"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Fight Club de Chuck Palahniuk : guérilla de cols blancs anti-yuppie, anti-capitaliste, anti-ikea…

Le film choc « Fight Club adapté du livre de Chuck Palahniuk publié en 1996 (d’abord sous forme de nouvelle, le chapitre 6, à l’âge de 34 ans), puis adapté en 1999 par David Fincher, est devenu culte pour un certain nombre de spectateurs/lecteurs de la génération X ou Y. Le livre qui l’a inspiré très fidèlement reste pourtant moins connu. Son auteur, américain (prononcez son nom « paul-ah-nik »), invente ici un nouveau genre à mi chemin entre la science fiction, la fable philosophique, la farce délirante, le roman noir et l’anticipation sociale. Mais aussi roman d’amour, de fraternité, d’apprentissage… D’une richesse et d’une inventivité hors norme, il donne à voir les impasses de nos sociétés occidentales en imaginant les conséquences extrêmes du « système ».

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Le désert des tartares de Dino Buzzati: « Et puis, on est pas tous nés pour faire des héros »…

« Le désert des tartares » de Dino Buzzati, publié en 1940 (en VF en 1949 , adapté au cinéma en 1976 ), est un roman majeur de cet écrivain et journaliste italien ayant connu un succès mondial qui ne se dément pas (ayant inspiré le Zangra de Brel). Cette fable philosophico-existentielle, (la non) épopée d’un jeune officier -en quête de gloire- affecté dans un fort au milieu du désert, est marquée du trauma des deux grandes guerres et s’inscrit sous le prisme de plusieurs influences de l’époque : de la plus évidente Kafkaïenne (reniée par l’auteur) aux existentialistes de Sartre à Camus en passant par la montagne magique de Thomas Mann…

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Le ventre de l’Atlantique de Fatou Diome: Contes africains de l’immigrant en terre hostile sur fond de ballon rond

Le ventre de l’Atlantique est le 2e ouvrage de la franco-sénégalaise Fatou Diome publié en 2003 à l’âge de 35 ans, après un premier recueil de nouvelles « La Préférence national » (2001). Il lui vaut une large reconnaissance critique et un succès international qui la fait compter aujourd’hui parmi les écrivains francophones (étiquette qu’elle rejette toutefois) majeures.
D’inspiration autobiographique comme son premier opus, l’auteur qui dit partir de ses expériences et de sa révolte intérieur » pour écrire…

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Chéri de Colette: « Elle battit des paupières, éblouie par l’approche du visage éclatant qui descendait sur elle… « 

Avec Chéri, Colette écrit l’un de ses peut-être plus célèbres et sulfureux romans en 1912 (publié en 1920) alors qu’elle traverse la quarantaine, et vivra elle-même une liaison avec son jeune beau-fils Bertrand de Jouvenel. Chéri est un violent drame en trois actes sur le désir et la cruauté de la séduction mais aussi et surtout la difficulté de renoncer à séduire, à voir sa beauté se faner en particulier lorsque l’on est femme (double critère/double standard oblige !).

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Crime et châtiment de Dostoïevski: « La pensée que le juge le croyait innocent l’effrayait »

Crime et châtiment de Dostoïevski (Prestouplénié i nakazanié en russe) est son 23e récit, datant de 1866. C’est une longue fresque romanesque de plus de 900 pages, en 2 volumes, 6 parties et un épilogue. A l’origine l’écrivain également journaliste avait pour intention de traiter deux grands thèmes : les méfaits de l’alcool et la misère qu’il engendre et d’autre part la confession d’un criminel. Sa publication ayant été proposée à une revue, Dostoiëvski souhaitait en effet l’inscrire dans l’actualité et dans son époque…

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Mrs Dalloway de Virginia Woolf : « Telles sont les visions qui, sans trêve, flottent à la surface de la réalité… » (1/2)

Mrs Dalloway de Virginia Woolf est une oeuvre moderne (courant des modernistes du début du XXe siècle). Et aujourd’hui encore, elle apparaît infiniment « moderne », libre et créative. A travers sa vie (de lectrice, d’éditrice passionnée) et surtout son œuvre, Woolf n’a eu de cesse d’explorer, fouiller de nouvelles approches d’écriture, de sensations littéraires, au croisement de la peinture (impressionniste en particulier) et de la psychanalyse. C’est toute cette recherche et cette réflexion qui sont mises à l’œuvre, avec virtuosité, dans Mrs Dalloway, son roman emblématique. Entrepris à l’automne de l’année 20, sa structure sur une journée est inspirée de celle d’Ulysse de Joyce, qui a aussi fortement marqué l’auteur qui a hésité à l’éditer.

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« Tout est illuminé » de Jonathan Safran Foer : « Les juifs ont six sens : toucher, vue, goût, odorat, ouïe… mémoire. »

Estampillé « prodige des lettres américaines » dés la sortie de son premier roman « Tout est illuminé » en 2002, adapté au cinéma par Liev Schreiber (réputation confirmée voire accrue avec la publication de son 2e roman « Extrêmement fort et incroyablement près » en 2005), ce diplômé de Princeton ayant eu notamment pour professeur de creative writing, la romancière Joyce Carol Oates, mariée à l’écrivain Nicole Krauss, marque l’apparition d’une nouvelle génération littéraire américaine. Une écriture inventive, hybride et innovante (aux côtés notamment de Dave Eggers…). L’auteur juif new-yorkais, de Brooklyn (non loin de chez Mister Auster !), explore dans son œuvre romanesque son identité juive et ses racines, sur fond de drame de la Shoah, sous la forme de quêtes initiatiques. « Tout est illuminé » faisait suite à un voyage de l’auteur en Ukraine sur les traces de son grand-père :

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« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver, La vie est un long malheur tranquille

« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver constitue une influence et un héritage littéraire revendiqués par de nombreux écrivains français et d’ailleurs: d’Arnaud Cathrine à Olivier Adam, Marie Desplechin, Régis Jauffret, Tanguy Viel, Christian Oster ou encore Philippe Djian… jusqu’à Haruki Murakami, Martin Amis, Jay McInerney ou Salman Rushdie à l’international… Raymond Carver, l’écrivain des rivières et des forêts de l’état de Washington, le « Tchekhov américain » comme l’avaient surnommé les critiques littéraires en raison de la même proximité au peuple qu’ils partageaient.

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Quand les écrivains célèbrent « la passante » (du mythe littéraire de la passante au harcèlement de rue)

Il fut un temps où l’on ne parlait pas encore de « harcèlement de rue » mais de jeux de regard, de séduction innocente et espiègle, où les passantes, (agréablement ?) surprises, conscientes ou non, devenaient les insaisissables muses des poètes et des écrivains qui leur rendaient hommage dans leurs œuvres. En 1857, Baudelaire inaugurait le mythe de la passante, cette « Fugitive beauté » dans la nuit, à « la douceur qui fascine et le plaisir qui tue« . Aujourd’hui le débat féministe divise*: en effet, où commence et s’arrête la limite entre harcèlement et compliment ? Face à l’évolution du regard social sur ces pratiques (et à leur condamnation), il est amusant de se retourner sur des œuvres antérieures -ou pas- à ce mouvement comme des extraits issus de l’étonnant et désormais un peu tombé dans l’oubli roman « Anissa Corto » de Yann Moix, mais aussi plus récemment de Philippe Vilain (« Pas son genre ») ou de Jérôme Attal, ainsi que de l’essai « Galanterie française »…, après avoir évoqué le mythe littéraire de la lectrice dans le train

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