lundi 16 novembre 2009
"Fake" de Giulio Minghini, « Il suffit de s’inscrire, tu verras »...
Littérature trentenaires & urbaine
Finaliste du prix de Flore 2009 et très soutenu notamment sur Facebook (un comité a été créé à l’initiative de Richard Duvalec), Fake est le premier roman d’un trentenaire italien immigré à Paris et traducteur, Giulio Minghini. Publié en avril 2009 et salué par la critique, ce livre d’inspiration autobiographique a aussi provoqué un petit scandale au sein des communautés qu’il tourne en satire : celles des sites de rencontres (voir ci-dessous*). En retraçant son expérience pendant près d’un an, à la suite d’une rupture amoureuse, il nous plonge dans les méandres de ces labyrinthes virtuels faits de solitude, manipulation, vanité et (dés)illusions. Dans la lignée de Mammifères de Pierre Mérot, un texte érudit, cinglant, glacial voire terrifiant... et en cela fascinant voire magistral : Lire la suite 


"La jeunesse est une zone à part. Beaucoup ont hâte de la quitter quand ils la traversent avant d'en cultiver la nostalgie le restant de leur vie. Tel le ciment, la jeunesse sèche vite et les empreintes accidentelles qu'elle aura reçues deviendront des cicatrices". On n'échappe jamais à sa jeunesse. "On ne guérit pas de son passé", nous dit Christian Authier, journaliste et critique toulousain pour le Figaro, auteur de plusieurs essais (dont "Le nouvel ordre sexuel", "Clint Eastwood"...), dans son premier roman paru en 2004, sélectionné pour le Prix Interallié 2004 (finalement attribué à Florian Zeller pour la Fascination du pire). Certains tentent d'avancer vite, de ne pas se retourner et d'autres, comme son narrateur (son double ?), ne parviennent pas à s'en détacher, à "enterrer leur vie de garçon". Un joli jeu de mot qui préfigure toute la subtilité qui règne dans ses pages. Un livre enfin édité en poche (J'ai lu) en cette rentrée littéraire 2009.
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Nous vous l'annoncions dans
Chef de file d'une nouvelle génération de romancières asiatiques (post-maoïste, celle de Den Xiaoping), Mian Mian a défrayé la chronique en 2000 lors de la parution en Chine de son premier roman Les bonbons chinois, censuré avant d'être traduit avec retentissement (simultanément avec le superbe "Shangaï Baby" de Zhou Weihui qu'elle a d'ailleurs accusé de plagiat) à travers le monde dont la France en 2001.
Qualifié de "scandaleux" ou de "sulfureux", ce roman est avant tout emprunt de cette poésie asiatique à la fois désespérée et douce qui caresse chaque phrase même lors des scènes les plus violentes.
Roman de l'amour absolu, de l'auto-destruction, des sentiments extrêmes refusant tout compromis, de vies vouées à leur art et à leurs émotions qui prédominent sur toutes les nécessités et de la fuite en avant comme unique mode de vie. Portrait émouvant et intense d'une certaine jeunesse des années 90 au coeur des grandes villes de Chine : de Shangaï à Pékin...
La bonne impression produite par le premier roman de ce trentenaire, paru en 2006
Avec son titre inspiré de la chanson de Sabrina (80's), difficile de deviner ce qui se cache dans les pages de ce roman, 11ème prix de Flore en 2005, sorti en poche récemment. Comme cela arrive souvent, la quatrième de couv' ne reflète pas vraiment ce roman qui flirte avec l'essai et l'enquête sociétale. Citation : "...le récit d'une fille qui prend les armes et choisit son camp (...) pour s'inviter chez les garçons, s'emparer de leur parole virile - être féministe autrement". C'est une vision un peu trop militaire voire guerrière de ce livre, qui apparaît avant tout être le carnet d'une "jeune femme d'aujourd'hui" selon l'expression consacrée, qui se pose des questions. Beaucoup de questions. Sur son identité, sur son rapport aux autres, aux hommes et aux femmes...
Le 1er août 2007 sortira sur grand écran l'adaptation ciné (intitulée un peu plus platement "Tel père, telle fille") du roman nirvanesque, "Teen Spirit", de Virginie Despentes publié en 2002 chez Grasset. Ce roman, victime de nombreuses critiques négatives -plutôt sévères- lors de sa parution (jugé "vulgaire", "simpliste", "démago", "caricatural" ou encore de "vague clownerie"...) relate l'histoire de Bruno - interprété par Vincent Elbaz -, rockeur et écrivain ratés, la trentaine, glandeur irresponsable et squatteur (chez sa copine Elodie Bouchez), apprenant brutalement qu'il est le père d'une fille de 14 ans au caractère bien trempé (à la mère aussi bourgeoise et overbookée qu'il est oisif et fauché) ! D'abord sous le choc et inapte à gérer une adolescente (incarnée par la toute jeune inconnue Daisy Broom), Bruno fera progressivement son apprentissage de la maturité et de son rôle paternel. Les "blondes" Frédérique Bel et Léa Drucker complètent le casting, tandis que le critique rock et écrivain Patrick Eudeline a joué les consultants artistiques sur le film et servi d'inspiration au personnage principal. Il campe également une sorte de manager défoncé, réduit à vendre des fringues aux puces pour vivre, et incarnant un père d'adoption d’Elbaz.
La tumultueuse auteur espagnole, du poignant
On connaît Yann Moix principalement comme l'auteur de "Podium", son livre à succès sur le monde des sosies et de Claude François en particulier, adapté au cinéma avec Benoît Poelvoorde. Un comédie dite "commerciale" qui creuse le sillon du "ringard" et du "lourd", n'hésitant pas à revendiquer même un certain mauvais goût.
De quoi faire naître quelques préjugés et oublier que son auteur est avant tout doué d'une plume ciselée à la sensibilité rare. Son troisième roman, Anissa Corto, qui l'avait déjà fait connaître du grand public en 2000, fait partie de ses meilleurs livres, l'un de ses plus "violents" selon ses propres termes, écrit en trois ans, dans la droite lignée de ses deux précédents "Jubilations vers le ciel" et "Les cimetières sont des champs de fleurs" (qui forment une trilogie sur l'amour fou : un de leurs chapitres respectifs reprend d'ailleurs à chaque fois le titre du roman précédent). Et à bien y réfléchir, il n'est pas finalement pas si antithétique aux mésaventures de Bernard Frédéric (dit Nanard), le héros de Podium. Il cultive aussi, dans un autre genre, le thème de la nostalgie, la solitude, la vie par procuration et d'un romantisme extrême qui tourne à la névrose : des obsessions récurrentes de l'auteur qu'il décrit avec virtuosité. S'il est vrai que le roman pêche un peu par sa construction bancale et ses longueurs, la superbe de sa langue et de son style envoûte le lecteur au point de pardonner ses digressions et fausses pistes qui ne convergent pas forcément ou difficilement... Anissa Corto c'est à la fois le portrait d'un homme, un trentenaire, qui ne parvient pas à guérir de son enfance et de ses chimères tout en livrant une ode éblouissante et déchirante aux femmes et à la difficulté d'aimer. De 1972 à nos jours...
Posologie : Si vous avez plus de 35 ans, que la légèreté et le second degré ne font pas partie de vos habitudes, que vous êtes allergique à la presse féminine et/ou que vous appartenez à l'autre moitié de l'humanité, il est recommandé de ne pas aller plus loin dans la lecture de ce billet. Les effets secondaires pourraient être en effet dramatiques ! Pour les autres, bonne nouvelle : les histoires (et déboires) des trentenaires citadines sont de retour ! De Paris à Tokyo... "Sept filles en colère" du collectif de journalistes Sonia Bricout, Claudine Colozzi, Mounia Daoudi, Hélène Piot, Sophie Prévost, Elizabeth Tchoungui et Lucile Vanweydeveldt, "Cabine commune" de Delphine Bertholon (photo ci-contre, RGM), "Le sac de fille" de Marie Desplechin et le poignant "Vibrations" de la japonaise Akasaka Mari : petite sélection de "Chick lit" moderne (pas guimauve)...


