"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)

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lundi 14 janvier 2013

"Nicolas Pages" de Guillaume Dustan, Pop(pers) littérature et radiographie de l'identité homo

Alors que le débat sur la légalisation mariage gay enflamme la place publique, donnant lieu à une triste manifestation d'opposants hier, il est temps de se remémorer l'oeuvre de Guillaume Dustan qui doit se retourner dans sa tombe... : Inconstant, insolent, indécent, trash, anticonformiste, provocateur... autant de qualificatifs employés pour désigner cet enfant terrible des lettres parisiennes : Guillaume Dustan. Tout en s’autoproclamant « l’écrivain l’plus doué d’sa générosité », il déplorait amèrement son manque de visibilité dans les médias. Du moins dans « ceux qui comptent », répétait-il. Mais Guillaume Dustan, décédé à l’âge de 40 ans en 2004 d’une intoxication médicamenteuse, a-t-il été réellement un "oublié des médias" ? Beaucoup d’auteurs contemporains auraient sans doute aimé bénéficié de l’attention qu’il a reçue... Et du bouche à oreille entre lecteurs qui continue de faire connaître son oeuvre. Mais l’homme, écorché, énarque ayant abandonné la magistrature après avoir appris sa séropositivité, cultive sa soif de pouvoir et de reconnaissance qui s’exprime d’ailleurs dans ses livres. Une soif liée à la discrimination homosexuelle subie avec plus ou moins de violence tout au long de sa vie et de ses anciens complexes. Personnalité controversée pour ses prises de position sur le sexe à risque (en 2000 il est la cible d'une polémique contre Act' Up après avoir déclaré que "la capote, ça ne sert plus à rien" et pour défendre le bareback, relations sans préservatif) ou la drogue, il ose parler, sans faux-semblant, de sexualité, de désir et de fantasme homosexuels, inaugurant par là-même une "littérature gay" (étiquette qu'il revendique) non plus douloureuse ou honteuse mais épicurienne et joyeuse sans pour autant verser dans l’idéalisme. Il crée même aux éditions Balland une éphémère collection de littérature gay et lesbienne : "Le Rayon gay". Avec sa langue minimaliste, hyper-réaliste et nerveuse, l'auteur a sinon inventé tout du moins renouvelé l'écriture et apporté ainsi une voix singulière à la littérature française. "Venant de Warhol, de Duras, de Céline, il a expérimenté et inventé des formes. Des formes littéraires, des formes de vie, des formes où littérature et vie s'entremêlent." , analysent les spécialistes de son travail.
A travers ses livres (huit au total), tous basés sur sa propre vie, il n’aura de cesse de défendre ce qu’il nomme la « culture gay » et ses modes de vie. Ses trois premiers opus (dont « Dans ma chambre »-1996 et « Je sors ce soir » -1997) relataient assez crûment ses « épopées noctambulo-pornographiques ». Une seconde période s’ouvre ensuite avec notamment la publication de "Nicolas Pages" en 1999 qui sera récompensé du Prix de Flore et Génie divin en 2001. Il livre ici une analyse très riche qui embrasse les aspects socio-culturels mais aussi politiques, toujours à travers son expérience : "Je fais du militantisme homo avec ces livres, mais aussi du militantisme en faveur d'une forme de vie underground", revendiquait-il. Pourtant son discours et ses idées dépassent largement la communauté gay pour toucher tous les lecteurs quelque soit leur appartenance sexuelle :

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