Des thèmes éternels revisités par l’humour et le ton très personnel d’un auteur prometteur !

Amours de jeunesse : « Vie et mort de la jeune fille blonde » de Philippe Jaenada en poche et « Une histoire qui sent la colle Cléopâtre »…

Qui n’a jamais idéalisé un amour de jeunesse, de lycée, de collège ou même d’école primaire…, cette parenthèse enchantée de l’adolescence, de l’enfance ? Puis des années plus tard, eu la curiosité de savoir ce qu' »il » ou « elle » était devenue ?
La génération des trentenaires (70’s/80’s) est devenue championne de la nostalgie avec le phénomène « gloubiboulga », versant triste de la vague adulescente ou encore la multiplication de ces sites qui permettent de retrouver nos « copains d’avant », publiée en janvier 2007 aux Editions Delcourt.
Loin de tout cela Philippe Jaenada a pourtant écrit un bel hommage à cette nostalgie sentimentale qui peut s’emparer de nous, adulte à 30 ou 40 ans, comme le narrateur de « Vie et mort de la jeune fille blonde ». De son côté un jeune blogueur (Kek) remporte un vif succès en racontant sous la forme d’un roman graphique en ligne, la recherche de son amour d’enfance « du CM1 », sous une forme très émouvante.

« Shangai Baby » de Weihui, Errances urbaines et amoureuses d’une Anaïs Nin chinoise (+ adaptation ciné)

Sensation littéraire de la rentrée littéraire de 1999, « Shangai Baby » est l’œuvre de Wei-hui, alors jeune diplômée de littérature de l’université shanghaïenne de Fudan et écrit à l’âge de 25 ans. Souvent rapprochée de sa consœur, Mian Mian auteur de « Les bonbons chinois » (qui l’a d’ailleurs accusée de plagiat), on la dit appartenir à cette génération des Belles Femmes Ecrivains (les « Meinu Zoujia ») qui « n’hésite pas à aborder avec une grande liberté les sujets jadis tabous, notamment la sexualité ». Scandaleuse, provocatrice, sulfureuse, pornographique… et même censurée (jugée comme « un ouvrage vulgaire de bas niveau, décrivant des vies dissolues, parsemé de passages obscènes, qui propage des idées nihilistes et une conception de la vie vulgaire et décadente, esclave de la culture étrangère » selon les termes de l’organe de presse officiel, la China News Agency) ! Tels sont les qualificatifs racoleurs qui ont accablé la jeune femme à la sortie de son roman qui auront au moins eu le mérite, à défaut d’être justifiés, de propulser le roman sur le devant de la scène littéraire. Publié dans 45 pays et traduit dans 34 langues, il est désormais un livre culte. Au-delà de ces étiquettes, c’est un magnifique roman, au charme envoûtant, sur le Shangaï moderne des années 90, sur la jeunesse, l’amour, la fureur de vivre, le désir ou encore la création, que livre cette jeune femme « qui fait ce qu’elle veut et dit ce qu’elle pense ». Une autofiction menée avec grâce, sensualité et inventivité :

Regard sur la littérature anglaise « nouvelle génération »

Le magazine littéraire trimestriel Transfuge publiait l’an passé un dossier sur la littérature anglaise « nouvelle génération ». Objectif : présenter les auteurs anglais de 25-30 ans représentant la littérature de demain. En se fondant sur la sélection Granta (un des magazines littéraires les plus prestigieux au monde, voir ci-dessous), ils se sont plus particulièrement intéressés à trois jeunes auteurs phare : Robert Mc Liam Wilson (Ripley Bogle, Eureka Street…), Adam Thirlwell et Toby Litt, au travers de deux entretiens fleuve.

Courir à trente ans de Nicolas Rey sort en poche « Nouvelle génération »

Signalons la sortie en poche (J’ai lu/ Nouvelle génération) de « Courir à trente ans », 4e roman de Nicolas Rey paru en 2004 Courir à trente ans quasiment simultanément à la sortie de son nouvel opus Vallauris Plage que nous présentions récemment. Une jolie couverture qui rend hommage à la phrase de l’auteur devenue célèbre : « A Paris, le soir, les mots d’amour s’échangent en fraude dans les salles de bains avec un téléphone portable. C’est la raison pour laquelle, vue d’avion, la ville scintille à ce point. »

Amanda Filipacchi, la fille du géant des médias est romancière et plébiscitée par Bret Easton Ellis…

Peut-être avez-vous eu l’occasion de regarder hier soir, l’émission « Tout le monde en parle » du 13 mai 2006 ? Thierry Ardisson y recevait notamment la romancière Amanda Filipacchi (à ne pas confondre avec Aurélie Filippetti dont on entend aussi beaucoup parler ces derniers temps). Fille du magnat des médias Daniel Filipacchi et d’une mère mannequin, elle serait une « star » littéraire aux Etats-Unis et notamment la « chouchoute » de Bret Easton Ellis. Rien que ça ! Son dernier roman Love creeps vient d’être traduit en France aux éditions Denoël.

« Douze » de Nick Mcdonell : Génération « Upper East side » en perdition…

Phénomène littéraire de l’année 2002 aux Etats-Unis, traduit dans plusieurs dizaines de langues Nick McDonnel était alors un étudiant à Harvard d’à peine 17 ans (fils du directeur de Sport Illustrated, premier magazine de sport américain) quand il publie Douze, son premier roman – qu’il aurait écrit d’une traite- sur la jeunesse new-yorkaise huppée de Manhattan. Aussi droguée que désœuvrée et sexuellement obsédée… Un roman choral à la violence sourde et au désespoir argenté, salué par des noms aussi prestigieux que Joan Didion, Richard Price et Hunter S. Thompson, Immédiatement comparé à Bret Easton Ellis, l’auteur de Moins que zéro ou encore des Lois de l’attraction tant pour son univers que pour son écriture « behavioriste », l’écrivain parvient néanmoins à installer son propre ton même s’il use de tous les codes du genre désormais quelque peu usés jusqu’à la corde…

Rue Saint Ambroise, une revue pour raconter l’époque et ses transformations…

La revue « Rue Saint Ambroise » siège au coeur du quartier des bars pop-branchés du XIe arrondissement. Mais dans ces pages vous ne trouverez pas de chroniques des zincs alentours mais un florilège de nouvelles, « des fictions courtes contemporaines » plus précisément.
Cette revue littéraire trimestrielle fondée en février 1999 par Olivier Szulzynger et Bernardo Toro a publié plus de deux cents textes d’une soixantaine d’auteurs français et étrangers.

« Zone érogène » de Philippe Djian, De l’art d’écrire et d’aimer les femmes

« Zone érogène » de Philippe Djian paru en 1984 préfigure son grand succès: 37° 2 le matin paru en 1985. Alors que l’auteur est réputé pour ses scènes érotiques plutôt torrides, ce « Zone érogène », en dépit de son titre, reste paradoxalement assez « prude » comparé à un « Bleu comme l’enfer » par exemple (son roman précédent).

« J’étais derrière toi » de Nicolas Fargues : les confessions amoureuses d’un trentenaire à vif

En cette seconde rentrée littéraire, Nicolas Fargues nous revient avec un roman dans la veine de son très bon « One man show « . Les afficionados des atermoiements amoureux des trentenaires peuvent se réjouir, le jeune auteur a de nouveau imaginé un anti-héros pétri de contradictions amoureuses, à la fois attachant et insupportable de lâcheté et d’indécision… Entre confession et déclaration (de désespoir) amoureuse, la voix ennivrante, désarmante de l’auteur nous emporte. Il sera difficile de lui résister mesdames…

Haute Fidélité de Nick Hornby, Bande originale pop d’une éducation sentimentale

« Haute Fidélité » de Nick Hornby est un roman anglais culte des années 90, vendu à plus d’1 million d’exemplaires, qui s’inscrit dans ce courant de littérature générationnelle des trentenaires tendance « looser attachant », un peu « geek », à la fois pathétique et flamboyant, marginal et rêveur, qui se laisse encore un peu de temps pour devenir un « bon père de famille responsable ».

Une lecture de Nicolas Fargues en vidéo

En surfant, nous avons trouvé une petite vidéo de l’auteur lisant un passage de son livre « One man show« , disponible sur le site de son éditeur P.O.L. Datant a priori de l’été 2002, il s’agit du passage où le héros, auteur de son état, discute avec un autre écrivain des avantages respectifs à se rendre sur l’un ou l’autre salon littéraire et les petites mesquineries qui en découlent… Cynique et jubilatoire !

« Bleu comme l’enfer » de Philippe Djian, Western moderne sur la route brûlante des damnés

> »Bleu comme l’enfer » de Philippe Djian, oeuvre de jeunesse de l’auteur de 37°2 le matin. Un roman qui sent (pue ?) la sueur, le soleil qui cogne, l’essence (il a longtemps travaillé de nuit, dans la cabine de péage d’une autoroute près du Mans), la bière, le sexe, le sang et… le désespoir. Mais surtout empli d’humanité. A mi-chemin entre le western moderne et le road-trip aux codes américains, mené par un style sauvage, nerveux à la sensualité âpre et abrupte…

Un podcast avec Samuel Benchetrit

Le jeune auteur très en vogue ces derniers temps, était interviewé par le chroniqueur littéraire de Nostalgie Belgique, Brice Depasse le 18 février dernier, à l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles, au sujet de son dernier livre « Chroniques de l’asphalte ». Avec beaucoup de naturel et sans chichis, il confie la genèse de ce roman à part à mi chemin entre un « journal extrapolé et une sorte de faux carnet », comme il le définit et explicite les axes de son approche littéraire.

« Entre les oreilles » de David Foenkinos : un peu tiré par les oreilles…

Le facétieux David Foenkinos, aux influences allant de Queneau à Gombrowicz en passant par Albert Cohen, est renommé pour son univers loufoque où régne l’humour par l’absurde et en même temps une certaine détresse de personnages souvent en marge, obsessionnels, désemparés ou souffrant de solitude. Son deuxième roman « Entre les oreilles » paru en 2003 après « Inversion de l’idiotie » et juste avant son grand succès « Le potentiel érotique de ma femme » contient toute l’essence de son style si particulier et de ses histoires à tiroir où le rebondissement inattendu et surréaliste est toujours au coin de la page ou du chapitre… La Société des Gens de Lettres lui a attribué la Bourse Thyde Monnier pour cet ouvrage. Si l’humour de l’auteur ne manque pas de faire souvent sourire, on peut toutefois regretter, qu’à force de vouloir trop en faire, ces cocasseries et pirouettes finissent par sonner faux voire lasser…

Le chameau sauvage de Philippe Jaenada : « Ne désespérez jamais, mais ne vous enthousiasmez pas trop vite ! »

« Le chameau sauvage » est le premier roman devenu culte de Philippe Jaenada et ayant remporté le prix de Flore en 1997. Ce grand admirateur de Brautigan et Bukowski est l’un des précursueurs de ces romans générationnels dits de trentenaire à la française/parisienne, dans la veine d’Haute fidélité, et moins trash que Djian, qui influence toujours les jeunes auteurs comme par exemple Romain Monnery qui s’inscrit dans le même sillon.