"J'ai choisi les mots comme seule arme, j'ai une confiance tout à fait illimitée en leur pouvoir."
(Michel Houellebecq)
"In the particular is contained the universal."
(James Joyce)

Patrick Modiano interpelle les auteurs de la nouvelle génération face aux nouvelles technologies (discours Nobel)

Le 7 décembre 2014, Patrick Modiano prononçait de sa voix lente et hésitante caractéristique, son riche discours de remerciement à l’Académie du Nobel pour le prix Nobel de littérature qu’il vient de recevoir. Il a ainsi livré une leçon de maitre sur l’écriture, tour à tour onirique ou nostalgique, sur le rapport lecteur-romancier ou encore le Paris de l’Occupation… Il s’adresse aussi, au passage, aux auteurs de la nouvelle génération et exprime des doutes sur l’avenir de la littérature à l’heure des nouvelles technologies…
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« Baise moi » de Virginie Despentes : Sexe, flingues et girl power…

C’est en 1993 que « Baise moi » a déboulé dans le paysage plutôt bourgeois de la littérature française. On a tout entendu au sujet de ce premier opus « choc » : trash, sordide, malsain, cru, ultra-violent, porno, outrancier, amoral, dérangeant… Ecrit d’une traite (en 3 semaines), dans un moment de haine totale, il impose une voix puissante et authentique, sans volonté esthétisante, bien loin de Saint Germain des prés… Refusé par sept éditeurs, seule la maison d’édition Florent Massot l’acceptera. Le manuscrit est un succès d’édition et se vend à 50 000 exemplaires avant d’être traduit en dix langues. Titre méchamment provocateur, langue décomplexée, directe comme un uppercut, chapitres speedés et histoire nourrie aux scénarios de Quentin Tarantino Brian de Palma ou Quentin Tarrantino : Virginie Despentes, alors jeune inconnue de 24 ans, vendeuse chez Virgin, habituée des petits jobs et des grosses galères, rompt avec tous les codes habituels. Elle inaugure un nouveau style nerveux et vivant, déjà amorcé par des auteurs tels que Djian ou Ravalec, et lui ajoute sa rage et son féminisme. Ses deux héroïnes Nadine et Manu, interprétées sur grand écran en 2001, par les actrices de X Raffaëla Anderson et Karen Lancaume, sont depuis devenues des icônes, symbolisant un esprit de révolte et de prise de pouvoir éperdus dans une société où la femme joue trop souvent les victimes. Entre cavale sanglante et dérive euphorique hallucinogène, « Baise-moi » est devenu le manifeste d’une génération en quête d’une chance dans ce « monde sans pitié » pour reprendre l’expression d’Eric Rochant.
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« Las Vegas Parano » de Hunter S. Thompson, A la poursuite du rêve américain…

Paru sous le titre originale de « Fear and Loathing in Las Vegas » en 1971 et adapté au cinéma en 1998 par Terry Gilliam, « Las vegas parano » en VF fait partie des livres culte de cette génération d’écrivains enfantés par l’Amérique des 60’s/70’s, celles du Vietnam et du LSD, icônes de la contre-culture (aux côtés de Crash de Ballard, de l’Homme-dé de Luke Rhinehart ou encore Easy Rider de Dennis Hopper et Deus Irae de Philip K. Dick et Roger Zelazny). La génération « gonzo » comme ils se sont surnommés, en référence à leur pratique du journalisme gonzo, méthode d’écriture proche de la fiction prenant la forme de reportages subjectifs. Hunter le définit en ces termes : « Le reportage gonzo conjugue la vivacité de plume du reporter confirmé, l’acuité visuelle du photographe de guerre et les couilles du quaterback au moment du lancer ». Ainsi, Las Vegas Parano fait figure d’ovni littéraire avec ses délires hallucinogènes voire kamikazes et ses personnages à la marge aussi déjantés qu’irréductiblement libertaires, le tout sur fond de rock’n roll. En filigrane de ce road-trip héritier de Kerouac, il livre une critique féroce du rêve américain…
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« Le festin nu » de William S. Burroughs, Voyage au bout des monstres intérieurs…

Chef de file de la « Beat generation » aux côtés de Kerouac (« Sur la route ») et du poète Ginsberg (« Howl » et « Kaddish ») et symbole de la contre-culture américaine, le « Festin Nu » est le livre le plus emblématique et légendaire de cette littérature « maudite » sous le signe du sexe sans entraves ni tabous, de la marginalité, des drogues et de la violence… Mais aussi une réflexion sur les moeurs modernes, la morale, ou encore le flicage et la culture (de consommation) de la société occidentale… Ecrit à la suite de « Junkie » et de « Queer », ses confessions douloureuses sur sa vie de drogué et son homosexualité frustrée, « Le festin nu » a été rédigé à l’époque la plus sombre – ou la plus heureuse de sa vie ? – lorsqu’il vivotait de came plus ou moins coupée dans un bouge infect de Tanger. C’est à Paris en 1958, qu’il met en forme ses notes éparpillées, dont le titre a été soufflé par Kerouac. Le festin nu est « cet instant pétrifié et glacé où chacun peut voir ce qui est piqué au bout de sa fourchette. », selon son explication. L’éditeur français Olympia Press l’imprime en 1959. Après un débat houleux sur sa violence et sa soi-disant pornographie, « Naked Lunch » paraît aux Etats-Unis en 1962, mais s’attirera les foudres de la censure américaine puritaine et sera même condamné en 1965. Qualifié de « visionnaire de la littérature moderne« , il est l’un des premiers, dès les années 60, à dénoncer les méfaits du capitalisme et l’utilisation des hommes comme des objets économiques mais aussi des applications de la science et de la génétique sur l’humain.
S’attabler à ce « festin nu » c’est pénétrer les arcanes hallucinées de l’écrivain camé, fou, dangereux, pénétrer ses fantasmes et délires tour à tour grotesque, surréaliste, horrifique, absurde ou au contraire miraculeusement et incroyablement lucide et juste.
C’est en tout cas une expérience éprouvante et déroutante, parfois fastidieuse si l’on ne parvient pas à lâcher prise et à accepter de suivre, voire de se perdre, dans ses convulsions et cauchemars paranoïdes, sans en rechercher à tout prix un lien ou une interprétation logique…
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« La revanche d’un solitaire » (The social network) de Ben Mezrich : Histoire d’une « killer application »

Sexe, millions de dollars, trahison, scandale…, l’histoire de la création et du créateur (Mark Zuckerberg) de Facebook réunit tous les ingrédients d’une histoire palpitante, quasi Shakespearienne version 21e siècle! Nick Mc Donnel en 2008 l’avait d’ailleurs déjà esquissé dans « Guerre à Harvard » en évoquant son ex camarade de promo. Ben Mezrich, auteur de livres documentaires (dont l’un déjà adapté sous le titre de « Las Vegas 21 »), s’en ait aussi saisi pour tenter de retracer cette épopée et dessiner le portrait de l’intrigant étudiant. Adapté par Fincher, le film sera à l’affiche le 13 octobre 2010. Entre campus, geek et business novel… « La revanche d’un solitaire » (« The accidental billionnaires en VO) nous entraîne dans les coulisses de cette aventure incroyable qui sait se faire haletante dans ses rivalités et rebondissements. Et nous dévoile au passage les univers d’Harvard jusqu’à la Silicon Valley… Un récit intéressant qui suscite quelques réflexions sur le nouveau rêve américain. Le principal interessé revenait en novembre 2014 sur le film inspiré par le livre dans un échange organisé (Questions/Réponses, à la 22e mns) à son siege social californien, estimant avoir été blessé par certaines de ses « inventions » utilisées pour pallier le manque de glamour « de juste écrire du code » et « d’aider le monde à rester connectés avec les gens qu’ils aiment ».
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« Testament à l’anglaise » de Jonathan Coe : La fascination du pire

Paru en Angleterre en 1994, prix Femina étranger en 1995, c’est à ce quatrième roman que Jonathan Coe doit sa notoriété. Cet originaire de Birmingham né en 1961, s’est notamment distingué pour ses romans « à la construction complexe, avec une intrigue sophistiquée, un décor social très détaillé, une multiplicité de personnages liés les uns aux autres par un écheveau dense de relations » selon sa définition. Exercice qu’il réitèrera avec succès avec son diptyque « Bienvenue au club » et « Le cercle fermé » (des bombes de l’IRA aux années Blair en passant par la dérive des tabloïds). Présenté comme l’héritier d’un Oscar Wilde, Evelyn Vaugh ou encore de Dickens pour sa littérature réaliste et caustique, il est salué pour sa peinture de l’époque acérée, perspicace et drôlatique façon Tom Sharpe. A la fois satire mordante de l’establishment britannique des années Thatcher, entre la fable et la farce, Testament à l’anglaise est aussi une truculente (et cruelle !) histoire de famille, une fausse enquête policière, un pastiche mais aussi un récit intimiste touchant, humaniste… Le tour de force de l’auteur est d’avoir réussi à réunir tous ces genres dans un seul et même roman foisonnant. Véritable ovni littéraire qui ne cesse d’enthousiasmer et captiver les lecteurs :
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« Pastorale américaine » de Philip Roth, God blesse le rêve (et le père) américain…

Ce vingt-deuxième (!) livre de l’auteur juif américain de « Goodbye Colombus » du Complexe de Portnoy ou encore de « La tâche », écrit à soixante ans passés et paru aux Etats-Unis en 1997, inaugure une trilogie sur le rêve américain, ses illusions de grandeur, de bonheur fait de fragiles images d’épinal et ses grandes espérances…, complétée des ouvrages « J’ai épousé un communiste » (1999) et de « La tâche » (2002). Une fresque réaliste de l’histoire tumultueuses et des tribulations de son pays.
Avec ce premier opus Roth rafle au passage le prix Pulitzer et en France, le titre du Meilleur Livre étranger en 2000. Au prétexte d’une nouvelle investigation de son double Nathan Zuckerman, omniprésent dans son œuvre, il retrace la destinée d’un de ses camarades de classe et voisin de quartier dans le Newark d’avant guerre. A travers cet homme « programmé pour le rêve américain », il dépeint les deux décades les plus corrosives de l’histoire des Etats-Unis, celles des années 60-70 ou, comment, derrière la façade brillante de la prospérité et du bonheur à l’américaine, il suffit d’une petite fissure pour que tout s’effondre avec fracas et plonge les destinées dans un chaos insoupçonnable… Au delà de ce thème désormais classique de la littérature et du cinéma indépendant américain, Roth brosse un portrait poignant de la relation père-fille après avoir relaté dans « Patrimoine » en 1994 sa propre relation avec son père de 86 ans mourant…
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« Les souffrances du jeune Werther » de Goethe : « Je ris de mon propre coeur… et je fais toutes ses volontés. »

A l’heure où l’on fustige le récit des états d’âme, jugés trop « nombrilistes », quel accueil réserverait-on à un Werther s’il devait être publié de nos jours ? Ce mince premier roman de Goethe, d’inspiration autobiographique, écrit en quelques semaines et publié en 1774 en Allemagne avait fait scandale, jugé immoral pour « apologie du suicide », mais a aussi suscité un engouement sans pareil (au point de dégouter l’auteur de son œuvre !). Au XXIe siècle, il est particulièrement étonnant (et émouvant) de tenir entre ses mains ses « confessions » platoniques toutes entièrement tournées vers le cœur de cet infortuné jeune-homme. C’est presque un journal de son cœur qu’il nous donne ici à lire. Et si aujourd’hui on se moque volontiers de ce « sentimentalisme » (à l’époque on lui avait déjà reproché aussi « ses convulsions perpétuelles »), il n’en reste pas moins que Werther a su donner au genre ses lettres de noblesse et s’affirme comme figure fondatrice des héros romantiques qui le suivront (inspirant le Adolphe de Benjamin Constant, la Confession d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset jusqu’à Chateaubriand ou Victor Hugo) jusqu’aux anti-héros de la littérature moderne.
Loin d’être une tare, ses « épanchements » sont au contraire d’une grande profondeur et dépassent d’ailleurs largement le thème du cœur blessé et de l’amour impossible, pour interroger, plus largement, le sens de l’existence humaine. Et se double d’une réflexion philosophique, à la recherche d’une « sagesse souriante ».
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L’attrape-coeurs de J.D Salinger : A quoi tient la magie d’Holden Caulfield ?

C’est un petit livre d’à peine 300 pages, publié discrètement en 1951 par un jeune nouvelliste du New-Yorker encore méconnu : un certain J.D Salinger.
Frédéric Beigbeder lui clame son admiration et a même tenté de rencontrer le vieil écrivain retiré de la vie publique depuis 1965 (cf : son documentaire « L’attrape-Salinger » ; voir ci-dessous son analyse du roman) tandis qu’en 2009 un jeune auteur a tenté d’en écrire la suite après avoir été « guéri » en le lisant. Il hante Mel Gibson dans « Complots » qui voit en lui la seule façon d’apaiser ses angoisses ou inspire Indochine (« Des fleurs pour Salinger »)… Mais quel est le secret de ce mystérieux livre culte, vendu à plus de 60 millions d’exemplaires et qui a ouvert la voie à toute une nouvelle littérature ? Une « grande histoire », un « souffle historique », une « vision du monde », un « engagement politique »… ? Non, « juste » l’histoire d’un gamin…
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« La promesse de l’aube » de Romain Gary : Tu seras un héros mon fils

En 2009 paraissait une anthologie« Légendes du je », regroupant les œuvres de l’écrivain au double Goncourt et de « S. ou l’espérance de vie » de son fils Alexandre Diego Gary, avec pour roman emblématique : La promesse de l’aube. Paru en 1960 et adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971, il consacre la renommée de Romain Gary après le Goncourt obtenu pour « Les racines du ciel ». C’est aussi un roman clé pour comprendre toute son œuvre où l’inspiration de sa mère est omniprésente (en particulier son autre grand succès « La vie devant soi » et son personnage de « Madame Rosa »). Car avant d’être un roman autobiographique (qui tient d’ailleurs plus de l’autofiction, au regard de sa large part d’invention), La promesse de l’aube est surtout un vibrant portrait et hommage à sa mère, véritable héroïne de cet autoportrait réinventé. On aurait d’ailleurs pu le sous-titrer « La gloire de ma mère » ! Une femme incroyable de ténacité, d’orgueil et de panache qui dessine en ombre chinoise le portrait de l’homme(-enfant) qu’est devenu Romain Gary. De sa vocation d’écrivain à sa carrière militaire…
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