La chamade est le 6e roman de Françoise Sagan (après une série de pièces de théâtre notamment), publié en 1965, alors qu’elle avait 30 ans (âge également qu’elle donne à son héroïne Lucile, rajeunie à 25 ans dans l’adaptation ciné de 1968 avec l’éclatante jeune Deneuve dans le rôle titre). Dans la lignée de ses précédents opus, Sagan poursuit son exploration des affres de l’amour chez les riches parisiens de son milieu bourgeois, de l’ambiguïté des sentiments, leur part d’ombre, leurs paradoxes, les dilemmes du cœur, ou encore la cruauté de la séduction. Ici c’est la définition de l’amour heureux qui se trouve plus particulièrement questionnée ou plus précisément l’amour peut-il suffire au bonheur ? Tandis que lui fait écho la maxime de l’argent qui ne le ferait pas… Pour répondre à cette équation, abandonnant le triangle amoureux, elle met ici en scène un quatuor de deux couples de générations diverses, et s’amuse à déplacer les pions de ce nouvel échiquier à plusieurs variables…
Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbué: « Il se demandait souvent s’il valait la peine de quitter son pays pour partir en quête d’une chose aussi futile que l’argent. »
Voici venir les rêveurs (« Behold the dreamers » en VO, voir ci-dessous comment le titre a été retravaillé à des fins marketing*) d’Imbolo Mbué paru en France à la rentrée littéraire de septembre 2016, traduit chez Belfond. Le premier roman de cette américaine originaire du Cameroun (Limbé, émigré depuis une dizaine d’années) âgée de 36 ans est un petit phénomène d’édition puisqu’il lui a valu de signer un contrat d’un million de dollars avec Random House après une rude bataille à Francfort et de bénéficier en prime d’une belle recommandation de Jonathan Franzen* qu’elle adule et avec qui elle partage le même éditeur. Le Washington Post recommande même le livre et sa sagesse humaniste à Trump pour contrer sa xénophobie. De son coté Belfond la qualifie de « nouvelle voix afropolitaine« …
Femmes de plus de 40 ans recherchent désirabilité : figure de la femme mûre en fiction, entre cougar pathétique et rebut de la société
Si le sujet de la jeune fille succombant à l’homme d’âge mûr est un sujet/fantasme rebattu que Claire Castillon vient d’ailleurs de revisiter avec « Les messieurs », montrant notamment l’ambivalence de cette attirance dont le côté cérébral ne suit pas toujours le physique, ou du vieux libidineux séduisant une jeunette (Roth s’en étant fait une spécialité de « La tâche » à « La bête qui meurt »…), celui du désir et de la séduction chez la femme de plus de 40 ans semble encore relativement tabou ou rare, jugé indécent ou gênant (?). Quand il est abordé, chez les auteurs masculins (qui l’accable ou la tourne en ridicule) comme chez les écrivains femmes, leur portrait n’est guère flatteur ou optimiste comme le démontre le dernier roman remarqué « Celle que vous croyez » de Camille Laurens
Celle que vous croyez de Camille Laurens: « L’amour c’est vivre dans l’imagination de quelqu’un »
Avec Celle que vous croyez, paru lors de la rentrée littéraire de janvier 2016 dernière, Camille Laurens frappe fort et poursuit son exploration des rapports amoureux à l’heure d’Internet, débuté avec le très bon « Romance nerveuse » (2010) dont il pourrait être le tome 2. Elle continue de tisser ses motifs de « bad romance » où des femmes mûres, vieillissantes, sont malmenées par leur attirance pour leurs cadets trentenaires goujats et glandeurs, incapables de leur donner l’attention et l’amour qu’elles recherchent désespérément. Elle livre au passage une réflexion intéressante sur le désir amoureux qu’elle associe à l’écriture et à la fiction, au travers d’un dispositif narratif original où Internet devient la scène où les amants jouent avec leur imaginaire et leur identité jusqu’à s’y perdre…
Le coeur régulier d’Olivier Adam: « Il s’occupe de nous, c’est tout. Ca fait du bien par moments d’avoir quelqu’un pour s’occuper de vous. »
Le cœur régulier est le 7e roman d’Olivier Adam, publié lors de la rentrée littéraire de septembre 2010, grand succès de librairie adapté sur grand écran en 2016. La critique a souligné les corrélations et la filiation avec ses précédents romans. En effet, Le coeur régulier met en scène une certaine Sarah, qui était aussi le prénom de l’épouse disparue dans « Des vents contraires ». La disparition est une nouvelle fois centrale dans le roman.
Olivier Adam se glisse aussi pour la 2e fois dans la peau d’un personnage féminin après Marie, l’héroïne d’A l’abri de rien. L’auteur lui-même rapproche le duo d’un frère « ingérable » et « inflammable » et d’une soeur « posée », « responsable » à celui de « Poids léger » 10 ans après.
Bruit de fond de Don DeLillo, Un monde de morts en sursis…
« Bruit de fond » de Don DeLillo nous montre comment dans le confort de notre monde moderne aseptisé et parfaitement organisé, une catastrophe peut ébranler en quelques secondes cette vie surprotégée, à un point inimaginable. Ce genre de chose n’arrive qu’à la télévision, provoquant une petit pic d’adrénaline par procuration et une certaine fascination morbide… Mais quand cela se produit « en vrai », comment réagir face à la menace et au « désordre » ?
Crash ! de J.G Ballard dérange-t-il encore, plus de 40 ans après ? La mécanique des corps
Crash ! de J.G Ballard (James Graham), publié en 1973, premier tome (choc) de sa trilogie du béton, est sans doute le plus emblématique et le plus controversé de ses romans souvent taxés de « scandaleux ». Pourtant son oeuvre vise surtout à explorer le devenir de l’homme et de son corps dans un monde dominé par la machine. Et à dénoncer « un monde brutal aux lueurs criardes qui nous sollicite de façon toujours plus pressante en marge du paysage technologique. », selon l’auteur.
« De mal en pis » d’Alex Robinson : L’âge des possibles… avant 30 ans
De mal en pis (« Box Office Poison » en VO) d’Alex Robinson est le premier roman graphique de ce new-yorkais, publié en 21 fascicules par Top Shelf en 1996. Compilés en un volume, il sera ensuite nommé aux prix les plus prestigieux. Il remportera l’Eisner Award puis le prix du 1er album lors du 32e festival d’Angoulême 2005, largement plébiscité par les lecteurs qui ne peuvent plus décrocher une fois entamé ! Véritable « roman fleuve » (nouvelle tendance des romans graphiques de « Lucille » de L.Debeurme à « Blankets » de Craig Thompson) de 600 pages, ce récit chorale nous entraîne dans la vie d’une bande de 5 jeunes new-yorkais, pré-trentenaires, à l’aube de leur vie professionnelle et de couple. A l’heure des premiers vrais choix qui façonneront leur vie,
Vision de la femme par Emile Zola : « la collaboratrice de l’homme, dans l’œuvre commune, la compagne fidèle, l’appui certain, l’égale conciliante et dévouée »
Dans le contexte de misogynie hautement patriarcale du XIXe siècle où le féminin était affublé de toutes les tares -en particulier l’hystérie- (et où la crainte de « l’efféminisation » et de l’influence féminine faisaient rage avec la montée des romancières notamment) avec un statut d’incapacité juridique de « mineure à vie » sous contrôle du mari selon le …
Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? de Dany Laferrière: « On ne naît pas nègre, on le devient »
Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ? est le premier roman de Dany Laferrière, écrivain québecois d’origine haïtienne, élu à l’Académie Française en 2013. Ecrit à un moment charnière de sa vie, alors âgée d’une petite vingtaine, il venait de fuir de manière précipitée le régime dictatorial de François Duvalier (Papa Doc), à Haïti où il exerçait comme chroniqueur culturel pour Montréal, suite à l’assassinat en 1976 d’un de ses amis journalistes. Commence alors pour lui une nouvelle existence canadienne et ses débuts d’écrivain reflétés dans Comment faire l’amour avec un nègre sans sa fatiguer où il mène une vie précaire faite de petits jobs à l’usine (qu’il n’évoque toutefois pas dans le livre) et d’écriture depuis des chambres « crasseuses et lumineuses ».
Verre cassé d’Alain Mabanckou: « C’était la vie, un jour ça va, un jour ça ne va pas, l’essentiel c’est de rester debout, les cheveux dans le vent »
Verre cassé est le cinquième roman du Franco-congolais Alain Mabanckou, publié en 2005, alors âgé de 39 ans. Celui-ci marque sa consécration après déjà plusieurs romans remarqués. Il est couronné de nombreux prix comme le Prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs, le Prix des Cinq Continents de la Francophonie et le Prix du livre RFO et s’affiche finaliste de la liste du Renaudot. Il est de plus adapté au théâtre plusieurs fois jusqu’à être en 2012 élu par le quotidien anglais The Guardian comme l’un des 10 meilleurs livres africains contemporains. L’auteur a reconnu lui-même dans une interview que l’opus, par son style singulier et très personnel, a marqué une transition dans sa bibliographie:
« La clef, la confession impudique » de Tanizaki
« La clef, la confession impudique » de Tanizaki fait écho au roman de son confrère Kawabata (« Les Belles endormies »), tous deux maîtres de la littérature japonaise des années 30-40. Tous deux ont placé la femme et les arcanes (sombres) de la séduction au cœur de leur œuvre. La femme tentatrice, manipulatrice ou innocente, suscitant un désir obscur et parallèlement le spectre de la vieillesse, de la mort. Dans cette œuvre majeure d’après guerre, « La clef, La confession impudique » (écrit en 1956 à la fin de sa vie), cette sensualité puissante de la femme s’exerce de façon inconsciente…
Basketball Diaries de Jim Carroll: « J’ai toujours senti qu’il était possible de trouver de la pureté au coeur de la pire dégradation, une sorte de lumière »
Basketball Diaries est le journal de l’adolescence « sauvage » de Jim Carroll, devenu livre culte de la scène New-Yorkaise underground des années 70 et adapté sur grand écran avec dans le rôle titre un jeune Leonardo DiCaprio écorché vif dont la performance a largement été saluée. A la fin des années 90 alors que se multipliaient les « school shootings » (Heath High School en 1997 et Columbine en 1999), l’auteur a été pris dans une effroyable polémique le rendant responsable, au motif qu’un des auteurs de ces tueries aurait cité son adaptation ciné comme une de ses inspirations (plus d’infos ci-dessous). Héritier de la Beat generation, en particulier Ginsberg, ce fils d’une famille catholique irlandaise, décédé en 2009 à 60 ans, navigua entre la scène pop art (la factory d’Andy Warhol) et rock (the Velvet Ground), avant de fonder le Jim Carroll Band en 1978 en Californie). Dans les années 70, il fait partie des jeunes talents prometteurs aux côtés de ses acolythes, Patti Smith (avec qui il co-écrit les poèmes en prose de « The Book of Nods ») et Sam Shepard.
Un pur moment de rock’n roll de Vincent Ravalec : Nouvelles de zonards à la Hubert Selby, version titi parisien
Premier recueil de nouvelles de Vincent Ravalec, Un pur moment de rock’n roll, paru en 1992 est un concentré d’humanité à la fois fragile et pittoresque, émouvante et pathétique : celle des cancres, des zonards, voyous, taulards junkies ou des « petites putes »… Un microcosme interlope dans lequel il a toujours évolué, lui le banlieusard de Clamart qui a échoué à son CAP menuiserie ! « Ce milieu, j’évolue dedans depuis mon adolescence. Les héros de mes bouquins ce sont mes potes, ceux avec lesquels je vis tous les jours. », dit-il. Dans le genre qu’il maîtrise à la perfection (la nouvelle) et qui se prête le mieux à sa langue orale, nerveuse et vivace, il brosse leurs portraits avec humour et tendresse, évitant tout cynisme ou sordide et dépeint des situations toutes plus cocasses les unes que les autres… Un film (resté assez inaperçu), adapté de ce recueil (et de « Les Clefs du bonheur ») a même été réalisé par Manuel Boursinhac (avec Vincent Elbaz et Samy Naceri).
Moins que zéro de Bret Easton Ellis : Desesperados de luxe à L.A
C’est après Moins que zéro de Bret Easton Ellis, son premier roman et premier coup d’éclat en 1985, qui contient en germe toute la fureur et la folie à venir… que l’auteur écrira en écho « Vous qui entrez laissez toute espérance », la première phrase d’American Psycho, 6 ans plus tard. Une phrase qui répond directement au « Disparaître ici » que le narrateur et (anti) héros du roman, Clay, ne cesse d’entrevoir sur les immenses panneaux publicitaires qu’il croise sur les routes de LA. Le livre a connu un immense succès (il s’en vend 50 000 exemplaires la première année) et propulse son auteur, alors âgé de 21 ans, vers la gloire en parallèle de son « jumeau toxique » Jay Mc Inerney qui venait de publier « Bright lights, Big city » (« Journal d’un oiseau de nuit » en VF), une autre vision de la jeunesse et de la drogue sur la cote Est américaine.
Le bûcher des vanités de Tom Wolfe, Guerre d’egos sur fond de conflit politico-racial
Pavé culte, Le bûcher des vanités de Tom Wolfe reste l’oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines. Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l’âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l’écran par Brian De Palma (affiche ci-contre), est un portrait en coupe sans complaisance d’une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d’un golden-boy en pleine gloire.
Fight Club de Chuck Palahniuk : guérilla de cols blancs anti-yuppie, anti-capitaliste, anti-ikea…
Le film choc « Fight Club adapté du livre de Chuck Palahniuk publié en 1996 (d’abord sous forme de nouvelle, le chapitre 6, à l’âge de 34 ans), puis adapté en 1999 par David Fincher, est devenu culte pour un certain nombre de spectateurs/lecteurs de la génération X ou Y. Le livre qui l’a inspiré très fidèlement reste pourtant moins connu. Son auteur, américain (prononcez son nom « paul-ah-nik »), invente ici un nouveau genre à mi chemin entre la science fiction, la fable philosophique, la farce délirante, le roman noir et l’anticipation sociale. Mais aussi roman d’amour, de fraternité, d’apprentissage… D’une richesse et d’une inventivité hors norme, il donne à voir les impasses de nos sociétés occidentales en imaginant les conséquences extrêmes du « système ».
Le désert des tartares de Dino Buzzati: « Et puis, on est pas tous nés pour faire des héros »…
« Le désert des tartares » de Dino Buzzati, publié en 1940 (en VF en 1949 , adapté au cinéma en 1976 ), est un roman majeur de cet écrivain et journaliste italien ayant connu un succès mondial qui ne se dément pas (ayant inspiré le Zangra de Brel). Cette fable philosophico-existentielle, (la non) épopée d’un jeune officier -en quête de gloire- affecté dans un fort au milieu du désert, est marquée du trauma des deux grandes guerres et s’inscrit sous le prisme de plusieurs influences de l’époque : de la plus évidente Kafkaïenne (reniée par l’auteur) aux existentialistes de Sartre à Camus en passant par la montagne magique de Thomas Mann…
La série des Rougon-Macquart d’Emile Zola : présentation et résumés
Composé par Zola entre 1870 et 1893, le cycle des Rougon Macquart, est constitué de 20 volumes publiés au rythme d’un rythme par an environ. Zola s’est inspiré de la Comédie humaine de Balzac, entreprise dés 1842, vaste fresque romanesque qui rassemble des personnages appartenant aux milieux les plus divers de la société du 1e …














Derniers commentaires