"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Top 10 : Mes plus beaux livres d’amour…

Il y a quelques jours, nous fêtions la saint Valentin, l’occasion de s’attarder sur l’un des plus beaux genres littéraires, si ce n’est peut-être le premier ! : le roman d’amour (même s’il est aujourd’hui assez méprisé finalement je trouve). Le sentiment, exalté, déçu ou encore contrarié aura donné lieu aux plus belles pages de la littérature. Alors que l’an dernier je m’interrogeais sur l’écriture du roman d’amour contemporain (« Peut-on encore écrire une histoire d’amour ? »), je vais tenter aujourd’hui de dresser une petite liste des livres d’amour, d’hier et d’aujourd’hui, qui m’ont le plus marqué(e) et surtout fait rêver. Car pour moi, une « belle histoire d’amour », au sens romantique du terme, c’est d’abord l’émotion, l’intensité (sentimentale), une sorte d’enchantement qu’elle peut susciter en nous et une certaine idéalisation en filigrane.

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Les actifs corporels de Bernard Mourad : les rapports humains cotés en bourse

Près de neuf ans après la parution de son premier roman Bernard Mourad a fait bien du chemin et vient de prendre la tête du nouveau groupe média « Mag & News Co » qui regroupe notamment L’Express et Libération. A cette occasion, retour sur ses débuts de romancier en 2006… Tout a commencé par une curiosité pour ce titre prometteur et ambigü « Les actifs corporels », paru début 2006, évoquant une auscultation subtile de notre époque et de notre société. Ont suivi quelques recommandations appuyées de ci et de là. Et puis la lecture du pitch et du parcours de l’auteur : un trentenaire au profil de premier de la classe, diplômé de Science po et HEC et… banquier. Inaugurant une nouvelle vague de roman d’anticipation à la française (en évitant l’écueil de singer les classiques du genre américain), il imagine un monde terrifiant où tout a un prix y compris les humains, qui à l’instar du marché boursier, peuvent se valoriser ou se dévaluer jusqu’à leur aliénation. Entre humour satirique et inventivité parfaitement maîtrisée, le jeune auteur signe ici un premier roman à la fois glacial et captivant. Mise à jour 2007/08 : sortie en poche du roman dans la collection « J’ai lu Nouvelle génération ». Une traduction en Allemagne (sous le titre « Kauf Mich » – « Achete-moi ») est sortie l’an passé tandis que l’espagnole et la coréenne sont en cours. Son deuxième roman toujours dans une veine d' »anticipation réaliste » est sorti en avril 2008 : « Libre échange ».

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De la Femme, Du Féminisme, De Bénédicte Martin, de Nabilla, d’Eve et Pandora…

En mars 2014, Bénédicte Martin publiait « La femme » son 4e livre, dont la couverture faisait une nouvelle fois scandale (censuree par Apple car juge « inappropriée » sur sa plateforme numérique) 11 ans après son recueil Warm up publié en 2003 dont la couverture avait été jugée tout aussi « choquante ». Objet du courroux ? Le corps féminin, encore et toujours, éternelle entité problématique, qui ne doit pas se montrer ou « provoquer ». Un thème qui fait écho à quelques-uns des 50 chapitres de son livre où elle revendique haut et fort le droit à la féminité et à ses apparats. En novembre dernier et depuis plusieurs mois déjà, une jeune femme nommée Nabilla, attise la haine et les commentaires sexistes en tout genre. Son crime ? Outre avoir été accusée -enquête en cours- d’avoir poignardé son compagnon qui, lui, était sous l’emprise de la cocaine lors d’une dispute et peut-etre en self-défense (dans tous les cas un acte passionnel), est aussi et surtout celui de montrer (un peu trop) son corps (un peu trop) plantureux pour etre respecté. Le lynchage médiatique et publique des femmes (cf:Tristane Banon en 2011 lors de l’affaire DSK pour n’en citer qu’une), qui ne se fondent pas dans le conformisme puritain judéo-chrétien patriarchal encore si tenace, est une pratique nauséabonde courante dans notre pays…

Femme sirene, Femme poignard, Femme fatale, Femme laceree d'insultes

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« Romance nerveuse » de Camille Laurens : « Qu’est-ce qu’une histoire d’amour, sinon une scène de crime ? »

camille-laurens-romance-nerveuse-roman.jpg « On écrit toujours sur le corps mort du monde ou le corps mort de l’amour » déclare Camille Laurens, en citant Marguerite Duras, avec qui elle entretient, sans doute, une certaine filiation. Publié en 2010 (et en poche en 2012), ce 13e roman de Camille Laurens, est en effet le roman de la rupture au sens large…
Celle d’avec son éditeur de longue date P.O.L. (le roman est le premier paru chez Gallimard) suite à la polémique entre l’auteur et Marie Darrieussecq en 2007, qu’elle a accusée de « plagiat psychique » (pour son roman « Tom est mort »), une histoire douloureuse qui aura affecté tous ses protagonistes mais qui n’aura heureusement pas abattu l’auteur de « Dans ces bras là ». Loin d’écrire un règlement de compte, elle ne fait de l’affaire qu’un point de départ pour nous raconter une toute autre histoire, d’amour, encore une fois.

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Le loup des steppes d’Herman Hesse : « La folie, au sens élevé du terme, est le fondement de toute sagesse »

Publié en 1927, Le loup des steppes est considéré comme le chef d’œuvre d’Herman Hesse, écrivain allemand, Nobel de littérature en 1946, inspiré par la religion hindouiste, la psychanalyse de Jung ou encore le romantisme classique d’un Goethe.
Ce roman, censuré pendant le régime nazi (pour ses thèses anti-militaristes), puis devenu roman culte des années 60 et 70 (notamment récupéré par le mouvement hippie et beat generation bien que Kerouac ne l’aimât pas), adoubée comme « œuvre phare de la littérature du XXe siècle », marque de son influence de nombreux auteurs contemporains (voir par ex, l’interview de Florian Zeller qui l’évoquait pour l’écriture de Julien Parme). Thomas Mann a déclaré à sa sortie : « Ce livre m’a réappris à lire ».
Plus particulièrement lu par la jeunesse (bien que mettant en scène un homme mûr), il mêle différents registres allant du « roman de crise existentielle », quête initiatique à l’expérience spirituelle. Mais aussi réflexions psychanalytique, artistique, critique socio-politique et conte philosophique… A noter qu’une nouvelle traduction en 2004 a redonné une nouvelle jeunesse au texte* :

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Ecrire selon Colette

« Ecrire ! Pouvoir écrire ! Cela signifie la longue rêverie devant la feuille blanche, le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tournent en rond autour d’une tâche d’encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l’orne d’antennes, de pattes, jusqu’à ce qu’il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé en papillon-fée…

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« L’insoutenable légèreté de l’être » de Milan Kundera : « Que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? » (1/2)

« L’insoutenable légèreté de l’être » (titre sublime s’il en est) est le plus célèbre roman de l’écrivain tchèque (émigré en France depuis les années 70) Milan Kundera, publié en 1984 (date qui fait étrangement écho au roman du même nom et qui présente le point commun de dénoncer le totalitarisme) et adapté au cinéma par Philip Kaufman en 1988). Entre le roman et l’essai, la fable et l’allégorie, ce livre inclassable, aux multiples niveaux de lecture, vient nous rappeler, sainement, qu’il n’y a définitivement pas de règle en littérature.
La structure particulièrement originale de cette histoire d’amour multidimensionnelle aux accents politique, philosophique voire métaphysique peuvent parfois dérouter voire rebuter certains lecteurs tandis que d’autres s’extasient au contraire sur sa richesse et la finesse de ses analyses. Retour sur ce livre culte, influence certaine de la nouvelle génération littéraire :

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« La vie sexuelle de Catherine M » de Catherine Millet, Histoire de C

En 2004, 3 ans après sa parution en France un petit livre devance de 3 longueurs des poids lourds tels que Mary Higgins Clark ou Patricia Highsmith au box-office anglo-saxon. Son nom ? « The sexual life of Catherine M. » En français « La vie sexuelle de Catherine M », le récit explicite de l’éducation sexuelle et des nombreuses aventures (en particulier « sexualité de groupe ») de la très respectable et intellectuelle directrice du magazine Art Press (une référence dans le milieu de l’art moderne), ouvrage souvent comparé à « My Secret Life » d’Henry Miller (anonyme initialement). Lauréat du prix Sade 2001 et traduit dans 36 pays. 300 000 exemplaires vendus en Allemagne en quelques mois, 100 000 en Hollande, 260 000 en Angleterre, en Australie et surtout aux Etats-Unis (voir les différentes « reviews » anglo-saxonnes), fait rarissime pour un livre français. Pas mal pour un livre qui n’avait été tiré qu’à 2000 exemplaires… avant de se vendre à 1 million dans son propre pays ! Près de 2, 5 millions d’exemplaires auraient été aujourd’hui vendus tout pays confondu. Porté par un énorme buzz lié à son aura sulfureuse d’une part, et l’identité de son auteur d’autre part, ce livre a comme d’habitude été victime de bon nombre de préjugés et raccourcis réducteurs. 7 ans plus tard, loin du scandale médiatique, redonnons sa juste valeur à ce précis d’exploration intime, véritable ovni érotico-littéraire :

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« L’Assommoir » d’Emile Zola : « Le premier roman sur le peuple qui ait l’odeur du peuple »

De Céline à Virginie Despentes en passant par Faiza Guène, l’usage du langage « populaire », « de la rue », aura toujours suscité la polémique en littérature. Déjà en 1877, l’Assommoir, septième tome de la fameuse saga des Rougon Macquart (l’ « Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire »), suite immédiate du roman « La fortune des Rougon », ouvrait le bal. Censurée (alors qu’il était publié en feuilleton dans le journal « Le bien public ») puis attaquée pour la « crudité » de sa langue et la « bestialité des personnages », jugées immoraux et de mauvais goût, cette ouvre emblématique du chef de file du naturalisme, l’Assommoir est aussi son premier succès. Et depuis, resté comme l’un des meilleurs des 20 tomes de sa série. Avec ce roman, Zola fait « entrer l’ouvrier dans la littérature ».

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