"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

« Ubik » de Philip K. Dick : « Le monde entier est-il contenu en moi ? Est-il englobé par mon corps ? »

Alors que Michel Gondry souhaitait l’adapter au ciné (mais a récemment déclaré « qu’il n’y avait pas les ressorts dramatiques pour un bon film« , le roman culte de la science fiction n’en finit pas de passionner et de soulever des débats*. Ecrit en 1966, classé en 2005 parmi les 100 meilleurs romans écrits en anglais depuis 1923 par le magazine Time, le critique Lev Grossman l’a qualifié d’« histoire d’horreur existentielle profondément troublante, un cauchemar dont vous ne serez jamais sûr de vous être réveillé. ». Si le livre a pu accéder au « sésame » de la littérature générale, c’est que derrière le « décorum futuriste », Dick s’attache à décrire (et dénoncer) les dérives de notre société contemporaine mais touche aussi à l’existentiel voire au métaphysique. Bien avant « 99 francs » et « Mad men », il s’attaque plus particulièrement à la publicité et concentre les obsessions de l’auteur : manipulation de la pensée, déformation du réel, schizophrénie, mort…, sans jamais se départir de son humour décalé. Mais une question demeure : qu’est-ce qu’Ubik ?…
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« De l’inconvénient d’être né » de Cioran : « Rien n’est tragique, tout est irréel »

Alors que l’on se disputait ses archives retrouvées inopinément dans sa cave par une brocanteuse !, Cioran (décédé en 1995), fait partie de ces auteurs dits inclassables. Michel Houellebecq dont on le rapproche lui reprochait néanmoins : « Il n’est pas illégitime (…) de souligner ma filiation avec Schopenhauer. Je ne suis pas le seul, j’ai, dans cette lignée, de prestigieux aînés, Maupassant, Conrad, Thomas Mann, par exemple. Et Cioran, auquel je reproche pourtant de n’avoir jamais cité Schopenhauer. » Ce « professeur de désespoir » selon l’expression de Nancy Huston*, préférait le terme penseur à celui d’écrivain ou de philosophe ou mieux, de « philosophe hurleur » ! D’origine roumaine, il s’est mis à écrire directement en français (avec une maestria lyrique) à partir de 1949, avec son livre « Précis de décomposition ». Longtemps cantonné à une audience confidentielle, vivant en marge de toute mondanité dans sa mansarde du Quartier Latin, ce n’est que dans les années 70, avec le développement du livre de poche, que ses bréviaires de désespoir se vendent comme autant d’évangiles, le transformant en légende vivante. Même s’il est aussi accusé de reprendre, sans originalité, les moralistes français du XVIIe ou encore les idées nietzschéennes et bergsoniennes… « De l’inconvénient d’être né », son plus célèbre (e 14e livre), publié en 1973, se présente comme un essai existentiel sous forme de fragments de pensées incisives : «L’avantage de l’aphorisme, c’est qu’on n’a pas besoin de donner des preuves. On lance un aphorisme, comme on lance une gifle.» disait l’auteur…
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« Bel-ami » de Maupassant : « Il avait cueilli sans peine son âme légère de poupée. »

La publication de « Bel ami » en 1885 fit grand bruit, confirmant les précédents succès de l’auteur avec ses nouvelles (dont Boule de Suif) et son roman « Une vie ». Sa satire des milieux du journalisme, de la politique et de la finance mais aussi l’immoralité voire la perversité de son héros ont saisi l’opinion. Alors écrivain reconnu mais aussi grand chroniqueur, Maupassant dira en riant : « Bel-Ami, c’est moi ». Alors que son personnage continue de fasciner et a même fait l’objet d’une nouvelle adaptation ciné en juin 2012 (avec Robert Pattinson), retour sur cette figure essentielle de la littérature, souvent uniquement réduite à un simple arriviste… : bel-ami-maupassant-la-vie-francaise-journal.jpg
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Génération X de Douglas Coupland : le manifeste idéaliste anti-yuppie

Génération X fait partie de ces petites bibles, de ces guides de survie qui vous donnent soudain l’impression d’y voir clair. Ces livres qui renversent les perspectives et soulèvent le voile poussièreux du prêt-à-penser. Publié en 1989 par Douglas Coupland alors jeune auteur canadien pour la presse, le roman, initialement un feuilleton dans le Vancouver Magazine strictement alimentaire, n’a rien perdu de son actualité. La génération Y ou Z s’y retrouvera. Et c’est même un pur bonheur de le relire régulièrement et de s’émerveiller de l’avant-gardisme de l’auteur, de sa lucidité et de son humour à la fois cynique et tendre.
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« Voyage au bout de la nuit » de Louis Ferdinand Céline : « Il n’y avait que de l’angoisse étincelante »

« Voyage au bout de la nuit » c’est un voyage au cœur de l’Homme, de l’humanité, dans toute son absurdité et son horreur, quand elle se met en guerre ou quand la haine de l’Autre prend le dessus. Un voyage où planent la mort et la folie, prêtes à surgir et vous assaillir à tout instant.
Ce premier roman paru en 1932, dans l’entre deux guerres, a marqué l’histoire de la littérature. Et suscité scandale et polémiques par l’emploi d’une langue orale (qu’il a été l’un des premiers à introduire dans les « belles lettres » au grand dam du milieu littéraire bourgeois) et la dénonciation d’une société abrutissant et humiliant l’homme. Louis Ferdinand Céline (de son vrai nom Destouches) se révèle ici un formidable portraitiste des caractères, des relations humaines, des hiérarchies stupides militaires, des valeurs faussées, de la lâcheté, de l’orgueil mal placé, des croyances, des doctrines ou du « bourrage de crâne » pour mieux asservir les âmes et les corps que l’on envoie à l’abattoir afin de « verser son sang pour la patrie ». Dans ce chef d’œuvre, il autopsie les mécanismes qui conduisent les hommes à se monter les uns contre les autres, à s’attaquer et se détruire au nom de pseudo causes dites « héroïques », au nom d’une morale factice ou encore par égoïsme ou désœuvrement… Une œuvre majeure sur « la déroute de vivre » qui a influencé tout le genre romanesque des anti-héros à tendance nihiliste qui a suivi et trouve un écho dans la jeune littérature actuelle qu’elle soit française ou anglo-saxonne.
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Les vitamines du bonheur de Raymond Carver, La vie est un long malheur tranquille

D’Arnaud Cathrine à Olivier Adam, Marie Desplechin, Régis Jauffret, Tanguy Viel, Christian Oster ou encore Philippe Djian… pour les écrivains de chez nous jusqu’à Haruki Murakami, Martin Amis, Jay McInerney ou Salman Rushdie à l’international… : ils sont nombreux à s’en déclarer adeptes et à se réclamer de son héritage et de son influence littéraire. Raymond Carver, l’écrivain des rivières et des forêts de l’état de Washington, le « Tchekhov américain » comme l’avaient surnommé les critiques littéraires en raison de la même proximité au peuple qu’ils partageaient. Mort en 1988 à l’âge de 50 ans d’un cancer au poumon, il reste en effet une référence absolue pour de nombreux jeunes auteurs et écrivains contemporains majeurs. Et pour cause, l’écrivain du Montana, fondateur des ateliers d’écriture de l’Université de Missoula (avec Brautigan), avait le génie de la nouvelle limpide aux atmosphères et dialogues ciselés, allant jusqu’à ré-écrire 20 fois le même paragraphe pour l’épurer de la moindre trace de pathos ou de sensiblerie. Robert Altman ne s’y est pas trompé quand il adapta, avec succès, en 1994 ses nouvelles dans son film « Short cuts ».
Il nous parle de sa vie, de son monde celui d’un fils d’ouvrier de scierie, obligé de sauter de petit boulot en petit boulot dès la fin de ses études secondaires, alcoolique, fumeur, populaire… Dans « Les vitamines du bonheur », l’un de ses plus célèbres recueils, il nous introduit, sans préliminaires, dans les existences étriquées des américains middle class du début des années 80 où le rêve américain reste un mirage aux vapeurs éthyliques tandis que s’amorce le naufrage spirituel de l’Amérique…
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« Martin Eden » de Jack London, « La vie volait haut. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. »

C’est en 1909, 7 ans avant qu’il ne meure d’empoisonnement, que Jack London, prolifique écrivain américain, un des précurseurs du « nature writing », écrit ce qui est souvent considéré comme son autobiographie romancée (autofiction dirait-on aujourd’hui !) et chef d’oeuvre : « Martin Eden ». L’auteur est alors un écrivain reconnu, notamment pour ses récits d’aventures et de nature sauvage (avec en tête « L’appel de la forêt » et « Croc blanc »), plus particulièrement prisés par la jeunesse. La critique sociale qui souffle sur toute l’œuvre de cet autodidacte ayant longtemps connu la misère, le vagabondage et les petits boulots à la dure, s’affirme aussi dans ce livre. En racontant l’itinéraire d’un apprenti-écrivain, contre qui tout s’acharne, ce roman de formation brasse de nombreux thèmes sur l’art, la culture, l’instruction, l’amour (entravé par), les classes sociales, les apparences, mais également existentiels avec une certaine portée philosophique. Il revendiquera d’ailleurs avoir écrit cette histoire en protestation contre la philosophie de Nietzsche même si le public aura davantage retenu la dimension autobiographique tandis que les auteurs en herbe y voient une dénonciation du milieu littéraire… L’écrivain Martin Page le citait dans sa bibliothèque idéale comme « le parcours d’un homme, sa lutte contre la fatalité sociale mais aussi un portrait d’artiste » :
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« Frankenstein de Mary Shelley : « (…) Si je ne peux pas inspirer l’amour, j’inspirerai la peur. »

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Roman gothique (et romantique) emblématique, « Frankenstein » est devenu au fil des décennies une icône de la pop culture, désormais plus connue comme personnage hollywoodien de film d’horreur (ou de série B!), rejoignant la grande galerie des monstres et de « bêtes de foire » qui hantent l’imaginaire populaire et les fictions modernes.
Ce début d’année 2014 nous a d’ailleurs resservi une énième resucée du roman sur fond de dystopie futuriste (le thriller « I, FRANKENSTEIN », basé sur le roman graphique éponyme et éreinté par la critique). Le réalisateur Guillermo del Toro a aussi en projet une adaptation qui se veut plus fidèle à l’original sous la forme d’une « fidèle tragédie à la John Milton. ». L’œuvre a aussi introduit la désormais célèbre figure du « savant fou » dépassé par sa terrible invention incontrôlable.
Toutefois, au delà de sa puissante imagerie cinématographique et culturelle, le texte original et ses dimensions psycho-philosophiques tendent à être oubliées, au profit de représentations plus sensationnelles ou caricaturales. En savoir plus »

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh

Prix du public au festival d’Angoulême en 2011, cette bande dessinée (ou roman graphique?), imaginée à l’âge de 19 ans, a gagné une incroyable notoriété en 2013 alors que son adaptation ciné (« La vie d’Adèle » réalisé par Abdellatif Kechiche) remportait la palme d’or au Festival de Cannes. Un succès auréolé de diverses controverses. Outre certaines scènes sulfureuses ou les « galères de tournage », l’auteur, Julie Maroh, s’était aussi manifestée sur son blog pour analyser le film qu’elle juge bien différent de son œuvre, sans pour autant dévaluer la vision du réalisateur. « C’est une autre version / vision / réalité d’une même histoire », écrivait-elle en juin dernier. Sur la polémique des scènes de sexe, son discours juge non pas le traitement esthétique mais plutôt la vision/le message que celui-ci véhicule sur l’homosexualité féminine.
Elle déplorait ainsi « un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui [l]’a mise très mal à l’aise. » En savoir plus »

« Autant en emporte le vent » vu du côté afro américain

litterature-escalvagisme-afro-americain-prequel-Autant-en-emporte-le-ventLe film « Twelve Years a Slave » de Steve McQueen sorti cette année a fait l’effet d’une bombe en montrant dans leur réalité brute la condition des esclaves afro-américains et la violence sans limites qui était leur lot quotidien. Un film important et indispensable, contrairement à ce que pourrait laisser penser un Bret Easton Ellis (cf: sa pique sous-entendue et très déplacée même si bien sûr il s’agit certainement de jouer la provoc’, ici stérile néanmoins, sur les « victim movies ») qui en appellera d’autres, souhaitons-le.
Dans un autre registre, le célébrissime « Autant en emporte le vent » (tout du moins le film adapté du livre de Margaret Mitchell) nous montrait au contraire une version presque souriante de l’esclavage du Sud américain.
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