« Martin Eden » de Jack London, « La vie volait haut. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. »

C’est en 1909, 7 ans avant qu’il ne meure d’empoisonnement, que Jack London, prolifique écrivain américain, un des précurseurs du « nature writing », écrit ce qui est souvent considéré comme son autobiographie romancée (autofiction dirait-on aujourd’hui !) et chef d’oeuvre : « Martin Eden ». L’auteur est alors un écrivain reconnu, notamment pour ses récits d’aventures et de nature sauvage (avec en tête « L’appel de la forêt » et « Croc blanc »), plus particulièrement prisés par la jeunesse. La critique sociale qui souffle sur toute l’œuvre de cet autodidacte ayant longtemps connu la misère, le vagabondage et les petits boulots à la dure, s’affirme aussi dans ce livre. En racontant l’itinéraire d’un apprenti-écrivain, contre qui tout s’acharne, ce roman de formation brasse de nombreux thèmes sur l’art, la culture, l’instruction, l’amour (entravé par), les classes sociales, les apparences, mais également existentiels avec une certaine portée philosophique. Il revendiquera d’ailleurs avoir écrit cette histoire en protestation contre la philosophie de Nietzsche même si le public aura davantage retenu la dimension autobiographique tandis que les auteurs en herbe y voient une dénonciation du milieu littéraire… L’écrivain Martin Page le citait dans sa bibliothèque idéale comme « le parcours d’un homme, sa lutte contre la fatalité sociale mais aussi un portrait d’artiste » :
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« Frankenstein de Mary Shelley : « (…) Si je ne peux pas inspirer l’amour, j’inspirerai la peur. »

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Roman gothique (et romantique) emblématique, « Frankenstein » est devenu au fil des décennies une icône de la pop culture, désormais plus connue comme personnage hollywoodien de film d’horreur (ou de série B!), rejoignant la grande galerie des monstres et de « bêtes de foire » qui hantent l’imaginaire populaire et les fictions modernes.
Ce début d’année 2014 nous a d’ailleurs resservi une énième resucée du roman sur fond de dystopie futuriste (le thriller « I, FRANKENSTEIN », basé sur le roman graphique éponyme et éreinté par la critique). Le réalisateur Guillermo del Toro a aussi en projet une adaptation qui se veut plus fidèle à l’original sous la forme d’une « fidèle tragédie à la John Milton. ». L’œuvre a aussi introduit la désormais célèbre figure du « savant fou » dépassé par sa terrible invention incontrôlable.
Toutefois, au delà de sa puissante imagerie cinématographique et culturelle, le texte original et ses dimensions psycho-philosophiques tendent à être oubliées, au profit de représentations plus sensationnelles ou caricaturales. Lire la suite

« Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh

Prix du public au festival d’Angoulême en 2011, cette bande dessinée (ou roman graphique?), imaginée à l’âge de 19 ans, a gagné une incroyable notoriété en 2013 alors que son adaptation ciné (« La vie d’Adèle » réalisé par Abdellatif Kechiche) remportait la palme d’or au Festival de Cannes. Un succès auréolé de diverses controverses. Outre certaines scènes sulfureuses ou les « galères de tournage », l’auteur, Julie Maroh, s’était aussi manifestée sur son blog pour analyser le film qu’elle juge bien différent de son œuvre, sans pour autant dévaluer la vision du réalisateur. « C’est une autre version / vision / réalité d’une même histoire », écrivait-elle en juin dernier. Sur la polémique des scènes de sexe, son discours juge non pas le traitement esthétique mais plutôt la vision/le message que celui-ci véhicule sur l’homosexualité féminine.
Elle déplorait ainsi « un étalage brutal et chirurgical, démonstratif et froid de sexe dit lesbien, qui tourne au porn, et qui [l]’a mise très mal à l’aise. » Lire la suite

« Autant en emporte le vent » vu du côté afro américain

litterature-escalvagisme-afro-americain-prequel-Autant-en-emporte-le-ventLe film « Twelve Years a Slave » de Steve McQueen sorti cette année a fait l’effet d’une bombe en montrant dans leur réalité brute la condition des esclaves afro-américains et la violence sans limites qui était leur lot quotidien. Un film important et indispensable, contrairement à ce que pourrait laisser penser un Bret Easton Ellis (cf: sa pique sous-entendue et très déplacée même si bien sûr il s’agit certainement de jouer la provoc’, ici stérile néanmoins, sur les « victim movies ») qui en appellera d’autres, souhaitons-le.
Dans un autre registre, le célébrissime « Autant en emporte le vent » (tout du moins le film adapté du livre de Margaret Mitchell) nous montrait au contraire une version presque souriante de l’esclavage du Sud américain.
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La traduction anglaise de l’Etranger d’Albert Camus continue de faire débat…

Alors que « L’étranger » d’Albert Camus, particulièrement vénéré outre Atlantique et Manche, fait l’objet d’une nouvelle version aux éditions « Penguin Classics, à l’occasion des 100 ans de la naissance de l’auteur, sa traductrice anglaise Sandra Smith également enseignante-chercheuse à l’Université de Cambridge, explique sa passion pour l’auteur de « The Outsider » (en version anglo-saxonne) et sa vision de ce chef d’oeuvre intemporel : Lire la suite

« The Hunger Games » par Suzanne Collins : Au commencement était la faim…

Alors que sort sur grand écran, l’adaptation du 2e tome de la saga « Hunger Games » (« Catching Fire » > « L’embrasement » en VF), revenons sur ce roman culte :
Dénoncer les dérives (et dangers) de la téléréalité, le sujet aurait pu sembler rebattu tant il y avait déjà eu de dystopies ou d’articles sur le sujet, que l’on pensait épuisé ou tout du moins loin de pouvoir remuer encore les foules… Côté francophone, le « Acide Sulfurique » d’Amélie Nothomb (2005) n’aura par exemple pas laissé grande trace… (voir articles : « La télévision, filon et bouc émissaire des jeunes auteurs« , « La télé(réalité) ne cesse d’inspirer les auteurs« ) ou encore le roman « Libre échange » de Bernard Mourad.
Chronique livre "The Hunger Games" de Suzanne Collins
Et pourtant en 2008 (2009 pour la VF), le 1e tome de la trilogie The Hunger Games déboulait dans les librairies U.S, salué par Stephen King, et provoquait le raz-de-marée que l’on sait (plus de 30 millions d’exemplaires vendus au total et adapté au cinéma en 2012, le 2e volet sort en nov. 2013).
Devenue reine de la « young adult literature », entre J.K Rowling (Harry Potter) et Stephenie Meyer (Twilight), Suzanne Collins n’en était pas à son premier coup d’essai. Lire la suite

Yasmina Khadra explique pourquoi il préfère écrire en français

« L’écrivain algérien de langue française » Yasmina Khadra s’est installé, depuis 30 ans, durablement et confortablement dans les librairies francophones avec ses romans épiques autour des thèmes de la guerre et du terrorisme. A l’occasion de la sortie de son nouveau roman, « Les anges meurent de nos blessures » qui raconte le destin tragique d’un boxeur dans l’Algérie des années 30, et alors qu’il vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle algérienne, il revient sur son choix de la langue française comme langue d’écriture, bien qu’elle ne soit pas sa langue maternelle : Lire la suite

« Thérèse et Isabelle » de Violette Leduc, Mémoires d’une jeune-fille brûlante (+ extraits)


Critique livre Violette Leduc à l'occasion de la sortie du bipic au cinéma : "Thérèse et Isabelle"
Après la peintre Séraphine, Martin Provost a eu la bonne idée, assez inattendue, de mettre à l’honneur d’un biopic, en cette fin 2013, l’écrivain encore trop méconnue Violette Leduc. Pour ce choix, il commente : « J’étais bouleversé par ce qu’il y a de secret en elle, de fragile et de blessé, tandis que le personnage public, surtout célèbre après les années soixante, personnage qui se voulait sulfureux et extravagant, me touchait moins. Il n’était qu’une façade. Je voulais approcher la vraie Violette. Celle qui cherche l’amour et s’enferme dans une grande solitude pour écrire. »
Protégée (et amoureuse sans réciproque) de Simone de Beauvoir et proche de Jouhandeau et de Genet, Violette Leduc est une écrivain, à la réputation d’ « écrivain pour écrivains » ou encore de « femme libre et d’amante scandaleuse », une sorte d’icône culte et underground des années 60, dont on ne parle aujourd’hui pas (plus) assez. Auteur d’une œuvre sensible aux accents autobiographiques (dont « La bâtarde » publié en 1964, le récit de son parcours de fille illégitime puis de ses amours bisexuels, reste le plus connu), elle écrit le plaisir charnel, comme Pauline Réage, dans une langue raffinée et poétique, d’une précision et d’une finesse très inventives. Elle ose aborder sans détour les amours homosexuelles, en s’inspirant de ses expériences de jeunesse (elle a vécu avec une enseignante avant de se marier, par amour, avec un homme). « Thérèse et Isabelle » constituait en 1954 le début de « Ravages », roman qui fut refusé par Gallimard, l’année où Histoire d’O, après un semblable refus d’autocensure, trouva refuge chez Pauvert. Ce superbe prélude supprimé parut chez Gallimard, expurgé et isolé en un précieux petit volume, en 1966, lorsque l’auteur eut acquis quelque notoriété. Mais l’auteur n’eut jamais la satisfaction de le voir en édition intégrale tel qu’il avait été conçu en trois années de travail. Ce sera seulement en 2000 que les Editions Gallimard l’ont publié, postfacé par Carlo Jansiti. A noter que l’ouvrage a été adapté au cinéma en 1967.
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« Moi Christiane F., 13 ans droguée, prostituée » : Requiem for a dream…


Alors que paraît en ce mois d’octobre 2013 la « suite », 30 ans plus tard de la vie cabossée de son anti-héroîne (qui y relate notamment sa «deuxième vie», la gestion de sa célébrité post publication et film, son voyage de promo à New York et autres interactions avec le show-biz jusqu’à sa malheureuse rechute avec l’héroïne et la naissance de son fils, «le cadeau de sa vie») revenons aux sources toujours intactes du livre culte des eighties. « Moi Christiane F., 13 ans droguée, prostituée » est un roman d’adolescence qui continue de se lire, sans discontinuer, avec la même ferveur de génération en génération. Entre le document et le récit autobiographique, il est l’œuvre de deux journalistes allemands, Kai Hermann et Horst Rieck, sur la base d’une interview de plus de deux mois de la jeune Christiane, alors âgée de 15 ans, rencontrée dans un tribunal de Berlin en 1978. Lire la suite

Manuscrit rejeté : Faut-il persévérer ? Les conseils de Capucine Roche, lectrice d’édition

Capucine Roche est lectrice d’édition professionnelle, journaliste et auteur du guide « Comment se faire éditer ? ». Exerçant en indépendante depuis 2010, elle s’est donnée pour mission d’aider les aspirants écrivains à comprendre les raisons du refus de leur manuscrit, en leur livrant un avis argumenté. Buzz littéraire l’accueille pour une série de chroniques sur le thème de l’édition et des manuscrits. Voici sa deuxième chronique ayant pour thème : Après un refus, est-il utile de retravailler (et comment) son manuscrit avant de le renvoyer à un éditeur ?, illustré d’exemples d’auteurs qu’elle a pu interviewer.
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