"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

« Les femmes qui lisent sont dangereuses » : panique masculine, invention de « l’hystérique » et du « bovarysme »

Dans son essai/livre d’art « Les femmes qui lisent sont dangereuses » (2006), Laure Adler a exploré, avec lyrisme, le rapport particulier que les femmes entretiennent et ont entretenu au livre, et plus particulièrement au roman, en dépit des alarmes masculines craignant de voir les épouses soumises échapper à leur emprise pour celles des pages manuscrites, agissant comme « sève nourriicière ». Elle retrace dans sa préface l’histoire de cette panique masculine et leurs tentatives d’endiguer le flot de lectrices pour les renvoyer à leurs fourneaux, et livre au passage une analyse intéressante d’Emma Bovary, en figure emblématique du phénomène:
"La liseuse" par Jean-Jacques Henner. La nudité de la lectrice évoque un coprs-à-corps avec le texte et renvoie à l'association de la lecture avec la sexualité qui était  donc réprouvée par les moralistes.

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Le problème avec la Bovary et ses descendantes… (de Flaubert à S. Divry, L.Slimani, Reinhardt…)

Le roman « Madame Bovary » de Flaubert compte parmi les livres qui me hérissent le plus. J’avais immédiatement ressenti un malaise à sa première lecture et un décalage entre la façon dont il est couramment présenté et son contenu véritable. En effet, le livre, qui trône chaque année en position frontale des programmes et des annales du bac français comme représentant ultime de la condition féminine, est devenu une affreuse imposture.
Etalage au rayon parascolaire/bac français du libraire Gibert jeunes où Madame Bovary règne...

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La misogynie de Flaubert (extraits de sa Correspondance)

gustave-flaubert-misogynieBien que souvent passée sous silence ou minimisée,la misogynie de Flaubert était pourtant une réalité bien concrète (et communément partagée par ses contemporains), qui permet, lorsqu’on s’y penche de plus près d’éclairer son œuvre, et en particulier ce qui est souvent considéré comme son chef-d’oeuvre, « Madame Bovary ». On en trouve ainsi d’innombrables exemples dans la Correspondance où il exprime avec véhémence son mépris voire une véritable haine pour ce qu’il considère comme « l’élément typiquement féminin », se livrant à diverses généralités de bas étage. Il serait donc bon que les professeurs rappellent cette dimension, certes peu reluisante de l’auteur, mais finalement assez essentielle à l’approche et l’analyse de ses romans.

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« Disgrâce » de J.M Coetzee : « Il ne reste qu’à serrer les dents et vivre ce qu’il reste à vivre »

« Disgrâce », 9e roman de l’écrivain sud-africain, J.M Coetze, prix Nobel en 2003, est aussi celui de la consécration, couronné du Booker prize en 1999 (pour la 2e fois après « Michael K, sa vie, son temps »). Il est adapté au cinéma en février 2010 avec John Malkovich dans le rôle titre. Souvent présenté (réduit ?) à une peinture économico-sociale de l’Afrique du Sud post-Apartheid (lui ayant même valu une accusation de racisme), Disgrâce comme son titre l’indique est avant tout le récit de la chute d’un homme. Un homme vieillissant qui s’enfonce peu à peu dans des ténèbres de plus en plus opaques.

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« Bartleby » d’Herman Melville, De l’art de ne pas (préférer) travailler…

« Je ne veux pas travailler » chantait Edith Piaf, Bartleby de Melville, lui, scribe de profession (« gratte-papier » comme le surnomme le narrateur, son employeur), répète en boucle « J’aimerais mieux pas » ou « Je préférerais pas » (selon les traductions qui déclenchent les passions des puristes) quand son patron lui demande de bien vouloir effectuer telle ou telle tâche. D’un ton égal et parfaitement serein, comme si cela était le plus naturel et le plus normal du monde.

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« Le corps exquis » de Poppy Z Brite : Poétique des égorgeurs ou les dévorations amoureuses…

le corps exquis poppy z brite critique roman analyse et extraitLes éditions du Diable Vauvert on décidé de ré-éditer, le roman culte de l’ensorceleuse gothique (devenu transgenre depuis 2011, se faisant désormais appelé Billy Martin) de la Nouvelle-Orléans, Poppy Z. Brite. Dans ce troisième roman (Exquisite corpse en VO). Elle délaisse, dans ce troisième roman, les vampires pour les serial-killers qui sont selon elle, les vampires modernes de notre époque et signe du même coup son chef d’œuvre absolu à ce jour. Paru en 1996 (cinq ans après American psycho), et publié avec difficulté en France grâce au soutien notamment de Virginie Despentes ou de Marie Darrieussecq, il dresse un double portrait de serial-killers et une inédite et sanglante histoire d’amour entre eux. Réflexion sur l’amour, le désir, la mort, la douleur, la violence, la solitude ou encore la souffrance physique et psychique dans une société puritaine à la dérive, cet étourdissant roman, particulièrement haletant, pousse le lecteur dans ses derniers retranchements. Tout en l’éblouissant (d’effroi !). Ames sensibles s’abstenir !

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« La princesse de Clèves » de Madame de La Fayette : Un thriller des sentiments haletant !

Analyse critique extraits-la princesse de Cleves-Mme_de_La_FayetteLa pauvre princesse de Clèves est l’une des rares héroïnes (mal) mariées des classiques, qui confrontée à l’adultère, choisira de ne pas passer à l’acte. Aux remords, elle préfère les regrets… Loin d’une Emma Bovary ou d’une Anna Karénine, elle ne cessera de lutter contre le feu de la passion –interdite- qui l’anime pour l’irrésistible Duc de Nemours, tandis que les premières y succomberont ! « Un exemple de vertu inimitable » selon les derniers mots qui clôturent le roman…

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« Truismes » de Marie Darrieussecq, Les « cochonneries » de la parfumeuse (+ recueil de nouvelles « Zoo »)

Mariée à un astrophysicien, passionnée de sciences (« pures » et « fiction ») et amie fidèle de Virginie Despentes, la normalienne Marie Darrieussecq alors âgée de 27 ans, publie en 1996 un premier roman – Truismes- que s’arrache les éditeurs (acceptés par POL, Grasset, le Seuil, et la collection bleue de Jean-Marc Roberts, chez Fayard à l’époque) et qui deviendra immédiatement un best-seller mondial (un million d’exemplaires vendu dans le monde, traduit en trente langues pour trente-quatre pays, qui l’affranchissent à jamais des affres de l’écrivain) : « J’ai d’abord eu le choc d’être publiée. Je me souviendrai toujours de ce mois de mai 1995 où j’ai reçu le coup de téléphone de P.O.L. Puis le succès a été en quelque sorte la cerise sur le gâteau et j’ai vécu une année de folie. J’ai connu l’adoration et la haine (l’écrivain Marie Ndiaye l’a même accusée de plagiat : « Ce qui pour un écrivain équivaut à un meurtre. Cela m’a appris que le monde littéraire ressemblait à une jungle, je me suis beaucoup repliée sur moi-même »). Ecrire, c’est être seule. Je me protège beaucoup. Cela m’a débarrassée de la peur ou de l’envie du succès. », se remémore-t-elle. Ecrit en 6 semaines (!) parallèlement à sa thèse de Doctorat (« Moments critiques dans l’autobiographie contemporaine. Ironie tragique et autofiction chez George Perec, Michel Leiris, Serge Doubrovsky et Hervé Guibert »), Truismes est en fait son sixième roman.

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« Bonjour tristesse » de Françoise Sagan, influence de la littérature nouvelle génération ?

On ne cesse de pronostiquer des nouvelles « Françoise Sagan », tandis que Frédéric Beigbeder* chante ses louanges dés qu’il le peut et regrette qu’elle ne soit pas enseignée à l’école. Mais à quoi est réellement dû le succès de cet « adorable petit monstre » (expression de François Mauriac), de cette reine du « drame bourgeois » ? Pourquoi son premier roman « Bonjour tristesse » publié en 1954 à l’âge de 19 ans a-t-il été un best-seller et connu un retentissement international (les américains la surnommaient alors « Mademoiselle Tristesse») au point d’être adapté en 1958 par Otto Preminger himself (un film tombé dans l’oubli assez rapidement du reste). En relisant aujourd’hui ce petit livre, on peut tout de même se demander ce qu’avait « d’extraordinaire » cette prose sans prétention ou sinon « de plus ». La fascination pour son personnage de jeune fille puis de femme libérée et insolente, à la fois émouvante et mondaine, aimant faire la fête à Saint Tropez ou dans les caves de St Germain des près ou rouler à toute vitesse dans son Aston Martin, a beaucoup contribué à sa notoriété. Plus que son œuvre à proprement parler ? Sa vie particulièrement romanesque fera en tout cas l’objet (au printemps 2008 sur France 2) d’un téléfilm de Diane Kurys avec Sylvie Testud (incroyablement ressemblante) dans le rôle de l’écrivain qui sortira ensuite au cinéma sous le titre « Sagan ». Par ailleurs, deux nouvelles biographies/témoignages sur sa vie viennent aussi d’être publiés en cette rentrée 2008 (« Un amour de Sagan » d’Annick Geille et « Sagan à toute allure » de Marie-Dominique Lelièvre). L’occasion de revenir sur ce roman phare de sa jeunesse :

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