"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

« Dora Bruder » de Patrick Modiano: « On vous convoque. On vous interne. Vous aimeriez bien comprendre pourquoi. »

Prix Goncourt en 1978 pour « Rue des Boutiques Obscures » et surtout Prix Nobel de littérature « choc » de l’année 2014, suscitant la stupeur outre-Atlantique alors que la plupart des critiques américains et du monde entier n’avaient jamais vraiment entendu parler de cette figure mythique et adulée de la littérature française, dont les premiers ont d’ailleurs bien du mal à saisir la subtilité et le charme discret…
Il a été loué, entre autres, par l’Académie suédoise pour son «art de la mémoire avec lequel il a évoqué les destinées humaines les plus insaisissables et dévoilé le monde de l’Occupation», et son « univers fantastique » aux « livres se répondant les uns aux autres ». Même si comme l’a rappelé Pierre Assouline, l’auteur ne saurait se réduire à son travail sur la Shoah, et de définir ses thèmes les plus chers comme « l’ambiguïté des situations, la confusion des sentiments, le flou des atmosphères, tout ce qui fait notre indécision en temps de paix comme en temps de guerre. » Il n’en reste pas moins que ces livres les plus emblématiques restent liés à cette période qui n’a jamais cessé de le hanter. « Dora Bruder » paru en 1997 et déjà son 20e roman ! alors qu’il était âgé de 52 ans en fait partie.

Inauguration de la promenade "Dora Bruder'" avec Patrick Modiano, le 01/06/15 à Paris XVIIIe.
Inauguration de la promenade « Dora Bruder' » avec Patrick Modiano, le 01/06/15 à Paris XVIIIe.

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« La violence cultuelle est une violence sourde, probablement pire que toutes les autres » (Lucas Belvaux, réalisateur de l’adaptation de « Pas son genre »)

lucas belvaux interview fracture culturelle film pas son genreSuite à la chronique sur le roman « Pas son genre » de Philippe Vilain, adapté au cinéma en 2013 par le réalisateur belge Lucas Belvaux, voici quelques extraits choisis des interviews de ce dernier, à la fois sur le livre, les personnages et sur le thème des clivages culturels. Il livre notamment une analyse très intéressante (que n’aurait pas renié une Annie Ernaux !) sur l’évolution du rapport à la « culture » comme marqueur social entre les classes:

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« Notes d’un souterrain » (Carnets du sous-sol) de F.Dostoïevski: « C’est que je ne peux pas vivre sans exercer ma puissance et ma tyrannie sur quelqu’un. »

Carnets du sous sol - notes souterrain - Dostoievski analyse et critique et extraits« Les carnets du sous-sol » ou « Notes du souterrain » est devenu un livre un peu à part dans la bibliographie du maître russe d’abord par sa taille (court, il est parfois considéré comme une longue nouvelle) et par sa fonction de « laboratoire » condensant tous les grands thèmes de ses grandes œuvres (« Crime et châtiment », « L’Idiot » et « les frères Karamazov »).

Il n’est reste pas moins un livre culte pour les adeptes de l’auteur et son narrateur, aussi désespéré que fielleux une sorte d’icône des « asociaux frustrés et vengeurs », ce que Nietzshe, qui disait qu’il « était le seul qu’il lui ait appris quelque chose en psychologie », baptisa en 1887 « l’homme de ressentiment » dans sa « Généalogie de la morale ». Pour Alain Finkieraut, se remémorant sa lecture : « Ce fut une sorte de déflagration. Soudain se dévoilait à moi l’enfer de la méchanceté. Dostoïevski raconte l’histoire d’un homme qui a l’occasion d’échapper à sa propre méchanceté et qui est incapable de la saisir. »

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« La place » d’Annie Ernaux : « Un jour, avec un regard fier: « Je ne t’ai jamais fait honte. »

L’écriture de « La place », 5e livre d’Annie Ernaux, prix Renaudot 1984, marque un tournant dans l’œuvre de l’auteur, tout en lui apportant une notoriété accrue. En effet, en entreprenant le portrait sensible de son père mort en 1967, l’année où elle réussissait le concours de l’agrégation de professeur de lettres, elle a aussi décidé de basculer plus franchement dans une « écriture de vérité » avec l’usage du « je », de sorte à ne pas travestir sa mémoire, déjà « pervertie » par la reconstitution littéraire.
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Une rupture avec ses précédentes œuvres (comme « Les Armoires vides ») dont « l’écriture de dérision » se « plaçait du côté des dominants et creusait la distance avec ses ascendants. » De ce parti pris radical naîtra ainsi un style unique et puissant devenu sa marque de fabrique -ce qu’elle nomme « l’écriture plate », « sans affects exprimés, sans aucune complicité avec le lecteur »-, qui lui a permis de « rendre compte d’une vie soumise à la nécessité ».
Si l’exercice de l’hommage à la figure paternelle (ou maternelle) est devenu un classique de la littérature, il était clair dés le départ pour elle qu’il ne serait en rien un « La Gloire de mon père ». Mais pas non plus un règlement de compte.

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« 37°2 le matin » de Philippe Djian : L’amour peut-il sauver de la folie ? ou Itinéraire des amants maudits…

37° 2 le matin paru en 1985 est LE (et troisième) roman de Philippe Djian, celui qui l’a révélé au grand public et l’a transformé en auteur à succès tout en acquérant le titre de «roman culte », écoulé à plus d’un million d’exemplaires (hors traductions). Tout le talent de cet écrivain emblématique des « années 80 rugissantes » se déploie ici avec maîtrise et trouve dés lors une puissance émotionnelle encore jamais atteinte. On retrouve ses thèmes de prédilection : les anti-héros purs et ombrageux en marge de la société, les fêlures qu’ils portent en eux, leur goût de l’absolu, la quête d’un bonheur qui toujours s’échappe, la fuite sur la route et bien sûr… les femmes, ses muses premières et éternelles. Dans ce roman pourtant il s’agit surtout d’une femme : la volcanique et attachante Betty Blue. Contrairement à ses romans précédents, elle n’est pas une simple figurante qui fait « bander » le héros, mais occupe au contraire le devant de la scène. C’est son histoire d’amour extrême et sa destinée tragique qui nous est racontée à travers les yeux de son compagnon. Une histoire d’amants maudits, de « Star-crossed lovers » unis dans une fusion destructrice : un chef d’œuvre et des personnages sur la brèche dignes d’un Tennessee Williams.

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Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, Un monde sous conditionnement pour une civilisation « zéro défaut »

le meilleur des mondes aldous huxley critique et extraitsEcrit en 4 mois en 1931, Le meilleur des mondes (Brave New World en version originale) est tout simplement impressionnant de perspicacité et de justesse quant à la vision qu’il donne d’une société future possible. Dans ce livre culte, l’écrivain britannique Aldous Huxley dépeint une société eugéniste où la natalité serait entièrement sous le contrôle des scientifiques. Où la société serait le résultat d’une production bien huilée, dont chaque constituant serait rigoureusement conforme à un cahier des charges initial. Un monde dans lequel le hasard -la chance comme le mauvais sort- n’existeraient plus. Un monde où la destinée de chacun est tracée d’avance. Un monde où l’on est conditionné pour suivre cette destinée, et s’en satisfaire sans se poser davantage de questions.

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« 1984 » de George Orwell : Le plus important est-il ce que l’on croit ou ce qui est vrai ?

Big Brother is watching you. L’œuvre de George Orwell (Eric Arthur Blair de son vrai nom) est indissociable de son époque. De son propre aveu, il s’imagine avoir pu devenir « un curé de campagne heureux » s’il n’était né dans la première moitié du XXe siècle.
De ces terrifiants épisodes de l’histoire de l’humanité –dictatures, stanilisme, nazisme, grands procès, génocide, épurations -, Orwell tirera deux œuvres majeures : La ferme des animaux et 1984 (écrit en 1948, en ermite sur l’île de Jura alors qu’il est rongé par la tuberculose). Maintes fois analysées, décortiquées et interprétées, il s’avère toutefois toujours aussi novateur et riche. Tentons de l’analyser à la lueur de notre contexte actuel…

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La sorcière de Charles Bukowski (extrait « Les Fiancées du diable » de Camille Laurens »)

Dans son ouvrage « les Fiancées du diable » qui explore les représentations féminines « terrifiantes » à travers les mythes, les religions et les oeuvres d’art (peintures notamment), au chapitre « Sorcières et ensorceleuses », Camille Laurens livre son analyse d’un épisode de Contes de la Folie ordinaire de Charles Bukowski qui fait écho à ce thème et à celui de la femme fatale qui a toujours hanté l’imaginaire des écrivains:

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Rencontre avec Bernard Mourad, auteur de « Les actifs corporels » (2006)

bernard mouard5 Alors que Bernard Mourad a été nommé président du pôle des magazines français de Roularta (L’Express, L’Expansion, Mieux vivre votre argent…) en février 2015, retour 9 ans en arrière (eh oui déjà !) alors qu’il faisait ses débuts de romancier prometteur tout en menant en parallèle sa carrière brillante de banquier chez Morgan Stanley. Il accordait une interview à Buzz littéraire en mars 2006:
Pardessus bleu marine, costume raffiné et parapluie golf blanc, Bernard Mourad auteur de « Les actifs corporels » est fidèle à l’image (de banquier d’affaire) que l’on pourrait avoir de lui : une jeune homme chic et bien élevé (qui vous accueille avec un grand sourire même si cela fait dix minutes qu’il vous attend sous la pluie…).
A cette image lisse et sobre se superposent quelques scènes de son premier roman sombre et cynique (voir notre chonique) qui suscite l’engouement depuis sa sortie le 1er janvier 2006 aux éditions JC Lattès. Avec gentillesse et simplicité, il a accepté de répondre à toutes nos questions et satisfaire ainsi notre curiosité sur ce nouveau venu dans le paysage littéraire, bien parti pour compter ces prochaines années…

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