Livres classiques

Une sélection d'auteurs majeurs des siècles passés, devenus des classiques de la littérature moderne, qui influencent ou constituent des maîtres pour les jeunes auteurs contemporains.

Les souffrances du jeune Werther de Goethe : « Je ris de mon propre coeur… et je fais toutes ses volontés. »

« Les souffrances du jeune Werther » de Goethe, mince premier roman de Goethe, d’inspiration autobiographique, écrit en quelques semaines et publié en 1774 en Allemagne, pourrait bien être fustigé s’il paraîsssait de nos jours, alors que la critique s’offusque du récit des états d’âme, jugés trop « nombrilistes ». Quel accueil lui réserverait-on s’il devait être publié de nos jours ? Au XVIIe siècle en plein âge de la sensibilité, romantique précoce, il avait fait scandale, jugé immoral pour « apologie du suicide », mais a aussi suscité un engouement sans pareil (au point de dégouter l’auteur de son œuvre !). Au XXIe siècle, il est particulièrement étonnant (et émouvant) de tenir entre ses mains ses « confessions » platoniques toutes entièrement tournées vers le cœur de cet infortuné jeune-homme. C’est presque un journal de son cœur qu’il nous donne ici à lire.

L’attrape-coeurs de J.D Salinger : A quoi tient la magie d’Holden Caulfield ?

« L’attrape-coeurs » de Salinger, c’est un petit livre d’à peine 300 pages, publié discrètement en 1951 par un jeune nouvelliste du New-Yorker alors encore méconnu. Mais quel est le secret de ce mystérieux livre culte, vendu à plus de 60 millions d’exemplaires et qui a ouvert la voie à toute une nouvelle littérature ? Une « grande histoire », un « souffle historique », une « vision du monde », un « engagement politique »… ? Non, « juste » l’histoire d’un gamin…

La promesse de l’aube de Romain Gary : Tu seras un héros mon fils

la promesse de l'aube romain gary analyse

« La promesse de l’aube », roman emblématique de Romain Gary, au titre poétique, paru en 1960 et adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971, consacre sa renommée après le Goncourt obtenu pour « Les racines du ciel » (intégré à l’anthologie « Légendes du je », regroupant ses œuvres et celles de de son fils Alexandre Diego Gar « S. ou l’espérance de vie » y).
C’est aussi un roman clé pour comprendre toute son œuvre où l’inspiration de sa mère est omniprésente (en particulier son autre grand succès « La vie devant soi » et son personnage de « Madame Rosa »). Car avant d’être un roman autobiographique (qui tient d’ailleurs plus de l’autofiction, au regard de sa large part d’invention), La promesse de l’aube est surtout un vibrant portrait et hommage à sa mère, véritable héroïne de cet autoportrait réinventé.

« Bel-ami » de Maupassant : « Il avait cueilli sans peine son âme légère de poupée. »

La publication de « Bel ami » de Maupassant, en 1885 fit grand bruit, confirmant les précédents succès de l’auteur avec ses nouvelles (dont « Boule de Suif ») et son roman « Une vie ». Sa satire des milieux du journalisme, de la politique et de la finance mais aussi l’immoralité voire la perversité de son héros ont saisi l’opinion. Alors écrivain reconnu mais aussi grand chroniqueur, Maupassant dira en riant : « Bel-Ami, c’est moi ».
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Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline: « Il n’y avait que de l’angoisse étincelante »

« Voyage au bout de la nuit » de Céline c’est un voyage au cœur de l’Homme, de l’humanité, dans toute son absurdité et son horreur, quand elle se met en guerre ou quand la haine de l’Autre prend le dessus. Un voyage où planent la mort et la folie, prêtes à surgir et vous assaillir à tout instant.
Ce premier roman paru en 1932, dans l’entre deux guerres, a marqué l’histoire de la littérature. Et suscité scandale et polémiques par l’emploi d’une langue orale (qu’il a été l’un des premiers à introduire dans les « belles lettres » au grand dam du milieu littéraire bourgeois)

Martin Eden de Jack London, « La vie volait haut. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. »

Jack London publie en 1909, « Martin Eden », 7 ans avant qu’il ne meure d’empoisonnement. Considéré comme l’autobiographie romancée (autofiction dirait-on aujourd’hui !) du prolifique écrivain américain, un des précurseurs du « nature writing », et devenu livre culte des aspirants écrivains. L’auteur est alors un écrivain reconnu, notamment pour ses récits d’aventures et de nature sauvage (avec en tête « L’appel de la forêt » et « Croc blanc »), plus particulièrement prisés par la jeunesse.

« Frankenstein » de Mary Shelley: « (…) Si je ne peux pas inspirer l’amour, j’inspirerai la peur. »

« Frankenstein » de Mary Shelley, roman gothique (et romantique) emblématique, est devenu au fil des décennies une icône de la pop culture, désormais plus connue comme (anti-)héro hollywoodien de film d’horreur (ou de série B!), rejoignant la grande galerie des monstres et de « bêtes de foire » qui hantent l’imaginaire populaire et les fictions modernes.

Le magicien d’Oz de L. Frank Baum : derrière le conte, l’histoire de l’Amérique et de ses pionniers (1/2)

Le magicien d’Oz de L. Frank Baum est moins connu des lecteurs francophones que les contes de Grimm ou d’Andersen (deux influences reconnues aussi par Baum, avec également celle de Lewis Carroll en 1865) ayant souvent bercé notre enfance. Aux Etats-Unis, c’est bien plus que cela : une véritable institution et une histoire profondément ancrée dans son ADN, tout un symbole qui irrigue régulièrement encore sa culture populaire moderne.

Le magicien d’Oz (« The Wonderful Wizard of Oz ») de L. Frank Baum : derrière le conte, l’histoire de l’Amérique et de ses pionniers (2/2)

Deuxième partie de l’analyse du livre Le magicien d’Oz : les thèmes de la survie alimentaire, de l’auto-suffisance, de la subsistance, de l’escalvage, de la civilisation, la dichotomie du bien et du mal, le pouvoir de l’illusion, l’humour de Baum, etc.

Jane Eyre de Charlotte Brontë, « I will endure only sense and resolution. »

« Jane Eyre » de Charlotte Brontë, publié en 1847, a été adapté depuis plus d’une vingtaine de fois au cinéma et à la télévision (dont une énième nouvelle version en cet été 2012). C’est le premier roman publié de l’auteur anglaise du Yorkshire (sous le pseudo de Currer Bell), dont le livre précédent, « The Professor », avait été refusé par sept éditeurs. L’histoire est présentée comme l’autobiographie de l’héroïne (ce que l’on nommerait davantage « autofiction » de nos jours puisque il s’inspire de plusieurs épisodes de la vie de l’auteur transposés et romancés ou encore de son aspect physique « small », « plain but intelligent »).

L’étranger d’Albert Camus : « C’est à cause du soleil »… (1/2)

L’Etranger, ce bref premier roman d’Albert Camus, auréolé du titre de « livre de poche le plus vendu en France » avec ses 6,7 millions d’exemplaires écoulés en Folio, publié en 1942, traduit en 40 langues et adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1967, aura connu une postérité qu’un Sartre (par ailleurs ardent et enthousiaste critique dans Situations I*) lui envierait.

Sur la route de Jack Kerouac : «  »The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved… »

« Il faut lire Sur la route à 15 ans après c’est trop tard », entend-on souvent au sujet du livre culte de Jack Kerouac, emblématique de la « beat generation ». Errance éthylique, fuite, quête initiatique, refus des conventions sociale, « dèche », esprit de rébellion, liberté enivrante de la route et de l’aventure loin des responsabilités, … : des thèmes qui s’apparentent en effet plus particulièrement à la jeunesse mais qui vont plus loin en touchant à la réflexion existentielle, sous une forme allégorique. Lui-même inspiré par « La Route » de Jack London, Kerouac est aussi une influence majeure de nombreux auteurs d’aujourd’hui, à commencer par Philippe Djian

J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian: « Outrage aux bonnes mœurs », L’histoire d’un canular devenu roman culte…

« J’irai cracher sur vos tombes » de Boris Vian porte sur la 4e de couv’ de sa version poche la mention: « Il n’y a pas beaucoup d’écrits de Vian dont il ne suffise de lire trois lignes anonymes pour dire tout de suite : « Tiens, c’est du Vian ! » ». Etrange remarque car justement ce qui frappe, c’est l’incroyable métamorphose de l’auteur qui, avec ce roman, publié sous le pseudo de Vernon Sullivan, change totalement de registre ! C’est un autre Boris Vian radicalement différent (même si l’on pourra reconnaître, après coup, des clins d’œil à son univers) qui se dévoile sous nos yeux stupéfaits, fascinés… ou effrayés.

L’écume des jours de Boris Vian : L’adieu à la lumière…

« L’Ecume des jours » de Boris Vian fait partie des bides littéraires de l’année 1947… Eh oui, passé presque inaperçu lors de sa sortie, il faudra attendre 1963 et sa ré-édition chez 10/18 pour que le roman (devenu film en 1968) devienne culte. Publié à l’âge de 26 ans, il tire son inspiration d’une multitude de sources à commencer par le jazz de New Orleans (seul représentant de la jazz lit’ !) mais aussi la maladie de sa femme Michelle, son travail ennuyeux et répétitif en tant qu’ingénieur pour l’AFNOR mais aussi de la lecture de Faulkner (en particulier « Moustiques »), les bayous et marais du bas Mississipi, PG Wodehouse, Lewis Carroll, Queneau, Mac Orlan…, ou encore le cinéma américain et les dessins animés, sans oublier l’existentialisme sartrien…

« Les Onze mille Verges » de Guillaume Apollinaire, Aventures priapiques… et rocambolesques !

« Les Onze mille Verges » de Guillaume Apollinaire, classique de la littérature érotique, oeuvre du poète symbolique connu notamment pour ses poèmes d’amour fou à Lou : « Poèmes à Lou », circulait sous le manteau au début du siècle en chuchotant que l’on y trouvait du « Sade accommodé à la sauce rabelaisienne ». Une définition plutôt appropriée pour ces tribulations sexuelles du fantasque et débridé prince roumain Mony de Vibescu, à travers l’Europe jusqu’au Japon. De 1907 à 1970, ce livre fut édité et vendu clandestinement.

Mrs Dalloway de Virginia Woolf : Visions impressionnistes

2e partie de la chronique : Un roman urbain, une esthétique impressionniste… (l’influence de la peinture), Une écriture en forme de visions : « Une allumette brûlant dans un crocus », La folie, l’angoisse qui menace, le spectre de la mort…, Un arrière-plan historico-politique :

Emaux et camées de Théophile Gautier, Joyaux poétiques…

Contemporain et grand ami de Baudelaire qui lui dédiera d’ailleurs ses Fleurs du mal, ainsi que de Gérard de Nerval, parrainé par Victor Hugo et Balzac, Théophile Gautier est un écrivain et poète du XIXe siècle originaire de Tarbes, précurseur et maître des Parnassiens. Ce mouvement est une réaction devant les excès sentimentaux du romantisme. Il prône le travail acharné et minutieux de l’artiste – par opposition à l’inspiration immédiate du romantisme – et utilise souvent la métaphore de la sculpture pour indiquer la résistance de la « matière poétique ». Très intéressant : il rejette absolument l’engagement social et politique de l’artiste. Pour les Parnassiens l’art n’a pas à être utile ou vertueux et son seul but est la beauté. C’est sa théorie de « l’art pour l’art ». Influencé par les poètes de la Pléiade, il est surtout connu pour ses romans « Mademoiselle de Maupin » ou « Le Capitaine Fracasse ». En 1845, il publiait un recueil complet de ses poésies (Premières Poésies, Albertus, La Comédie de la Mort, Les Intérieurs et les paysages), qui, « par tout ce qu’il contient, et même avant le brillant appendice des Émaux et Camées, est une œuvre harmonieuse et pleine, un monde des plus variés et une sphère ». Les Émaux et Camées, son troisième volume de vers, parurent, eux, en 1852. « C’est la dernière et la plus marquée de ses notes poétiques, et aussi de tous ses volumes de vers celui qui a le plus réussi ». Dans sa préface il écrit : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien. » ou encore « La littérature ne doit servir aucune cause ») recèle pourtant toute l’essence de sa conception Parnassienne et de sa vocation plasticienne contrariée (il se destinait à l’origine à une carrière de peintre). Sa poésie frappée comme « des médaillons » sur « des plaques d’or ou de cuivre », célèbre avec une précision de marbrier le corps et la beauté de la femme, les objets de quotidien transfigurés, la féérie d’un carnaval, du printemps qui s’annonce ou encore une certaine esthétique de la mort qui plane tout au long du recueil. Une lecture très riche et envoûtante…

« L’ombilic des Limbes » et « Le Pèse-Nerfs » d’Antonin Artaud, Poétique de la douleur

« Là où d’autres proposent des oeuvres, je ne prétends pas autre chose que de montrer mon esprit », écrit Artaud, « le poète maudit », en préambule de « L’ombilic des Limbes ». Et posant cela, il dit toute l’essence de son oeuvre et de ses poèmes. Anarchie, désordre, délire et surtout quête de lui-même, de l’esprit et de la réalité hantent ses pages et ses mots. L’impossible harmonie entre son corps et sa pensée et la difficulté à trouver le sens de l’être le conduiront à être interné pendant 9 ans en hôpital psychiatrique (notamment à Rodez où il subit les électrochocs dans les années 40).

La Nausée de Jean-Paul Sartre, précurseur du roman « dépressif » ?

A la relecture d’un classique tel que « La nausée »*, le premier (et célébrissime) roman de Jean-Paul Sartre, publié en 1938 et écrit pendant ses années de professorat au Havre, on réalise que les critiques contemporaines sur le « roman dépressif » français à la Houellebecq, pourraient tout aussi bien s’appliquer à ce désormais grand auteur incontesté (mais aussi à un « Voyage au bout de la nuit » de Céline, roman ayant d’ailleurs profondément marqué Sartre et dont un extrait est cité en exergue).

L’étranger d’Albert Camus: « De toute façon on est toujours un peu fautif »… (2/2)

Suite de la chronique : Les interprétations données à l’Etranger (un roman volontairement ambigu, Roman de la fatalité : mourir pour la vérité, La dénonciation de l’hypocrisie sociale, L’étranger, un roman colonialiste ? L’interprétation politique : une fausse bonne idée…)