"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? de Dany Laferrière: « On ne naît pas nègre, on le devient »

Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? est le premier roman de Dany Laferrière, écrivain québecois d’origine haïtienne, élu à l’Académie Française en 2013. Ecrit à un moment charnière de sa vie, alors âgée d’une petite vingtaine, il venait de fuir de manière précipitée le régime dictatorial de François Duvalier (Papa Doc), à Haïti où il exerçait comme chroniqueur culturel pour Montréal, suite à l’assassinat en 1976 d’un de ses amis journalistes. Commence alors pour lui une nouvelle existence canadienne et ses débuts d’écrivain reflétés dans Comment faire l’amour avec un nègre sans sa fatiguer où il mène une vie précaire faite de petits jobs à l’usine (qu’il n’évoque toutefois pas dans le livre) et d’écriture depuis des chambres « crasseuses et lumineuses ».

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Le complexe socio-culturel d’Olivier Adam et le mépris de la culture populaire (« Les lisières »)

Alors que je lisais Les lisières d’Olivier Adam, je m’amusais de l’écart entre l’image que l’on peut avoir de cet écrivain et la réalité finalement de ses idées, de son « idéologie », qui ressort de façon assez abrupte dans ce roman qui m’a assez étonnée (malheureusement dans le mauvais sens…). En effet, je tenais Adam pour cet écrivain plutôt empathique sensible à la « France d’en bas » (aussi laid que soit le dénominatif), de la condition ouvrière, des déshérités, défavorisés, et tout autre synonyme que l’on voudra bien trouver pour désigner en gros tous ceux qui doivent trimer pour joindre difficilement les deux bouts quand ils ne s’abîment pas dans un chômage désespérant, ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche ou autres milieux à paillettes.

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Verre cassé d’Alain Mabanckou: « C’était la vie, un jour ça va, un jour ça ne va pas, l’essentiel c’est de rester debout, les cheveux dans le vent »

Verre cassé est le cinquième roman du Franco-congolais Alain Mabanckou, publié en 2005, alors âgé de 39 ans. Celui-ci marque sa consécration après déjà plusieurs romans remarqués. Il est couronné de nombreux prix comme le Prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs, le Prix des Cinq Continents de la Francophonie et le Prix du livre RFO et s’affiche finaliste de la liste du Renaudot. Il est de plus adapté au théâtre plusieurs fois jusqu’à être en 2012 élu par le quotidien anglais The Guardian comme l’un des 10 meilleurs livres africains contemporains. L’auteur a reconnu lui-même dans une interview que l’opus, par son style singulier et très personnel, a marqué une transition dans sa bibliographie:

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« La clef, la confession impudique » de Tanizaki

« La clef, la confession impudique » de Tanizaki fait écho au roman de son confrère Kawabata (« Les Belles endormies »), tous deux maîtres de la littérature japonaise des années 30-40. Tous deux ont placé la femme et les arcanes (sombres) de la séduction au cœur de leur œuvre. La femme tentatrice, manipulatrice ou innocente, suscitant un désir obscur et parallèlement le spectre de la vieillesse, de la mort. Dans cette œuvre majeure d’après guerre, « La clef, La confession impudique » (écrit en 1956 à la fin de sa vie), cette sensualité puissante de la femme s’exerce de façon inconsciente…

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Basketball Diaries de Jim Carroll: « J’ai toujours senti qu’il était possible de trouver de la pureté au coeur de la pire dégradation, une sorte de lumière »

Basketball Diaries est le journal de l’adolescence « sauvage » de Jim Carroll, devenu livre culte de la scène New-Yorkaise underground des années 70 et adapté sur grand écran avec dans le rôle titre un jeune Leonardo DiCaprio écorché vif dont la performance a largement été saluée. A la fin des années 90 alors que se multipliaient les « school shootings » (Heath High School en 1997 et Columbine en 1999), l’auteur a été pris dans une effroyable polémique le rendant responsable, au motif qu’un des auteurs de ces tueries aurait cité son adaptation ciné comme une de ses inspirations (plus d’infos ci-dessous). Héritier de la Beat generation, en particulier Ginsberg, ce fils d’une famille catholique irlandaise, décédé en 2009 à 60 ans, navigua entre la scène pop art (la factory d’Andy Warhol) et rock (the Velvet Ground), avant de fonder le Jim Carroll Band en 1978 en Californie). Dans les années 70, il fait partie des jeunes talents prometteurs aux côtés de ses acolythes, Patti Smith (avec qui il co-écrit les poèmes en prose de « The Book of Nods ») et Sam Shepard.

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Un pur moment de rock’n roll de Vincent Ravalec : Nouvelles de zonards à la Hubert Selby, version titi parisien

Premier recueil de nouvelles de Vincent Ravalec, Un pur moment de rock’n roll, paru en 1992 est un concentré d’humanité à la fois fragile et pittoresque, émouvante et pathétique : celle des cancres, des zonards, voyous, taulards junkies ou des « petites putes »… Un microcosme interlope dans lequel il a toujours évolué, lui le banlieusard de Clamart qui a échoué à son CAP menuiserie ! « Ce milieu, j’évolue dedans depuis mon adolescence. Les héros de mes bouquins ce sont mes potes, ceux avec lesquels je vis tous les jours. », dit-il. Dans le genre qu’il maîtrise à la perfection (la nouvelle) et qui se prête le mieux à sa langue orale, nerveuse et vivace, il brosse leurs portraits avec humour et tendresse, évitant tout cynisme ou sordide et dépeint des situations toutes plus cocasses les unes que les autres… Un film (resté assez inaperçu), adapté de ce recueil (et de « Les Clefs du bonheur ») a même été réalisé par Manuel Boursinhac (avec Vincent Elbaz et Samy Naceri).

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Moins que zéro de Bret Easton Ellis : Desesperados de luxe à L.A

C’est après Moins que zéro de Bret Easton Ellis, son premier roman et premier coup d’éclat en 1985, qui contient en germe toute la fureur et la folie à venir… que l’auteur écrira en écho « Vous qui entrez laissez toute espérance », la première phrase d’American Psycho, 6 ans plus tard. Une phrase qui répond directement au « Disparaître ici » que le narrateur et (anti) héros du roman, Clay, ne cesse d’entrevoir sur les immenses panneaux publicitaires qu’il croise sur les routes de LA. Le livre a connu un immense succès (il s’en vend 50 000 exemplaires la première année) et propulse son auteur, alors âgé de 21 ans, vers la gloire en parallèle de son « jumeau toxique » Jay Mc Inerney qui venait de publier « Bright lights, Big city » (« Journal d’un oiseau de nuit » en VF), une autre vision de la jeunesse et de la drogue sur la cote Est américaine.

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Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, Guerre d’egos sur fond de conflit politico-racial

Pavé culte, Le bûcher des vanités de Tom Wolfe reste l’oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines. Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l’âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l’écran par Brian De Palma (affiche ci-contre), est un portrait en coupe sans complaisance d’une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d’un golden-boy en pleine gloire.

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Fight Club de Chuck Palahniuk : guérilla de cols blancs anti-yuppie, anti-capitaliste, anti-ikea…

Le film choc « Fight Club adapté du livre de Chuck Palahniuk publié en 1996 (d’abord sous forme de nouvelle, le chapitre 6, à l’âge de 34 ans), puis adapté en 1999 par David Fincher, est devenu culte pour un certain nombre de spectateurs/lecteurs de la génération X ou Y. Le livre qui l’a inspiré très fidèlement reste pourtant moins connu. Son auteur, américain (prononcez son nom « paul-ah-nik »), invente ici un nouveau genre à mi chemin entre la science fiction, la fable philosophique, la farce délirante, le roman noir et l’anticipation sociale. Mais aussi roman d’amour, de fraternité, d’apprentissage… D’une richesse et d’une inventivité hors norme, il donne à voir les impasses de nos sociétés occidentales en imaginant les conséquences extrêmes du « système ».

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