"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver, La vie est un long malheur tranquille

« Les vitamines du bonheur » de Raymond Carver constitue une influence et un héritage littéraire revendiqués par de nombreux écrivains français et d’ailleurs: d’Arnaud Cathrine à Olivier Adam, Marie Desplechin, Régis Jauffret, Tanguy Viel, Christian Oster ou encore Philippe Djian… jusqu’à Haruki Murakami, Martin Amis, Jay McInerney ou Salman Rushdie à l’international… Raymond Carver, l’écrivain des rivières et des forêts de l’état de Washington, le « Tchekhov américain » comme l’avaient surnommé les critiques littéraires en raison de la même proximité au peuple qu’ils partageaient.

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Quand les écrivains célèbrent « la passante » (du mythe littéraire de la passante au harcèlement de rue)

Il fut un temps où l’on ne parlait pas encore de « harcèlement de rue » mais de jeux de regard, de séduction innocente et espiègle, où les passantes, (agréablement ?) surprises, conscientes ou non, devenaient les insaisissables muses des poètes et des écrivains qui leur rendaient hommage dans leurs œuvres. En 1857, Baudelaire inaugurait le mythe de la passante, cette « Fugitive beauté » dans la nuit, à « la douceur qui fascine et le plaisir qui tue« . Aujourd’hui le débat féministe divise*: en effet, où commence et s’arrête la limite entre harcèlement et compliment ? Face à l’évolution du regard social sur ces pratiques (et à leur condamnation), il est amusant de se retourner sur des œuvres antérieures -ou pas- à ce mouvement comme des extraits issus de l’étonnant et désormais un peu tombé dans l’oubli roman « Anissa Corto » de Yann Moix, mais aussi plus récemment de Philippe Vilain (« Pas son genre ») ou de Jérôme Attal, ainsi que de l’essai « Galanterie française »…, après avoir évoqué le mythe littéraire de la lectrice dans le train

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Facebook, Internet… : de « beaux outils romanesques » selon Camille Laurens

Dans une chronique rédigée pour le site de L’Express, l’écrivain Camille Laurens livre une analyse intéressante du rôle joué par les nouvelles technologies dans la création littéraire et le travail du romancier 2.0. Elle, qui n’hésite pas à placer la toile et les réseaux sociaux, au cœur de ses romans, depuis quelques années (à commencer par le réussi « Romance nerveuse » (2010) et plus récemment avec « Celle que vous croyez » (2016), compare notamment son impact avec les inventions des siècles précédents comme le téléphone sur l’écriture, de Proust à Cocteau…:
internet et litterature romans et reseaux sociaux

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« Virgin suicides » de Jeffrey Eugenides : What it feels like for a girl…

« Virgin suicides » de Jeffrey Eugenides, publié en 1993 et devenu culte grâce à son adaptation par Sofia Coppola en 2000, est peut-être l’un des plus beaux romans dramatiques écrits sur l’adolescence au féminin, l’ennui cruel des petites banlieues policées, le corps en métamorphose, la fascination ou encore l’innocence perdue… Son titre est inspiré d’une chanson du groupe « Cruel crux » (dont l’une des héroïnes, Lux, était fan).

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Dans la bibliothèque de… Solange te parle (poétubeuse)

Poétubeuse, comme elle s’est auto-baptisée, Solange (de la chaîne « Solange te parle » sur Youtube) détonne dans le paysage youtubesque francophone avec ses vidéos poético-décalées, jouant sur l’absurde, l’imaginaire, la performance vidéaste. En France, nous avions le cinéma d’auteur, Solange (amatrice du premier, en particulier de Rohmer ou des films d’Amalric avec qui elle a d’ailleurs tourné un court métrage dans sa vie antérieure de jeune actrice) invente le Youtube d’auteur ! Avec elle, le quotidien et ses objets ordinaires -du camembert au pot de fleur (cf : son désormais célèbre « abécédaire ») deviennent aventure… métaphysique ! Elle a aussi livré des vidéos plus engagées sur le terrain féministe (« Poils pubiens: indignez vous!« , «Pénis: inclinez vous!», « Pas féminine« ), elle qui s’affirme allergique au « girly » mais aussi aux diktats patriarcaux.
interview solange te parle bibliotheque livres lus dans sa vie

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« Les belles endormies » de Kawabata : Voyage sensoriel au royaume du désir et de la mort

« Les belles endormies » de Kawabata reflète l’obsession de l’écrivain japonais qui était de « saisir l’impression à l’état pur« . Ce prix Nobel de littérature en 1968 (il se suicide en 1972), contemporain de Borges et de Joyce, est sans doute l’écrivain japonais le plus lu et connu en Occident. Son œuvre tout entière est vouée à cette expression de l’éphémère ressenti à la vision d’un paysage, d’un visage, de la peau d’une femme ou du vol d’un papillon de nuit… A restituer cet imperceptible qui ne dure que quelques instants.

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« Les femmes qui lisent sont dangereuses » : malaise masculin, invention de « l’hystérique » et du « bovarysme »

Dans son essai/livre d’art « Les femmes qui lisent sont dangereuses » (2006), Laure Adler a exploré, avec lyrisme, le rapport particulier que les femmes entretiennent et ont entretenu au livre, et plus particulièrement au roman, en dépit des alarmes masculines craignant de voir les épouses soumises échapper à leur emprise pour celles des pages manuscrites, agissant comme « sève nourriicière ». Elle retrace dans sa préface l’histoire de cette panique masculine et leurs tentatives d’endiguer le flot de lectrices pour les renvoyer à leurs fourneaux, et livre au passage une analyse intéressante d’Emma Bovary, en figure emblématique du phénomène:

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Le problème avec la Bovary et ses descendantes… (de Flaubert à S. Divry, L.Slimani, Reinhardt…)

Le roman « Madame Bovary » de Flaubert compte parmi les livres qui me hérissent le plus. J’avais immédiatement ressenti un malaise à sa première lecture et un décalage entre la façon dont il est couramment présenté et son contenu véritable. En effet, le livre, qui trône chaque année en position frontale des programmes et des annales du bac français comme représentant ultime de la condition féminine, est devenu une affreuse imposture.
Etalage au rayon parascolaire/bac français du libraire Gibert jeunes où Madame Bovary règne...

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La misogynie de Flaubert (extraits de sa Correspondance)

Bien que souvent passée sous silence ou minimisée,la misogynie de Flaubert était pourtant une réalité bien concrète (et communément partagée par ses contemporains), qui permet, lorsqu’on s’y penche de plus près d’éclairer son œuvre, et en particulier ce qui est souvent considéré comme son chef-d’oeuvre, « Madame Bovary ». On en trouve ainsi d’innombrables exemples dans la Correspondance où il exprime avec véhémence son mépris voire une véritable haine pour ce qu’il considère comme « l’élément typiquement féminin », se livrant à diverses généralités de bas étage. Il serait donc bon que les professeurs rappellent cette dimension, certes peu reluisante de l’auteur, mais finalement assez essentielle à l’approche et l’analyse de ses romans.

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