Conseils d’écriture de Pierre Lemaitre, prix Goncourt : « Je ne crois pas à l’inspiration, je ne crois qu’à la transpiration »

Né en 1951 à Paris, fondateur d’un organisme de formation où il enseignait les littératures françaises et américaines aux bibliothécaires, Lemaitre se lance dans l’écriture romanesque à cinquante ans passé. Après s’être vu refusé deux manuscrits, il envoie son premier polar « Travail soigné » à 22 éditeurs et accumule les lettres de refus jusqu’à ce que l’un d’eux change d’avis et le rappelle (Le Masque, 2006) et décroche le Prix du premier roman du Festival de Cognac. Il enchaîne dés lors les polars et les prix (Prix Sang d’Encre, le Prix du Polar francophone, le Prix du polar européen,etc.) et parvient à vivre de sa plume.

Conseils d’écriture de David Foenkinos : « Ecrire, ça veut dire s’acharner »

Depuis près de 15 ans, David Foenkinos, l’auteur de Charlotte (vendu à près d’un demi-million d’exemplaires, prix Renaudoit et prix Goncourt des lycéens), trace son sillon, passant avec un succès croissant du registre loufoque/absurde à l’intimiste ou le tragique, mais aussi derrière la caméra à l’occasion avec son frère directeur de casting (cf: l’adaptaion d’un autre de ses succès La Délicatesse en 2011). Ecrivain prolifique, toujours un livre en tête, il livre les coulisses de sa routine d’écriture, ses débuts dans l’édition et sa vision de l’écriture romanesque

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury : « Here we go to keep the world happy, Montag! »

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury publié en 1953, a d’abord vu le jour sous la forme d’une nouvelle (« The Fireman », Le pompier en VF, elle-même dérivée d’une précédente intitulée « The pedestrian », « Le piéton » en VF suite à avoir été persécuté par un policier zélé alors qu’il marchait dans son quartier, on retrouve ses allusions à la marche à pied à travers le personnage de Clarisse, Bradbury n’ayant jamais passé son permis de conduire par méfiance des automobiles) publiée dans un magazine de SF en 1950. Bradbury l’étoffera ensuite sous la forme d’un roman en le tapant dans le sous-sol de la bibliothèque de UCLA à Los Angeles, en louant sa machine à écrire. C’est donc au milieu des livres et dans un lieu qu’il affectionne plus que tout (il revendique son éducation d’autodidacte self-educated faite dans les bibliothèques alors qu’il n’avait pas les moyens d’étudier à l’université) qu’il écrit un roman qui rend justement hommage à ces livres qu’il chérit tant et qu’il craint de voir négliger, tomber dans l’oubli et disparaître.

« Ecrire est un métier… qui s’apprend en écrivant » Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, l’auteur du Deuxième sexe publié en 1949 qui l’a faite proclamer mère du féminisme moderne et toujours une référence, était un bourreau de travail. Philosophe, essayiste, romancière, mémorialiste et épistolière enthousiaste, pas un jour ne se passait sans qu’elle ne soit à sa table de travail, écrivant sans relâche ou se documentant pour ses travaux. Dans une intéressante interview de au Paris review elle livre ses secrets d’écriture et de productivité mais aussi ses goûts littéraires et influences, son expérience de l’édition :

La littérature jeunesse « young adult » manque-t-elle de « sérieux » ?

De JK Rowling mère de la saga Harry Potter et autres dérivés à Twilight, Hunger games ou Divergent, les romancières anglo-américaines se taillent la part du lion sur ce marché porteur de la littérature ado et jeunes adultes. Pourtant ces histoires fantastiques et autres dystopies, particulièrement quand le personnage central est une héroïne, sont souvent réduites à de la littérature commerciale facile sans intérêt littéraire, voire médiocre dont il faudrait même tenir éloignés les jeunes… Dans sa tribune au site Bustle*, la jeune auteur américaine de romans ados à succès (la trilogie Délirium, Before I fall/ »Le dernier jour de ta vie », etc.), Lauren Oliver

Continuer de Laurent Mauvignier : « Si on croit qu’on n’a pas besoin des autres ou que les autres sont seulement des dangers, alors on est foutu. »

Continuer, 11e roman de Laurent Mauvignier, écrivain discret d’origine tourangelle, qui trace et imprime son sillon d’une force tranquille et diversifiée dans le paysage littéraire français, a connu un beau succès critique tant auprès de la presse que des lecteurs. Parmi ses louanges on trouve : une « très belle histoire d’apprivoisement entre une mère et un fils », un « grand livre d’aventures, sauvage et abrupt, [à la] splendeur visuelle » ou encore une « leçon d’endurance et de ténacité, de courage face à l’adversité ».

Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir : Misères et splendeurs de la jeune-fille

Publié en 1949, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir demeure une référence de la pensée féministe et est considéré comme l’oeuvre -massive de 1000 pages !- fondatrice de la 2e vague du mouvement féministe débutant dans les années 50. A la fois encensé et lynché au moment de sa publication, il reste une œuvre aujourd’hui une œuvre admirée et controversée, alors qu’on l’accuse notamment en France, d’être « dépassé ». L’oeuvre reste en réalité mal connue, l’image sulfureuse que l’on aime donner à son auteur, l’ayant tristement souvent écrasée et occultée, ajouté au fait qu’elle n’est pas ou mal et peu étudiée à l’école.

Bâtir une intrigue efficace et des personnages forts : conseils d’écriture de Lauren Oliver (Before I fall, Delirium, etc., romans « Young adult »)

Lauren Oliver fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs de romans ados dits « young adult » selon l’appellation anglo-saxonne capable de produire des best-sellers à la chaîne avec des univers semi-fantastiques dystopiques et de jeunes héroïnes souvent lycéennes confrontées à diverses épreuves et leçons de vie. Aux côtés de Suzanne Collins (The Hunger Games) et de Veronica Roth (Divergent), elle truste le palmarès des best-sellers du New York Times.

Bien rédiger la lettre d’accompagnement de son manuscrit : Conseils d’une lectrice d’édition

Comment écrire la lettre de présentation de son manuscrit à envoyer à un éditeur ? Communément appelée lettre d’accompagnement, lettre d’intention voire lettre circonstanciée, elle peut constituer un véritable plus pour l’auteur à la recherche d’un éditeur. Une lectrice d’édition nous aide à mieux comprendre comment rédiger sa lettre pour éviter les faux pas/gaffes les plus courant(e)s. Découvrez tous ses conseils pour séduire les éditeurs, éviter de les agacer ou de vous décrédibiliser…

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole : « The United States needs some theology and geometry, some taste and decency. »

La conjuration des imbéciles (The Confederacy of Dunces en VO, on pourra d’ailleurs se demander pourquoi la traduction n’a pas conservé l’idée de confédération qui outre la référence à Swift*, fait aussi écho aux états confédérés du Sud pendant la guerre de Sécession) de John Kennedy Toole, fait partie de ces livres cultes dont la légende les précède et finit presque par les écraser. En effet, Toole fait peut-être partie des refusés de l’édition les plus célèbres de l’histoire littéraire, causant tragiquement son suicide quelques années après avoir finalisé son manuscrit en 1969 (à l’âge de 32 ans).

La misogynie intériorisée par les femmes

La force culturelle de la misogynie a eu pour conséquence de se trouver non pas seulement une expression masculine, mais une pensée partagée par les femmes. Celles-ci se sont trouvées persuadées de l’existence d’un ordre naturel en leur défaveur, assumant une perception péjorative de leur propre sexe. Il n’est pas rare de voir des femmes qui ont intériorisé l’anima masculin et donnent raison à la misogynie masculine, l’intégrant consciemment ou non dans une misogynie féminine

Contours du jour qui vient de Léonora Miano : « Je suis née et ce n’est pas un crime que je sache. »

Contours du jour qui vient, 2e roman de la franco-camerounaise Léonora Miano , désormais auteur majeure et alors âgée de 33 ans, lui vaut le Goncourt des lycéens en 2006 après avoir remporté divers autres prix avec L’intérieur de la nuit, son premier opus en 2005. Les deux livres s’inscrivent dans sa trilogie « Suite Africaine » (fermée par Les aubes écarlates publié en 2009). Elle continue d’y explorer la jeunesse de son pays d’origine et son avenir possible, ici dans le cadre d’un état imaginaire d’Afrique équatoriale/centrale au sortir des ravages d’une guerre civile. Elle explique plus précisément s’être intéressée au « type de société pouvant exister dans ce pays après la guerre et comment cette misère affecte les gens intérieurement en particulier en milieu urbain et en l’absence de garde-fous ».

Les auteurs auto-édité(e)s français conquèrent l’hexagone et au delà !

Les success-stories d’autopublié(e)s (en particulier via la plateforme dominante d’Amazon « Kindle Direct Publishing ») continuent de s’affirmer en France ces dernières années. Ces auteurs indépendants, participant au Salon du livre de Paris, représentaient un chiffre d’affaires de 82 millions d’euros en 2013, pesant environ 3 % du chiffre d’affaires global de l’édition, selon le syndicat national de l’édition. Face à un marché de l’édition de plus en plus polarisé (entre best-seller et ventes anedotiques de quelques centaines d’exemplaires) l’autoédition représente une manne pour un entre-deux (entre 5000 et 20.000 exemplaires vendus).

Quand le diable sortit de la salle de bain de Sophie Divry : « ce long animal mou, cruel, collant, dégueulasse, que j’appelle par défaut la nécessité, la dèche, la débine, la misère, la mouise… »

Dans Quand le diable sortit de la salle de bains (2015), Sophie Divry, notamment remarquée avec « La condition pavillonnaire », revisite le genre littéraire du « galérien » tant sur le plan économique que sentimental, voire les deux. Raconté avec la bonne dose d’auto-dérision et de cynisme qui va bien, il peut s’avérer particulièrement désopilant…

Les contes vus par Amélie Nothomb (extrait interview)

Amélie Nothomb aime à s’inspirer des contes pour les revisiter ou en réinventer dans une partie de ses romans qui aiment jouer avec les figures extrêmes (en particulier confrontation de la beauté pure angélique et de la laideur, le monstrueux), le symbolisme et les univers fantaisistes ou oniriques. Elle expliquait sa fascination pour le genre dont l’essor a pris en France dans la 2e moitié du XVIIe siècle, sous l’influence notamment des salons des précieuses (dont Mme de Villeneuve auteur de La belle et la bête faisait partie) :

Conseils d’écriture de Ray Bradbury : « Une histoire est une expérience émotionnelle »

L’auteur prolifique de Fahrenheit 451 ou des Chroniques martiennes, mais aussi au total de plus de 30 livres, près de nouvelles, and de nombreux poèmes, essais, scénarios et pièces, est un maître en matière d’écriture créative, alliant une maîtrise du fond et de la forme remarquable. La richesse et la recherche de son style font particulièrement sa marque de fabrique dans l’univers de la science fiction. Il partage son savoir-faire et prodigue ses conseils dans un livre d’essais sur la créativité (« Le zen dans l’art de l’écriture », écrits entre 1960 et 1990,) mais aussi au fil de ses interviews. Morceaux choisis :

Antigone d’Anouilh : commentaire, analyse personnages et comparaison avec Sophocle

Antigone, la plus célèbre pièce du dramaturge français Jean Anouilh, devenu un classique du théâtre, fait partie de son cycle des « pièces noires » qui s’appuie sur des grands mythes grecs tragiques. Ainsi Antigone publié en 1944 en pleine occupation allemande fait suite à Eurydice (1941) et sera suivi de Médée (1946). Il s’agit d’une ré-écriture de la pièce du dramaturge de l’Antiquité grecque Sophocle, lui-même inspiré de la légende mythologique (cycle thébain, c’est à dire les légendes liées à la ville de Thèbe). Anouilh est réputé pour dépeindre des « combats passionnés où l’idéalisme et la pureté se fracassent contre le réalisme et la compromission« . Une analyse qui reflète parfaitement le dilemme à l’oeuvre dans Antigone :

Des Cannibales, Montaigne, Les Essais : commentaire, plan, analyse thématique et citations

Dans cet extrait du chapitre 31 des Essais, Montaigne commente et conteste la vision habituellement péjorative des indigènes (ici actuel Brésil) par les occidentaux et leur réaction (de rejet) face à des coutumes différentes des leurs.
Annonce du plan : Tout d’abord, j’analyserai le regard humaniste que porte Montaigne sur la figure de l’Autre. Puis, j’expliquerai comment il livre une critique de l’ethnocentrisme Européens qu’il dénonce. Enfin, je présenterai la stratégie d’argumentation de Montaigne pour convaincre et persuader son lecteur.

Conseils et secrets d’écriture de Françoise Sagan: « L’écrivain est un pauvre animal, enfermé dans une cage avec lui-même. »

L’auteur de Bonjour tristesse ou de La chamade, sous son allure insouciante et proscratinatrice, était une travailleuse acharnée avec une discipline d’écriture bien rôdée, ce qui lui a permis d’ériger une œuvre de plus de 40 romans, pièces de théâtre, recueils et collaborations scénaristique. Avec une régularité métronomique, il faut se rappeler qu’elle publiait un nouveau livre presque chaque année ou tous les deux ans, de 1954 à 1998 ! Au fil des interviews donnés à de nombreux journaux, elle a livré sa routine, sa méthode et sa conception de l’écriture romanesque: de l’inspiration à la peur de la page blanche en passant par ses démons. Extraits choisis de ces perles dans les coulisses de son art:

Un peu de soleil dans l’eau froide de Françoise Sagan: « On finira par empoisonner les gens tristes un jour »

Un peu de soleil dans l’eau froide est le 8e roman de Françoise Sagan publié en 1969, à l’âge de 34 ans et adapté au ciné en 1971 par J.Deray sur un scénario de Sagan. Elle reprend ici la tradition de ses jolis titres inspirés de vers de poésie (ici Paul Eluard) qui illustre parfaitement bien le propos ( de « subir sa douleur ») du roman qui aborde notamment le sujet de la dépression. Une maladie que Sagan, qui s’est toujours définie comme quelqu’un de « gaie », n’expérimentait pas elle-même au moment de l’écriture a priori, même si elle avait traversé en 1957 l’épreuve d’un accident de voiture l’ayant laissé dépendante d’un dérivé de morphine (ce qu’elle raconte dans son journal publié sous le titre de « Toxique »).